Actualité / Valeurs IT
Lundi 27 octobre 2003
Franck Hennin (Richelieu Finance) : "Certaines valeurs ont quasiment retrouvé les niveaux du haut de la bulle"Analyste chez Richelieu Finance, Franck Hennin estime que les conditions de marché sont favorables aux Etats-Unis, mais que les valorisations redeviennent "délirantes".
              
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Selon le Financial Times , Google pourrait procéder à une introduction en Bourse d'ici mars prochain en s'appuyant sur un système d'enchères électroniques. La valorisation de la société au cours de cette opérations pourrait se situer entre 15 à 25 milliards de dollars, pour un chiffre d'affaires estimé pour 2003 entre 700 millions et 1 milliard de dollars. Franck Hennin, analyste chez Richelieu Finance, revient sur les différents aspects de ce scénario.

JDN. Que pensez-vous du scénario d'introduction en Bourse de Google avancé par le Financial Times ?
Franck Hennin. Une valorisation de 15 à 25 milliards de dollars me paraît complètement délirante pour une société qui réalise environ 500 millions de chiffre d'affaires. Mais cette valorisation s'inscrit en ligne avec des comparables comme Amazon, eBay et Yahoo. Quand on compare les capitalisations avec les résultats dégagés, c'est ridicule. Cela signifie que les taux de croissance implicites sont sur une courbe exponentielle. Certes ces sociétés s'en sont plutôt bien sorties parce qu'il y a eu énormément de déchets sur le secteur Internet. Elles ont réussi à devenir rentables et à valider une partie de leur modèle, mais elles n'ont pas encore démontré qu'elles pouvaient être "particulièrement rentables" comme elles l'affirment. Aujourd'hui, eBay par exemple, c'est 35 milliards de dollars de capitalisation boursière et 250 millions de résultat net. Cela fait 140 années de bénéfices en PE [PE : price-earnings, ratio cours sur bénéfices, ndlr]. Il y aura sûrement un effet croissance important mais avant de revenir à des PE raisonnables, il faudra du temps. Car pour un PE de 15, il faudrait que eBay réalise 2,5 milliards de dollars de résultat net, soit dix fois ce qu'il fait aujourd'hui. Et multiplier aussi par dix son chiffre d'affaires, qui est de 1,2 milliard de dollars en 2002, ce qui me semble incertain. Cette situation est la même sur Yahoo où on obtient 172 en PE. La capitalisation boursière est de vingt-cinq fois le chiffre d'affaires.

Pensez-vous que les conditions du marché sont bonnes aujourd'hui pour ce genre d'introduction ?
On constate que les sociétés Internet comme eBay, Yahoo ou Amazon reviennent peu à peu sur leurs plus hauts niveaux de cotation. Aujourd'hui, Amazon est à 54 dollars alors qu'elle en a valu un peu plus de 100 fin 1999 et qu'elle était tombée à 6 en 2001. Mieux, eBay est actuellement à 54 dollars, soit à peu près aux mêmes niveaux que ceux de mars 2000. Le cours du titre a été au plus haut jamais atteint au début du mois d'octobre dernier, un peu au-delà des 60 dollars. Cela veut dire qu'on est revenu sur des multiples très élevés, que sur certaines valeurs on a quasiment retrouvé les niveaux du haut de la bulle. On comprend donc pourquoi Google envisage maintenant son introduction en Bourse. Cependant, il faut se méfier : ce qu'ils ont fait sur ces dix dernières années, est-ce qu'ils vont pouvoir le reproduire sur les dix prochaines ? Et donc, ne va-t-il pas y avoir à nouveau déception et nouvel éclatement de la bulle. Ces valeurs sont véritablement risquées : on ne sait pas ce qui va se passer demain pour ce marché. Le principal atout pour Google, c'est que si l'introduction en Bourse intervient en mars 2004, comme on le laisse entendre, les valorisations de ses comparables devraient être encore plus élevées qu'aujourd'hui. En effet, la période de Noël sera passée et c'est traditionnellement l'occasion pour ces valeurs Internet d'annoncer des résultats records. Cela va permettre d'instaurer une fenêtre de tir agréable.

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Que pensez-vous du mode d'introduction envisagé par Google, une mise aux enchères électroniques des titres ?
C'est une démarche étonnante, je n'en avais jamais entendu parler auparavant et je ne sais même pas si c'est légal. Pour une introduction en bourse, il faut toute une méthode de contrôle permettant de gérer les ordres passés. Il faut un organisme qui soit accrédité à recevoir les ordres et à les traiter d'une manière la plus transparente possible. Là, j'ai l'impression que c'est une démarche qui vise à instaurer un phénomène de mode et à faire monter les prix. Le risque, c'est qu'ils soient trop gourmands.

[Florence Santrot, JDNet] Précédent | Haut de page 

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