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D'après l'ART (Autorité de
Régulation des Télécommunications), elles étaient 650
en mai dernier. Elles, se sont les lignes téléphoniques
totalement dégroupées. Depuis le 1er janvier 2001, date
de l'ouverture à la concurrence de la boucle locale
en France, elles symbolisent le niveau d'activité des
opérateurs alternatifs. Un niveau d'activité encore
à marée basse : selon les dernières estimations : un
millier de lignes seraient aujourd'hui entièrement dégroupées.
Depuis
la rentrée, le centre de gravité sur la boucle locale
est pourtant en passe de bouger, sous l'impulsion de
l'accès Internet. Trois fournisseurs d'accès, 9 Telecom,
Free et Colt (accès professionnel), se sont lancés coup
sur coup dans l'offre d'accès ADSL dégroupée avec, à
la clef, des tarifs agressifs. Si ces trois acteurs
pionniers réussissent leur pari commercial, le nombre
de lignes dégroupées pourrait bien connaître en France
une forte accélération dans les mois qui viennent.
Au centre de ce dispositif
intervient la procédure même de dégroupage, celle qui
permet aux FAI alternatifs d'opérer la ligne de l'abonné
final. Une procédure technique et administrative placée
sous la tutelle de France Télécom. Confrontés à ce dispositif
de dégroupage ADSL depuis quelques semaines, les deux
fournisseurs d'accès grand public installés sur la boucle
locale (9 Telecom et Free) n'en ont pourtant pas la
même perception.
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Sept
à douze jours dans le noir
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Chez 9 Telecom, propriété
du groupe LDCom, on ronge plutôt son frein. Principal
grief : la synchronisation des résiliations et des délais
de mise en œuvre du dégroupage avec France Télécom.
"A partir du moment où nous expédions un mandat
de dégroupage à France Télécom pour la ligne d'un nouvel
abonné, explique Marc Couraud, directeur de l'Internet
grand public du groupe LDCOM, nous entrons dans un processus
qui peut durer en tout de sept à douze jours et sur
lequel nous n'avons pas de visibilité."
Pendant ce laps de temps, la
véritable phase critique pour 9 Telecom atteindrait
en fait une durée de quatre jours, le délai dont dispose
France Télécom pour opérer techniquement le dégroupage
"Si le nouveau client dispose déjà d'un abonnement ADSL,
il peut donc se retrouver sans aucun accès Internet
pendant quelques jours car nous ne savons pas à partir
de quand exactement la ligne est dégroupée." Une problématique
plutôt douloureuse pour le FAI alternatif : la moitié
des clients captés avec les nouvelles offres ADSL disposent
déjà d'un accès Internet.
Pour contourner cette rupture
de service, le FAI a monté une véritable opération commando
: en une journée, les informaticiens de 9 Telecom ont
développé une solution permettant au modem des abonnés
entrants de basculer automatiquement sur le nouvel accès
dès que la ligne est dégroupée. "Cette solution de contournement
sera disponible dès mercredi matin [Ndlr : aujourd'hui,
27 décembre], poursuit Marc Couraud. Mais
nous avons malgré tout signalé ce problème à
l'ART, d'autant plus que dans la logique de dégroupage,
Wanadoo nous semble bénéficier d'un traitement de faveur
avec des délais ramenés à 48 heures."
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L'opérateur
historique y met de la bonne volonté
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Chez Free, autre FAI
parti à l'assaut de l'accès ADSL dégroupé, le constat
est tout autre. "Il ne faut pas faire de l'acharnement
thérapeutique sur France Télécom, lance Michaël Boukobza,
directeur général du fournisseur d'accès. Le
dégroupage est une chose complexe et sur le terrain,
l'opérateur historique y met de la bonne volonté." Un
discours qui tranche d'autant plus que Free reconnaît
volontiers que le retard à l'allumage rencontré sur
la Freebox, le boîtier ADSL tout-en-un, incombe autant
à sa gestion interne qu'aux délais nécessaires à France
Télécom pour opérer du dégroupage de masse.
