Il y a deux ans
encore, Internet ne comptait que très peu de sites
consacrés à l'automobile. Les premiers à
avoir vu le jour sont Procar.com
et 1000autos (rebaptisé depuis Onlycar.com)
qui ouvrent dès février 1998, suivis en avril
de la même année, par le site du groupe Peugeot-Citroën,
Occasions
du Lion. Depuis, c'est l'effervescence. "La croissance
s'est effectuée plus vite que prévue, explique
Jean Triomphe, le PDG de Procar. C'est en grande partie
dû à la réaction des professionnels
qui se sont rapidement intéressés et adaptés
au Web". En effet, la plupart des sites de vente d'automobiles
n'ayant pas le statut de "vendeur", se constituent
un réseau de concessionnaires partenaires chez qui
ils orientent les internautes en fonction de leurs critères,
des zones de livraison, etc. Il fallait donc que les concessionnaires
mordent à l'hameçon... C'est fait.
Depuis cette époque
des pionniers, d'autres acteurs sont venus grossir les rangs
de l'automobile en ligne : Autoplanet,
Autovalley
(une filiale à 100 % du groupe BNP-Paribas),
CarBoulevard,
Carclic,
Caremium,
Degrifcar.
Soit une bonne dizaine d'acteurs pour un marché totalement
émergent. "En deux ans et demi d'existence,
nous avons vendu 600 voitures, explique Gaëlle Gachet,
la responsable du site Occasions du Lion. Et nous misons
sur 200 ventes en 2000". Autovalley annonce, pour sa
part, 400 ventes en un an d'existence. Pas de quoi pavoiser,
donc face aux 2 millions de voitures neuves vendues chaque
année en France...
Si l'heure est
importante, c'est parce qu'aucun acteur n'a encore pris
de position dominante et que le marché est encore
à prendre. Pour l'instant, les différents
sites ont tissé leur toile (leur réseau de
partenariats), "vissé" leur modèle
économique (abonnement des concessionnaires, forfait
pour chaque prospect apporté à un concessionnaire,
commission sur les ventes réalisées), défini
leur marchés (B to C et B to B ou B to C uniquement)
et développé des bouquets de services annexes
: offre de financement et d'assurance. Les stratégies
se mettent en place. Le marché, lui, semble quasi-mûr.
Les connexions augmentent : 800 visiteurs par jour
pour Autoplanet, 2 500 pour Onlycar, 5 000 pour
Procar... "Aux Etats-Unis, 31 % des personnes
qui cherchent à acheter un nouveau véhicule
commençent leurs recherches sur Internet", explique
Eric Ibled, le PDG d'Autoplanet.
Reste ensuite à convaincre ces visiteurs d'acheter
en ligne. Avec un autre souci soulevé par André
Loesekrug, le PDG de Carboulevard : "Les Français
achètent un véhicule tous les 5 à 7
ans. Entre deux achats, un concessionnaire ne voit souvent
plus les acheteurs. Il faut parvenir à faire revenir
les internautes entre deux achats". D'où une
multiplication des services (vente de pièces détachées,
location de voitures, météo, trafic routier...).
Avec en ligne de mire, la question du service client. Le
dossier
sur l'automobile en ligne concocté par le site
L'Internaute
(édité par Le Journal du Net) apporte des
conclusions peu rassurantes à ce sujet. En effet,
sur les quatre sites contactés (Autovalley, Carboulevard,
Degrifcar et Procar) pour une demande d'achat d'un véhicule,
trois n'ont jamais donné suite. Seul Autovalley a
envoyé un mail de confirmation dans le quart d'heure,
puis passé un coup de téléphone dans
les deux heures. Les autres se contentant d'annoncer qu'ils
prendront "contact dans les plus brefs délais".
Ce qu'ils n'ont jamais fait.
Il est vrai qu'ils
ne sont qu'intermédiaires et dépendent par
conséquent de l'offre de leur réseau. D'autant
qu'aucun des acteurs en puissance ne souhaite réaliser
de la vente directe sur son site (c'est actuellement interdit
en France, mais cette règlementation pourrait "sauter"
en 2002 pour cause d'harmonisation européenne). Réalité
ou hypocrisie destinée à ne pas se mettre
les concessionnaires à dos ? Seul Carclic fait
exception à la règle : mais le site appartient
à la société AMTT,
un vendeur et revendeur de véhicules qui opère
depuis près de 30 ans. Le site permettra très
bientôt d'acheter son véhicule totalement en
ligne (avec versement d'un acompte de 1 000 francs
en ligne), puis paiement en deux fois. La livraison sera,
quant à elle, effectuée directement (et gratuitement)
à domicile.
Les Français sont-ils réellement mûrs
pour cela ? "En tout cas, nous vendons via un call-center
depuis des années", explique Christophe Tournant,
le président de Carclic. En même temps, n'est-ce
pas là la réelle utilité du Web ? Il
est encore un peu tôt pour le savoir. Mais l'automobile
online est prête pour son grand départ. Airbags
conseillés.