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Vivendi Universal à la mode Fourtou
Le PDG du groupe de communication présentait hier sa stratégie à l'issue d'un conseil d'administration. Un exercice de communication où il a tenté d'imposer son style anti-Messier en mettant les rieurs de son coté. Morceaux choisis.  (Jeudi 26 septembre 2002)
         
Dossier

A quoi voit-on un changement de management à la tête du deuxième groupe de communication mondiale ? Entre autres à une foule de détails relevés à l'occasion de la conférence de presse au cours de laquelle le nouveau PDG de Vivendi Universal devait présenter sa nouvelle stratégie. Une nouveauté en elle-même parce que son prédecesseur, justement, ne présentait jamais sa stratégie en conférence de presse. Les détails ? Le nombre de vigiles à l'entrée, bien plus élevé qu'avant. Un pupitre et une table très sérieuse sur la scène, là où Jean-Marie Messier préférait tabourets et micros sans fil. La cravate que porte désormais en ces occasions Pascal Nègre, le PDG de la filiale Universal Music…

Jean-René Fourtou avait donc réuni la presse (les analystes financiers suivaient) à l'issue du conseil d'administration. A ses cotés sur scène ne figuraient que des "nouveaux", comme il l'a ingénument fait remarquer, sa garde rapprochée, donc: Jean-Bernard Lévy (directeur général adjoint), Robert de Metz (directeur des cessions et acquisitions) et Jacques Espinasse (directeur financier). En face, au premier rang des assistants, se tenait la "garde rapprochée" de son prédécesseur : Eric Licoys (ex-directeur général et, depuis le matin, ex-membre du conseil d'administration), Philippe Germond (ex-directeur général adjoint et PDG de Cegetel, futur directeur général d'Alcatel) et Agnès Touraine (directeur général adjoint et PDG de Vivendi Unievrsal Publishing).

Affable et apparemment décontracté, Jean-René Fourtou a raconté dans le détail sa découverte de l'univers vivendiesque, n'hésitant pas à en rajouter dans le rôle de l'ingénu arpentant ce monde, nouveau pour lui, de saltimbanques. Mais au total, le nouveau PDG s'est montré plus disert sur ses efforts pour faire face à la crise de liquidités que connaissait le groupe (il vient notamment d'obtenir une facilité bancaire de 3 milliards d'euros et le refinancement d'un prêt de 1,6 milliard) que sur ses projets stratégiques. Il a simplement réaffirmé le positionnement du groupe sur l'"entertainment" (un terme auquel il ne trouve pas d'équivalent satisfaisant en français), à base de télévision (Canal Plus), de cinéma (VU Entertainment), de musique (Universal Music Group) et de jeux (VU Games). Par ailleurs, Vivendi conserve pour l'instant ses participations minoritaires dans Cegetel et Vivendi Environnement. "Cegetel sera regardé sans sentimentalité, sans béret basque, avec les yeux de l'actionnaire", annonce Jean-René Fourtou, prêt à étudier les offres visiblement pressantes du britannique Vodafone.

Seul élément tangible du jour, le chiffrage des cessions d'actifs prévues (passées de 10 à 12 milliards d'euros, dont 5 d'ici mars 2003 et le reste "avant la fin de l'année 2003"). Mais le groupe étant en phase de négociations tous azymut, il est difficile à ses dirigeants d'exposer leur jeu. Jean-René Fourtou a en tout cas réaffirmé son désir d'"extinction/réduction des principaux foyers de pertes" que sont, dans l'ordre, les activités Internet, les actifs de Canal Plus hors de France et le coût des sièges de Paris et New York.

Pour l'Internet, il s'est contenté de rappeler la vente de Vizzavi à Vodafone ("Vizzavi nous coûtait 12 millions tous les mois, tous les mois, sans compter les autres", a-t-il martelé) à Vodafone et la fermeture de "Scoop" (en fait, l'annuaire en ligne Scoot), sans mentionner celle du portail culturel Divento. Toutes les activités Internet de VU sont, au bout du compte, appelées à être "intégrées dans les business du groupe, vendues ou fermées". Pour sa part, Jean-Bernard Lévy, qui ne s'engage sur aucun calendrier ni aucune liste, laisse le règlement de ce dossier entre les mains d'Agnès Audier, la directrice générale de VU Net, et de Philippe Germond "tant qu'il est avec nous".

Jean-René Fourtou, qui ne manque jamais une occasion de rappeler qu'il vient du monde de la chimie-pharmacie après avoir passé vingt ans dans le consulting, s'est exprimé à plaisir sur la situation de Vivendi Universal, dont il fait remonter le début des vraies difficultés à l'année 2000, "quand AOL a fusionné avec… comment s'appellent-ils déjà? Ah oui, Time-Waner". Il s'est aussi montré aussi prolixe que sévère sur Jean-Marie Messier ("Il avait le goût du deal, mais derrière, il fallait gérer. Et il vous aimait trop, vous les journalistes."), pour mieux tracer en creux son auto-portrait de gestionnaire chevronné et pragmatique.

Dossier

"Nous entrons dans ce jeu qui va durer, qui va durer", a encore fait savoir Jean-René Fourtou qui adore visiblement répéter les formules. En écho, Jean-Bernard Lévy affirme que le management "sera toujours vigilant à ce que le facteur temps ne nous oblige pas à précipiter les décisions". C'est aussi par les mots que l'on tente de montrer que le Vivendi-Universal d'aujourd'hui n'a plus grand chose à voir avec la machine infernale d'hier.

[François Bourboulon, JDNet]
 
 
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