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Inconscience, méconnaissance
de la loi, ou risque calculé? Depuis quelques
mois, plusieurs grands fournisseurs d'accès français
(Worldonline, Wanadoo, Free ou Infonie...) et des sites
éditoriaux (Voila, Europe1, iFrance, TF1, Europe
2, Elle, Canal Plus...) ont accueilli sur leur portail
des publicités pour les casinos en ligne payants
Casino On Net (888.com ou Entercasino.com), Golden Palace
ou CasinoLux.com. Seul problème : l'activité
de ces casinos en ligne est interdite en France par
interprétation de lois de 1836,
1907
et 1983.
Et en acceptant des bannières de ces annonceurs,
les éditeurs pourraient, théoriquement,
tomber sous le coup de la loi pour "promotion d'une
activité illégale", d'autant que
ces casinos démarchent ouvertement la clientèle
du territoire français. .
Selon
Alain Scemama, un avocat du cabinet Deloitte & Touche
contacté par le JDNet, ces sites pourraient être
"condamnés à fermer" si la justice
venait mettre son nez dans le dossier. "La justice
pourrait très bien considérer cela comme
un délit dans la mesure où plusieurs jurisprudences
existent sur les liens hypertextes qui renvoient vers
des sites illicites", affirme-t-il. Et ce délit
pourrait même être aggravé en fonction
de la nature des contrats entre l'éditeur et
l'annonceur. Dans un mail reçu par un éditeur
de sites, la régie publicitaire Tradal,
basée à Chypre et officiant pour le compte
de Casino On Net, dont le siège juridique se
trouverait à Saint John's sur l'île d'Antigua,
détaillait les conditions de ces campagnes. "Rémunération
au visiteur (CPL) qui a cliqué sur la bannière
ou pourcentage des mises du joueur reversé à
l'éditeur". C'est ce dernier cas qui interpelle
les avocats, car les éditeurs qui ont opté
pour cette méthode seraient à ce moment-là
"complices d'une activité illégale",
un délit encore plus sévèrement
puni.
Du
côté des sites qui ont accueilli ces bannières
- ils sont plus d'une centaine -, on reste sur la réserve.
Certains, embarassés, ont préféré
ne pas répondre à nos questions. Parmi
ceux qui ont répondu , la direction de Free nous
a indiqué vendredi qu'elle avait suspendu la
campagne dans l'attente d'éclaircissements de
la part de son service juridique. Lagardère Active
Publicité (Ex-Interdeco-Multimedia), qui a en
régie la plupart des sites du groupe Lagardère
comme Europe 1 ou Elle.fr, a fait de même pour
les publicités de GoldenPalace en ne renouvelant
pas la campagne, qui s'est terminée, "il
y a quelques jours". Un
porte-parole de Tiscali reconnaît pour sa part
que des bannières ont effectivement circulé
chez Infonie et Worldonline, deux des filiales du groupe.
"Mais dans le premier cas, nous n'étions
pas encore dans le capital de la société
et dans le second, cela provient d'un partenariat avec
la société américaine LuckySurf,
précise-t-il. De toutes façons, il y a
un flou juridique sur le sujet dans la mesure où
ces casinos proposent également des jeux gratuits",
poursuit-il, même si, prudemment, le groupe n'accepte
plus de publicité de ce type pour l'instant.
Au niveau
des fournisseurs d'accès, Jean-Christophe Le
Toquin, le délégué général
de l'AFA avance que "la réglementation sur la publicité
sur les loteries et jeux en ligne n'étant pas totalement
explicite, il semblerait qu'une telle publicité ne soit
pas interdite. Pour l'heure, j'attends un retour de
la part des membres concernés, notamment quant à la
réponse qu'ils auront reçue de leur régie, pour, le
cas échéant, adopter une position commune". Quant
à Wanadoo, la régie publicitaire se retranche
derrière son service juridique, qui n'a pas souhaité
nous répondre.
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Les
regards se tournent vers la Française des
Jeux
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Tous les éditeurs
affirment en outre que les publicités ont été
vendues sous une forme classique (CPM ou CPL) et non
avec une rémunération basée sur
les mises des joueurs. Ces
éditeurs ne courent pas un grand risque, puisqu'aucune
plainte n'a pour l'instant été déposée.
La direction Police et Jeux du ministère de l'Intérieur,
chargée des licences de casino et donc très
attentive à ces questions, avoue qu'"elle
n'agira pas tant que la justice ne sera pas saisie".
Tous les regards se tournent notamment vers la Française
des Jeux, qui a ouvert l'an dernier un espace de jeux
payants en ligne et pourrait se sentir lésée
par cette présence de plus en plus massive des
casinos en ligne en France. Un porte-parole nous a indiqué
"ne pas être au courant de ce dossier".
Mais selon certains experts, la Française des
jeux ne serait franchement pas pressée d'ouvrir
le débat sur le sujet, alors qu'elle a obtenu
l'an dernier par décret, le privilège
monopolistique d'organiser des jeux payants en ligne
pour les joueurs français. Les
casinos traditionnels français, qui voient eux
aussi poindre cette nouvelle concurrence, restent également
très attentistes. Patrick Partouche, directeur
général du groupe Partouche, se refuse "à
attaquer quiconque
en justice, mêrme si un concurrent est dans l'illégalité"
(lire son interview au JDNet).
"Personne ne veut bouger parce qu'à l'heure
où les revenus publicitaires sont difficiles
à trouver, les casinos sont une mine d'or, constate
un avocat. Le risque est donc calculé par les
éditeurs, surtout si de grands acteurs acceptent
également ce genre de publicité. Cela
rassure et offre une protection de taille." Frédric
Herbinet, le directeur général de Biskott,
qui édite le site Milkado et accueille des bannières
d'un casino, confirme cette analyse : "En ce moment,
ce sont les moutons de Panurge. Tout le monde se dit
que si Wanadoo ou Vivendi, qui ont des puissant services
juridiques, s'engouffrent dans la brêche, il n'y
a aucune raison de rester à l'écart du
mouvement."
Une
conduite qui irrite ceux qui ont refusé les avances
de ces annonceurs d'un genre particulier. "Ce n'est
pas un problème de légalité mais
d'éthique, tempête l'un d'entre eux. Quand
il y a un flou, surtout dans un domaine aussi sulfureux
que les casinos, il est de la responsabilité
des éditeurs de ne pas envoyer les gens sur ces
sites", affirme-t-il. "Ce
n'est pas la peine que les syndicats et groupements
édictent des chartes éthiques si c'est
pour les bafouer à la moindre occasion",
estime en écho Ouriel Ohayon, le directeur marketing
de Ludopia interactive. Sa société affirme
avoir éconduit les représentants de Casino
On Net "pour respecter la loi française".
L'un
des acteurs de l'e-publicité ayant également
refusé les publicités de Casino On net
n'excluait pas d'ailleurs de porter, en dernier recours,
l'affaire devant la justice si une position commune
n'était pas rapidement adoptée dans le
secteur. "Plus pour ouvrir le débat que
pour jeter l'opprobre sur les casinos en ligne. Dans
un secteur économiquement déprimé,
il n'est pas question que ceux qui respectent la loi
soient défavorisés par rapport à
la concurrence", confie-t-il, requiérant
pour l'instant l'anonymat pour ne pas être "mis
au ban du secteur".
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