|
Sopi Communication, agence
créée en février 2003 par Jean-Christophe Despres, un
ancien de Publicis, Gilles Babinet (Musiwave) et Gilles
Soukoudjou, tire son nom du mot wolof signifiant "changement".
Ce que Sopi veut changer, c'est la place des minorités
ethniques dans la publicité et le marketing en France.
En créant une base de données comportementale dédiée aux
personnes originaires d'Afrique du nord, d'Afrique noire
et des Caraïbes, l'agence compte pousser sa spécialisation
dans le "marketing ethnique", un concept venu des Etats-Unis
que Sopi souhaite adapter aux spécificités françaises.
Dans
un document d'analyse téléchargeable sur son site, Sopi
tente de définir le marketing ethnique. "Le marketing
ethnique (…) questionne non seulement l'idée de représentation
des minorités dans la publicité et les médias mais aussi
les modes de consommation spécifiques inhérents à certains
groupes." Le marketing ethnique est un concept sensible
qui soulève de nombreuses questions en France, pays
qui refuse le communautarisme et prône l'universalité
républicaine.
Les critères d'origine
raciale étant exclus des recensements, on ne connaît
pas précisément le nombre de citoyens français appartenant
à des minorités ethniques. Anne Sengès, auteur d'Ethnik,
le marketing de la différence, l'estime à 10 millions.
"Nous avons voulu dépasser le problème de la quantification
et ainsi nous différencier des autres agences qui se
positionnent sur ce segment, explique Jean-Christophe
Despres, directeur associé de l'agence. Ce qui compte,
c'est de connaître le nombre de personnes qui lisent
une publication ou qui figurent dans une base de données."
Jean-Christophe Despres,
apporte quelques précisions à son approche. "Le marketing
ethnique englobe des problématiques publicitaires et
marketing direct. En termes publicitaires, son but est
de donner plus de représentativité aux minorités ethniques.
Du côté du marketing direct, il s'agit d'apprendre à
connaître les comportements de consommation de ces minorités,
qui sont sans doute à peu près équivalents à ceux du
reste de la population, mais avec des spécificités.
D'où la création d'une base de données comportementale."
La loi n'interdit pas la
création d'une telle base de données, dans la mesure
où les fichiers sont constitués avec l'accord des intéressés.
Sopi l'a néanmoins placée sous le contrôle d'un "comité
d'éthique", consciente que ces informations sont extrêmement
sensibles. Par ailleurs, Jean-Christophe Despres assure
que le fichier n'est pas destiné à la vente. L'acquisition
des prospects se fait offline (par questionnaire imprimé)
ou online. Pour amener la cible à renseigner la cinquantaine
de questions qui doivent qualifier la base, Sopi va
employer une stratégie de marketing viral, mêlant street
marketing, e-mailing auprès d'un réseau de 100 à 250
personnes connues de l'agence, et communication vers
des relais d'opinion, comme le président d'Africultures
(site et revue sur les cultures africaines). Pour les
prospects, le seul incentive est leur intérêt à ce que
les marques affinent leurs offres pour mieux leur correspondre.
Pour l'instant, le questionnaire
est en test sur Ie Web. Jean-Christophe Despres estime
devoir attendre plusieurs mois avant que la base n'atteigne
un taille significative, soit 10.000 entrées (l'objectif
est d'atteindre plusieurs centaines de milliers...).
A côté de cela, Sopi délivre à ses clients un éventail
de prestations : séminaires sur le marketing interculturel,
conseil sur les cultures urbaines, conseil médias, création
publicitaire, applications d'affichage de SMS sur écrans
géants… "L'ethnique ne deviendra une activité substantielle
que dans plusieurs années", justifie Jean-Christophe
Despres. L'agence compte cinq clients, dont l'émission
Europ'Vibes, diffusée sur la chaîne Zik, et la Ligue
des Droits de l'Homme.
Pour Sopi, les axes de
développement stratégiques sont nombreux : démarcher
les marques qui peuvent avoir pour vocation à communiquer
auprès des publics urbains, associer progressivement
les marques à la réflexion ethnique, sensibiliser le
marché à ces problématiques, développer un réseau de
partenaires associatifs, et allier conseil et opérationnel,
en développant des stratégies multicanal. L'équipe
de l'agence est constituée des trois associés et d'un
réseau de freelances. La société, qui devrait être rentable
dès la première année selon ses fondateurs, ne compte
pas faire appel à des capitaux extérieurs.
|