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ADSL : l'aventure du dégroupage ne fait que commencer
Depuis septembre, deux FAI, 9 Telecom et Free, se sont lancés dans l'ADSL dégroupé avec des tarifs accrocheurs. Ces acteurs apprennent à travailler, parfois dans la douleur, avec France Télécom.  (Mercredi 27 novembre 2002)
         
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D'après l'ART (Autorité de Régulation des Télécommunications), elles étaient 650 en mai dernier. Elles, se sont les lignes téléphoniques totalement dégroupées. Depuis le 1er janvier 2001, date de l'ouverture à la concurrence de la boucle locale en France, elles symbolisent le niveau d'activité des opérateurs alternatifs. Un niveau d'activité encore à marée basse : selon les dernières estimations : un millier de lignes seraient aujourd'hui entièrement dégroupées.

Depuis la rentrée, le centre de gravité sur la boucle locale est pourtant en passe de bouger, sous l'impulsion de l'accès Internet. Trois fournisseurs d'accès, 9 Telecom, Free et Colt (accès professionnel), se sont lancés coup sur coup dans l'offre d'accès ADSL dégroupée avec, à la clef, des tarifs agressifs. Si ces trois acteurs pionniers réussissent leur pari commercial, le nombre de lignes dégroupées pourrait bien connaître en France une forte accélération dans les mois qui viennent.

Au centre de ce dispositif intervient la procédure même de dégroupage, celle qui permet aux FAI alternatifs d'opérer la ligne de l'abonné final. Une procédure technique et administrative placée sous la tutelle de France Télécom. Confrontés à ce dispositif de dégroupage ADSL depuis quelques semaines, les deux fournisseurs d'accès grand public installés sur la boucle locale (9 Telecom et Free) n'en ont pourtant pas la même perception.

Sept à douze jours dans le noir

Chez 9 Telecom, propriété du groupe LDCom, on ronge plutôt son frein. Principal grief : la synchronisation des résiliations et des délais de mise en œuvre du dégroupage avec France Télécom. "A partir du moment où nous expédions un mandat de dégroupage à France Télécom pour la ligne d'un nouvel abonné, explique Marc Couraud, directeur de l'Internet grand public du groupe LDCOM, nous entrons dans un processus qui peut durer en tout de sept à douze jours et sur lequel nous n'avons pas de visibilité."

Pendant ce laps de temps, la véritable phase critique pour 9 Telecom atteindrait en fait une durée de quatre jours, le délai dont dispose France Télécom pour opérer techniquement le dégroupage "Si le nouveau client dispose déjà d'un abonnement ADSL, il peut donc se retrouver sans aucun accès Internet pendant quelques jours car nous ne savons pas à partir de quand exactement la ligne est dégroupée." Une problématique plutôt douloureuse pour le FAI alternatif : la moitié des clients captés avec les nouvelles offres ADSL disposent déjà d'un accès Internet.

Pour contourner cette rupture de service, le FAI a monté une véritable opération commando : en une journée, les informaticiens de 9 Telecom ont développé une solution permettant au modem des abonnés entrants de basculer automatiquement sur le nouvel accès dès que la ligne est dégroupée. "Cette solution de contournement sera disponible dès mercredi matin [Ndlr : aujourd'hui, 27 décembre], poursuit Marc Couraud. Mais nous avons malgré tout signalé ce problème à l'ART, d'autant plus que dans la logique de dégroupage, Wanadoo nous semble bénéficier d'un traitement de faveur avec des délais ramenés à 48 heures."

L'opérateur historique y met de la bonne volonté

Chez Free, autre FAI parti à l'assaut de l'accès ADSL dégroupé, le constat est tout autre. "Il ne faut pas faire de l'acharnement thérapeutique sur France Télécom, lance Michaël Boukobza, directeur général du fournisseur d'accès. Le dégroupage est une chose complexe et sur le terrain, l'opérateur historique y met de la bonne volonté." Un discours qui tranche d'autant plus que Free reconnaît volontiers que le retard à l'allumage rencontré sur la Freebox, le boîtier ADSL tout-en-un, incombe autant à sa gestion interne qu'aux délais nécessaires à France Télécom pour opérer du dégroupage de masse.

