|
Voilà une expérimentation
qui risque de déclencher la polémique et de complexifier
un peu plus le dossier des échanges de fichiers peer-to-peer
et de la responsabilité des différents acteurs. Wanadoo
Pays-Bas a en effet mis en place fin 2002 une solution
développée par Joltid, (prestataire technique de Kazaa),
baptisée PeerCache, destinée à remédier, grâce à un système
de cache,
aux problèmes de ralentissement de flux réseau causés
par les échanges de fichiers via les plate-formes peer-to-peer.
L'information, révélée par Emerce.com,
un site néerlandais, a été immédiatement
- et très efficacement - relayée auprès
des médias français par des sources proches
de l'industrie du disque.
Non
seulement la filiale néerlandaise de Wanadoo va ainsi
permettre l'accélération des échanges de fichiers, dont
certains sont illégaux, en stockant temporairement sur
son serveur cache les dits fichiers. Mais en plus, le
FAI a recours aux services de la société qui gère et
développe le réseau peer-to-peer FastTrack, sur lequel
est basé Kazaa. Bien sûr, rappelle un communiqué rapidement
publié par France Télécom, "l'objectif n'est
pas du tout un partenariat avec Kazaa, ni une caution
quelconque des pratiques des internautes pirates".
Selon France Telecom, si
ce choix technologique conduit à un plus grand confort
pour les utilisateurs de Kazaa, ses raisons sont surtout
économiques. En effet, Joltid estime à au moins 50%
la part du trafic Internet occupée par les échanges
de fichiers, ce qui représente un coût non négligeable
pour les fournisseurs d'accès. Sachant que PeerCache
est censé réduire de 50% le trafic occupé par FastTrack,
le logiciel permettrait d'économiser 25% de la bande
passante pour l'opérateur. Selon Lammert Van Raan, responsable
Business Development de Wanadoo Pays-Bas cité par Emerce.com,
la société a déjà rentabilisé son investissement initial.
Wanadoo est très attentif
à justifier technologiquement l'expérimentation dans
son communiqué : "Le jour - que nous souhaitons le plus
proche possible - où tous les partenaires seront d'accord
pour commercialiser sur Internet tous les catalogues
(musicaux ou films), il faudra bien en effet que les
réseaux soient suffisamment fluides pour acheminer dans
de bonnes conditions tout ce trafic au mieux, dans l'intérêt
de tous les acteurs concernés. Il est donc indispensable
que tous les FAI participent activement à tous types
d'expérimentations pouvant permettre d'otpimiser la
bande passante."
Selon Wanadoo France, aucune
réaction négative de la part de l'industrie du disque
n'a suivi la mise en place du nouveau service. La filiale
néerlandaise affirme avoir apporté un soin particulier
au respect de toutes les réglementations en vigueur.
La législation européenne adresse d'ailleurs directement
cette problématique, dans la Directive 2001/29 du 22
mai 2001 relative à l'harmonisation de certains aspects
du droit d'auteur et des droits voisins dans la société
de l'information. Celle-ci établit des "exceptions au
droit de reproduction", qui autorisent dans certains
cas la copie. La copie cache des sites les plus demandés
réalisée par un fournisseur d'accès Internet dans le
but de faciliter et d'accélérer la transmission de ces
sites vers l'utilisateur, et par conséquent de diminuer
le trafic sur le réseau, fait partie de ces exceptions.
La Directive précise que la durée de ces reproductions
peut aller jusqu'à quelques jours. Wanadoo Pays-Bas
s'est fixé une durée maximum de 48 heures.
Le serveur cache est hébergé
sur les serveurs de Wanadoo, et son fonctionnement est
totalement transparent pour l'utilisateur. Aucune communication
n'a d'ailleurs été faite sur le site du FAI pour annoncer
la mise en place du nouvel outil. Wanadoo
déclare qu'aucune initiative de la sorte n'est pour
l'instant prévue en France. "Nous allons attendre de
voir les résultats de cette expérimentation", précise
le service de presse. Ils ne seront pas les seuls...
|