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Selon le Financial Times
, Google pourrait procéder à une introduction
en Bourse d'ici mars prochain en s'appuyant sur un système
d'enchères électroniques. La valorisation
de la société au cours de cette opérations
pourrait se situer entre 15 à 25 milliards de dollars,
pour un chiffre d'affaires estimé pour 2003 entre
700 millions et 1 milliard de dollars. Franck Hennin,
analyste chez Richelieu Finance, revient sur les différents
aspects de ce scénario.
JDN.
Que pensez-vous du scénario d'introduction en
Bourse de Google avancé par le Financial Times ?
Franck
Hennin. Une valorisation de 15 à 25 milliards
de dollars me paraît complètement délirante
pour une société qui réalise environ
500 millions de chiffre d'affaires. Mais cette valorisation
s'inscrit en ligne avec des comparables comme Amazon,
eBay et Yahoo. Quand on compare les capitalisations
avec les résultats dégagés, c'est
ridicule. Cela signifie que les taux de croissance implicites
sont sur une courbe exponentielle. Certes ces sociétés
s'en sont plutôt bien sorties parce qu'il y a
eu énormément de déchets sur le
secteur Internet. Elles ont réussi à devenir
rentables et à valider une partie de leur modèle,
mais elles n'ont pas encore démontré qu'elles
pouvaient être "particulièrement rentables"
comme elles l'affirment. Aujourd'hui, eBay par exemple,
c'est 35 milliards de dollars de capitalisation boursière
et 250 millions de résultat net. Cela fait 140
années de bénéfices en PE [PE :
price-earnings, ratio cours sur bénéfices, ndlr].
Il y aura sûrement un effet croissance important
mais avant de revenir à des PE raisonnables,
il faudra du temps. Car pour un PE de 15, il faudrait
que eBay réalise 2,5 milliards de dollars de
résultat net, soit dix fois ce qu'il fait aujourd'hui.
Et multiplier aussi par dix son chiffre d'affaires,
qui est de 1,2 milliard de dollars en 2002, ce qui me
semble incertain. Cette situation est la même
sur Yahoo où on obtient 172 en PE. La capitalisation
boursière est de vingt-cinq fois le chiffre d'affaires.
Pensez-vous
que les conditions du marché sont bonnes aujourd'hui
pour ce genre d'introduction ?
On
constate que les sociétés Internet comme
eBay, Yahoo ou Amazon reviennent peu à peu sur
leurs plus hauts niveaux de cotation. Aujourd'hui, Amazon
est à 54 dollars alors qu'elle en a valu un peu
plus de 100 fin 1999 et qu'elle était tombée
à 6 en 2001. Mieux, eBay est actuellement à
54 dollars, soit à peu près aux mêmes
niveaux que ceux de mars 2000. Le cours du titre a été
au plus haut jamais atteint au début du mois
d'octobre dernier, un peu au-delà des 60 dollars.
Cela veut dire qu'on est revenu sur des multiples très
élevés, que sur certaines valeurs on a
quasiment retrouvé les niveaux du haut de la
bulle. On comprend donc pourquoi Google envisage maintenant
son introduction en Bourse. Cependant, il faut se méfier :
ce qu'ils ont fait sur ces dix dernières années,
est-ce qu'ils vont pouvoir le reproduire sur les dix
prochaines ? Et donc, ne va-t-il pas y avoir à
nouveau déception et nouvel éclatement
de la bulle. Ces valeurs sont véritablement risquées :
on ne sait pas ce qui va se passer demain pour ce marché.
Le principal atout pour Google, c'est que si l'introduction
en Bourse intervient en mars 2004, comme on le laisse
entendre, les valorisations de ses comparables devraient
être encore plus élevées qu'aujourd'hui.
En effet, la période de Noël sera passée
et c'est traditionnellement l'occasion pour ces valeurs
Internet d'annoncer des résultats records. Cela
va permettre d'instaurer une fenêtre de tir agréable.
Que
pensez-vous du mode d'introduction envisagé par
Google, une mise aux enchères électroniques
des titres ?
C'est
une démarche étonnante, je n'en avais
jamais entendu parler auparavant et je ne sais même
pas si c'est légal. Pour une introduction en
bourse, il faut toute une méthode de contrôle
permettant de gérer les ordres passés.
Il faut un organisme qui soit accrédité
à recevoir les ordres et à les traiter
d'une manière la plus transparente possible.
Là, j'ai l'impression que c'est une démarche
qui vise à instaurer un phénomène
de mode et à faire monter les prix. Le risque,
c'est qu'ils soient trop gourmands.
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