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Pour Google, c'est un coup de
massue. Lundi, la deuxième chambre du tribunal
de grande instance de Nanterre (Hauts-de-Seine) a condamné
Google à une amende de 75.000 euros pour contrefaçon
de marque en vertu de l'article L.713-2 du Code de la
propriété intellectuelle. Cette décision
de justice intervient à la suite de l'assignation
déposée en décembre 2002 par les
sociétés Luteciel et Viaticum, qui exploitent
les portails par les services de voyages en ligne Bourse
des Voyages et Bourse des Vols. Motif de l'action en justice
: le présumé abus du programme de liens
sponsorisés AdWords de Google, qui a permis de
vendre aux enchères des mots-clés comme
"bourse" et "vols" à des annonceurs
concurrents de Bourse des Vols.
La
bataille juridique a tourné autour de la validité
de "Bourse des vols" et "Bourse des voyages"
comme marque distinctive et de la problématique
technique du programme AdWords. Pour le premier volet,
le voyagiste met en avant le dépôt de ces
marques auprès de l'INPI et leur exploitation
commerciale. A l'inverse, pour Google, les mots-clés
"bourse" et "vols" sont des termes
généralistes, donc une marque "Bourse
des vols" serait considérée comme
nulle. Une argumentation que le TGI de Nanterre n'a
pas retenue : Bourse des Voyages et Bourse des Vols
étant des marques déposées, elles
peuvent bénéficier de la protection des
marques en vertu du Code de la propriété
intellectuelle.
Les coulisses techniques du programme AdWords étaient
également au centre des débats. Selon
la défense de Google, il
est extrêmement difficile d'interdire l'accès
à des mots-clés comme "bourse"
et "vols" à ses annonceurs, compte
tenu de leur caractère généraliste.
Là aussi, les arguments liés aux contraintes
techniques n'ont pas convaincu le tribunal. "La
société Google France ne saurait se retrancher
derrière derrière la technologie mise
en oeuvre pour le fonctionnement de ses services de
publicité", lit-on dans le jugement. Il
est également souligné que "les choix
économiques ou technologiques de Google France
ne sauraient porter atteinte à des droits légitimement
protégés."
Dernier point annexe : le tribunal a rejeté la
demande des avocats de Google (des représentant
du cabinet Lovells en l'occurence) concernant l'irrecevabilité
de l'assignation. La défense de la société
américaine estimant que cette affaire concernant
en premier lieu la maison-mère et non la branche
France. Là aussi, cette requête n'a pas
retenu l'attention du tribunal.
Au final, Google France est condamnée à verser
aux sociétés Luteciel et Viaticum la somme de 70.000
euros en réparation et 5.000 euros pour les frais de
justice. Cette décision est accompagnée
d'une exécution provisoire. Il est également
interdit à Google France d'afficher sur le programme
AdWords des annonces publicitaires au profit d'entreprises
offrant les produits ou services protégés par les marques
"Bourse des vols", "Bourses des voyages" et "Bdv",
lors de la saisie sur le moteur de recherche d'une requête
reproduisant ces marques. Une astreinte de 1.500 euros
a été établie par infraction constatée,
sachant que Google dispose d'un mois pour régulariser
la situation en conformité à cette décision
de justice. Enfin, Google France doit afficher pendant
un mois sur la page d'accueil de son site Internet des
extraits du jugement.
Contactés par le JDN, Google France et Google
Inc. se refusent à tout commentaire sur le sujet.
Le moteur de recherche a la possibilité de faire
appel de ce jugement de première instance.
Evidemment plus prolixe, Fabrice Dariot, PDG des sociétés
Luteciel et Viaticum à l'origine de la procédure,
ne cache pas sa satisfaction. "Les trois points
principaux avancés par la défense de Google
ont volé en éclat", affirme-t-il.
Même son de cloche du côté de son
défenseur : "Cette décision de justice
liée au programme AdWords de Google est une première
en France", commente Maître Cyril Fabre,
avocat à la Cour du cabinet Alexen. En revanche,
il est difficile d'évoquer une première
mondiale. Aux Etats-Unis, eBay a obtenu de Google l'arrêt
de la commercialisation de sa marque sur le programme
AdWords en août au nom de la protection des marques.
Mais visiblement, l'affaire n'avait pas été
portée devant la justice.
Dans tous les cas, cette décision
de justice était très attendue : à
instar de Bourse des Vols/Bourse des Voyages, d'autres
marques commerciales - parfois plus prestigieuses -
estiment subir également un préjudice
lié au fonctionnement actuel du programme phare
de liens sponsorisés de Google. Le secteur du
luxe, notamment, surveille de très prés
l'activité sur Google.
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