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André Marcon (Comité Economique et Social) : "Il y a urgence sur le haut débit en France"
Avec le rapport intitulé "Haut débit, mobile : quelle desserte des territoires ?", le CES a fait preuve d'une attitude très critique vis-à-vis de l'Etat. Il souligne notamment les risques de fractures sociale et géographique. --> (Jeudi 14 juin 2001)
         

Dans un rapport publié aujourd'hui par le Conseil Economique et Social (CES), André Marcon, représentant des entreprises privées au CES, met en avant les lacunes du déploiement des réseaux à haut débit en France. Il propose six grandes mesures pour aménager le territoire de manière idoine et atteindre ainsi 2 mégabits sur l'ensemble de l'hexagone. Le rapport souligne également que cette uniformisation de l'accès au haut débit, et plus globalement aux NTIC, permettrait de proposer un abonnement forfaitaire mensuel compris entre 20 et 25 euros.

Voir le rapport du CES en PDF

JDNet. Quel est votre bilan sur la diffusion actuelle du haut débit en France ?
André Marcon. Je crois que le problème ne vient pas d'un manque de développement du haut débit en France mais surtout d'un mauvais état d'esprit face au haut débit. Le grand public et les citoyens ne se sont pas appropriés l'urgence d'installer le haut débit sur le territoire. Nos compatriotes ne se rendent pas compte du besoin qu'ils vont avoir de ces technologies. Et si les grandes entreprises en ont saisi l'enjeu, les plus petites ne s'en sont toujours pas occupé. Alors que ce sont certainement elles qui pourraient le plus tirer profit de ces nouvelles technologies. Ce qui est décevant, c'est que l'Etat regarde passer le train sans gommer les erreurs. Pourtant, les collectivités territoriales s'inquiètent de cette situation...

Quelles sont les principales propositions suggérées dans votre rapport ?
Il faut tout d'abord que l'Etat se réapproprie le rôle d'aménageur en mettant un peu d'argent au pot et en se posant comme le coordinateur des initiatives qui sont mises en place. Il n'est pas question que l'Etat paye tout. Les collectivités territoriales sont par exemple d'accord pour participer. Mais l'Etat doit jouer son rôle. Grâce à la vente des licences UMTS, l'Etat a récolter plus de 32 milliards de francs. Il serait sans doute intéressant d'utiliser une partie de cet argent pour mettre en place les nouvelles technologies. Derrière, nous préconisons un état des lieux du haut débit en France car, à l'heure actuelle, personne n'est capable de dire où sont les tuyaux de fibre optique et où sont exactement positionnés les pylônes. Nous préconisons très fortement une technologie qui passe par la fibre optique et que celle-ci arrive dans toutes les communes. L'Etat doit étudier la possibilité, soit de mutualiser ces infrastructures, soit d'envisager éventuellement un opérateur unique des réseaux qui laisserait ensuite le champ ouvert à la concurrence sur l'utilisation finale. Le problème, c'est que nous sommes très en retard. Alors que nous demandons un minimum de 2 mégabits sur le territoire, avec la possibilité de passer à terme à plusieurs centaines, le Canada a d'ores et déjà prévu que d'ici la fin de 2005, tous les foyers canadiens auront un débit de 1 gigagabit...

Quelle est votre position par rapport à l'ART et à la nouvelle mise en demeure de France Télécom ?
Je crois qu'il faut préciser les missions de l'ART et lui donner un peu plus de moyens. Par exemple, actuellement, vous avez des taux de couverture affichés par les opérateurs de téléphonie qui atteignent les 98% de la population. Cela ne veut rien dire 98% de la population, puisque c'est d'un territoire dont on parle. Il faut donc parler en terme de territoire et pas en terme de population. En ce qui concerne la nouvelle mise en demeure de France Télécom, je trouve que l'ART a tout à fait raison. A force de ne pas vouloir trancher dans ce pays, on prend des risques. Il faut pouvoir dire une fois pour toute si France Télécom est un opérateur de services ou un opérateur de réseaux. A la limite, il peut être les deux, mais il faut alors qu'il se sépare en deux entités, comme ce qui existe chez EDF. Pour l'instant, France Télécom vit sur ses acquis, sur un réseau de fibres optiques particulièrement dense. Ce réseau a d'ailleurs été payé par les usagés par le biais de prix des communications téléphoniques faramineux jusqu'au développement de la concurrence. Malgré cela, le réseau reste propriété de France Télécom et les opérateurs alternatifs doivent se constituer leur propre réseau. On est dans de la gabegie !

[Florence Santrot, JDNet]
 
 
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