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A quoi voit-on un changement
de management à la tête du deuxième groupe de communication
mondiale ? Entre autres à une foule de détails relevés
à l'occasion de la conférence de presse au cours de
laquelle le nouveau PDG de Vivendi Universal devait
présenter sa nouvelle stratégie. Une nouveauté en elle-même
parce que son prédecesseur, justement, ne présentait
jamais sa stratégie en conférence de presse. Les détails
? Le nombre de vigiles à l'entrée, bien plus élevé qu'avant.
Un pupitre et une table très sérieuse sur la scène,
là où Jean-Marie Messier préférait tabourets et micros
sans fil. La cravate que porte désormais en ces occasions
Pascal Nègre, le PDG de la filiale Universal Music…
Jean-René
Fourtou avait donc réuni la presse (les analystes financiers
suivaient) à l'issue du conseil d'administration. A
ses cotés sur scène ne figuraient que des "nouveaux",
comme il l'a ingénument fait remarquer, sa garde rapprochée,
donc: Jean-Bernard Lévy (directeur général adjoint),
Robert de Metz (directeur des cessions et acquisitions)
et Jacques Espinasse (directeur financier). En face,
au premier rang des assistants, se tenait la "garde
rapprochée" de son prédécesseur : Eric Licoys
(ex-directeur général et, depuis le matin, ex-membre
du conseil d'administration), Philippe Germond (ex-directeur
général adjoint et PDG de Cegetel, futur directeur général
d'Alcatel) et Agnès Touraine (directeur général adjoint
et PDG de Vivendi Unievrsal Publishing).
Affable
et apparemment décontracté, Jean-René Fourtou a raconté
dans le détail sa découverte de l'univers vivendiesque,
n'hésitant pas à en rajouter dans le rôle de l'ingénu
arpentant ce monde, nouveau pour lui, de saltimbanques.
Mais au total, le nouveau PDG s'est montré plus disert
sur ses efforts pour faire face à la crise de liquidités
que connaissait le groupe (il vient notamment d'obtenir
une facilité bancaire de 3 milliards d'euros et le refinancement
d'un prêt de 1,6 milliard) que sur ses projets stratégiques.
Il a simplement réaffirmé le positionnement du groupe
sur l'"entertainment" (un terme auquel il ne trouve
pas d'équivalent satisfaisant en français), à base de
télévision (Canal Plus), de cinéma (VU Entertainment),
de musique (Universal Music Group) et de jeux (VU Games).
Par ailleurs, Vivendi conserve pour l'instant ses participations
minoritaires dans Cegetel et Vivendi Environnement.
"Cegetel sera regardé sans sentimentalité, sans béret
basque, avec les yeux de l'actionnaire", annonce Jean-René
Fourtou, prêt à étudier les offres visiblement pressantes
du britannique Vodafone.
Seul élément tangible du jour,
le chiffrage des cessions d'actifs prévues (passées
de 10 à 12 milliards d'euros, dont 5 d'ici mars 2003
et le reste "avant la fin de l'année 2003").
Mais le groupe étant en phase de négociations tous azymut,
il est difficile à ses dirigeants d'exposer leur jeu.
Jean-René Fourtou a en tout cas réaffirmé son désir
d'"extinction/réduction des principaux foyers de pertes"
que sont, dans l'ordre, les activités Internet, les
actifs de Canal Plus hors de France et le coût des sièges
de Paris et New York.
Pour l'Internet, il s'est contenté
de rappeler la vente de Vizzavi à Vodafone ("Vizzavi
nous coûtait 12 millions tous les mois, tous les mois,
sans compter les autres", a-t-il martelé) à Vodafone
et la fermeture de "Scoop" (en fait, l'annuaire en ligne
Scoot), sans mentionner celle du portail culturel Divento.
Toutes les activités Internet de VU sont, au bout du
compte, appelées à être "intégrées dans les business
du groupe, vendues ou fermées". Pour sa part, Jean-Bernard
Lévy, qui ne s'engage sur aucun calendrier ni aucune
liste, laisse le règlement de ce dossier entre
les mains d'Agnès Audier, la directrice générale de
VU Net, et de Philippe Germond "tant qu'il est avec
nous".
Jean-René
Fourtou, qui ne manque jamais une occasion de rappeler
qu'il vient du monde de la chimie-pharmacie après avoir
passé vingt ans dans le consulting, s'est exprimé à
plaisir sur la situation de Vivendi Universal, dont
il fait remonter le début des vraies difficultés à l'année
2000, "quand AOL a fusionné avec… comment s'appellent-ils
déjà? Ah oui, Time-Waner". Il s'est aussi montré aussi
prolixe que sévère sur Jean-Marie Messier ("Il avait
le goût du deal, mais derrière, il fallait gérer. Et
il vous aimait trop, vous les journalistes."),
pour mieux tracer en creux son auto-portrait de gestionnaire
chevronné et pragmatique.
"Nous
entrons dans ce jeu qui va durer, qui va durer",
a encore fait savoir Jean-René Fourtou qui adore
visiblement répéter les formules. En écho,
Jean-Bernard Lévy affirme que le management "sera toujours
vigilant à ce que le facteur temps ne nous oblige pas
à précipiter les décisions". C'est aussi par les mots
que l'on tente de montrer que le Vivendi-Universal d'aujourd'hui
n'a plus grand chose à voir avec la machine infernale
d'hier.
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