Tout au plus, le fournisseur
d'accès du groupe Iliad émet-il quelques doutes quant
au traitement dont bénéficie dans certains cas Wanadoo.
"En fait, poursuit Michaël Boukobza, les seuls problèmes
que nous rencontrons pour l'instant proviennent des
quelques lignes ADSL sur lesquelles le dégroupage subit
des problèmes techniques. Dans ce cas, l'abonné peut
se retrouver pris dans une partie de ping-pong où France
Télécom renvoie la faute sur le FAI, alors qu'il est
le seul à pouvoir intervenir sur la boucle locale."
A entendre ces deux sons de
cloche, la question centrale reste posée : France
Télécom joue-t-il le jeu du dégroupage ? A l'ART, face
à l'émergence des nouvelles offres ADSL, l'heure est
plutôt à la satisfaction. "Les tarifs de gros publiés
en juillet dernier ont eu l'effet escompté, souligne
un porte-parole de l'Autorité. Depuis la rentrée, avec
Free et 9 Telecom, il y a eu rupture tarifaire sur le
marché de l'ADSL, comme Bouygues Telecom l'avait fait
en son temps sur le marché du mobile. Cette rupture
était un élément incontournable pour que le marché du
haut débit puisse décoller en France."
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Des
groupes de travail à l'ART
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Sur le rôle de France Télécom
dans le processus de dégroupage, l'Autorité préfère
en revanche rester discrète, d'autant plus qu'elle ne
s'est pas encore prononcée sur la procédure engagée
par LDCom à l'encontre de France Télécom sur ce même
dossier. "Nous devons maintenant gérer des problèmes
opérationnels sur le dégroupage, souligne-t-on à l'ART.
Et c'est pour cette raison que nous avons mis en place
des groupes de travail où siègent France Télécom et
les acteurs alternatifs."
Un point de vue confirmé par
Fleur Thesmar, responsable du collectif "Ensemble,
libérons l'ADSL" auteur notamment du Petit rapport
impertinent sur l'état de l'Internet en France à l'usage
de ceux qui veulent qu'elle rattrape son retard.
"Depuis juillet, constate-t-elle, les choses se sont
nettement améliorées sur l'ADSL, même si de nouvelles
baisses sur les tarifs de gros sont à souhaiter pour
que le marché décolle réellement avec des offres nettement
en-dessous de 30 euros par mois."
Sur les couacs rencontrés dans
le cadre du dégroupage, Fleur Thesmar, qui est également
responsable de la régulation et des hauts débits à Télé2,
reste plus philosophe. "Quant les opérateurs se sont
lancés dans la présélection, il a fallu attendre six
mois pour que les relations se stabilisent avec France
Télécom. Laissons donc encore du temps au dégroupage
ADSL pour que chacun trouve ses repères."
Les anicroches constatées par
9 Telecom et la suspicion de favoritisme au profit de
Wanadoo ne seraient donc que des à-coups classiques
quand un marché s'ouvre dans l'univers des télécoms.
"Les fautes sont partagées dans ce dossier, estime un
autre opérateur alternatif. France Télécom a toujours
eu tendance à tirer la couverture à lui,
9 Telecom rencontre des problèmes pour combiner les
différents réseaux achetés par LDCom et en plus, les
acteurs alternatifs ne savent pas toujours comment s'y
prendre dans les relations qu'ils tissent avec l'opérateur
historique. Or, faire du dégroupage, c'est artisanal,
c'est savoir entretenir de bonnes relations avec les
techniciens de France Télécom pour que tout se passe
bien."
Débattu pendant de longues
années au plan européen puis au plan national,
désormais en phase opérationnelle, le dégroupage se
joue donc aujourd'hui dans les répartiteurs au milieu
des paires de cuivre. "Il faut s'y faire, note un spécialiste
du secteur. Dans les télécoms, le diable est toujours
dans les détails "
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A suivre...
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