Tout au plus, le fournisseur d'accès du groupe Iliad émet-il quelques doutes quant au traitement dont bénéficie dans certains cas Wanadoo. "En fait, poursuit Michaël Boukobza, les seuls problèmes que nous rencontrons pour l'instant proviennent des quelques lignes ADSL sur lesquelles le dégroupage subit des problèmes techniques. Dans ce cas, l'abonné peut se retrouver pris dans une partie de ping-pong où France Télécom renvoie la faute sur le FAI, alors qu'il est le seul à pouvoir intervenir sur la boucle locale."

A entendre ces deux sons de cloche, la question centrale reste posée : France Télécom joue-t-il le jeu du dégroupage ? A l'ART, face à l'émergence des nouvelles offres ADSL, l'heure est plutôt à la satisfaction. "Les tarifs de gros publiés en juillet dernier ont eu l'effet escompté, souligne un porte-parole de l'Autorité. Depuis la rentrée, avec Free et 9 Telecom, il y a eu rupture tarifaire sur le marché de l'ADSL, comme Bouygues Telecom l'avait fait en son temps sur le marché du mobile. Cette rupture était un élément incontournable pour que le marché du haut débit puisse décoller en France."

Des groupes de travail à l'ART

Sur le rôle de France Télécom dans le processus de dégroupage, l'Autorité préfère en revanche rester discrète, d'autant plus qu'elle ne s'est pas encore prononcée sur la procédure engagée par LDCom à l'encontre de France Télécom sur ce même dossier. "Nous devons maintenant gérer des problèmes opérationnels sur le dégroupage, souligne-t-on à l'ART. Et c'est pour cette raison que nous avons mis en place des groupes de travail où siègent France Télécom et les acteurs alternatifs."

Un point de vue confirmé par Fleur Thesmar, responsable du collectif "Ensemble, libérons l'ADSL" auteur notamment du Petit rapport impertinent sur l'état de l'Internet en France à l'usage de ceux qui veulent qu'elle rattrape son retard. "Depuis juillet, constate-t-elle, les choses se sont nettement améliorées sur l'ADSL, même si de nouvelles baisses sur les tarifs de gros sont à souhaiter pour que le marché décolle réellement avec des offres nettement en-dessous de 30 euros par mois."

Sur les couacs rencontrés dans le cadre du dégroupage, Fleur Thesmar, qui est également responsable de la régulation et des hauts débits à Télé2, reste plus philosophe. "Quant les opérateurs se sont lancés dans la présélection, il a fallu attendre six mois pour que les relations se stabilisent avec France Télécom. Laissons donc encore du temps au dégroupage ADSL pour que chacun trouve ses repères."

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Les anicroches constatées par 9 Telecom et la suspicion de favoritisme au profit de Wanadoo ne seraient donc que des à-coups classiques quand un marché s'ouvre dans l'univers des télécoms. "Les fautes sont partagées dans ce dossier, estime un autre opérateur alternatif. France Télécom a toujours eu tendance à tirer la couverture à lui, 9 Telecom rencontre des problèmes pour combiner les différents réseaux achetés par LDCom et en plus, les acteurs alternatifs ne savent pas toujours comment s'y prendre dans les relations qu'ils tissent avec l'opérateur historique. Or, faire du dégroupage, c'est artisanal, c'est savoir entretenir de bonnes relations avec les techniciens de France Télécom pour que tout se passe bien."

Débattu pendant de longues années au plan européen puis au plan national, désormais en phase opérationnelle, le dégroupage se joue donc aujourd'hui dans les répartiteurs au milieu des paires de cuivre. "Il faut s'y faire, note un spécialiste du secteur. Dans les télécoms, le diable est toujours dans les détails "

>> A suivre...

[Ludovic Desautez, JDNet]
 
 
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