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Bruno Rasle (Spam Forum) : "Une liste rouge e-mail est inefficace pour éradiquer le spam"
Co-organisateur du Spam Forum qui se déroulera lundi prochain, Bruno Rasle fait le point sur les dernières nouvelles du front de la lutte anti-spam.  (Vendredi 31 octobre 2003)
         
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SpamForumParis.org
Bruno Rasle et Frédéric Aoun, les auteurs de l'ouvrage Halte au Spam, organisent le 3 novembre à Paris un colloque sur le thème du spam. Il y sera notamment question de l'impact des messages non-sollicités sur les métiers du marketing direct. PME, grands comptes, FAI, élus et universitaires s'y côtoieront pour faire le tour des différents aspects du phénomène et dresser une liste d'actions envisageables à moyen terme. Bruno Rasle revient sur la mutation des techniques utilisées par les spammeurs, la situation en France et les implications du projet de loi américain anti-spam.

JDN. Quelles évolutions notables avez-vous observé sur le terrain du spam depuis ces derniers mois ?
Bruno Rasle.
Depuis l'été, plusieurs choses se sont passées. Sur le plan technique, le point le plus important est l'attaque du ver Sobig qui marque la collusion croissante entre les spammeurs et les hackers. Ce phénomène a entraîné un début de prise de conscience chez les DSI. Aujourd'hui, les nuisances liées au spam rejoignent les problématiques de sécurité des réseaux, pour une double raison : des virus peuvent être diffusés très rapidement grâce à des techniques de spam et les infections peuvent fournir une base pour les spammeurs. L'autre point technique concerne les nouveaux outils utilisés par les spammeurs, qui ont recours au "web hosting invisible". En employant cette technique, il n'est plus possible de remonter à la source de l'émission pour les traîner en justice. Sur le plan du contenu, on constate également des mutations. De plus en plus, le texte des spams se réduit à une URL, dont on ne peut pas pister l'hébergement à cause du web hosting invisible : les PC infectés font aussi office de proxy, et la résolution DNS change de façon dynamique toutes les dix minutes. Le vocabulaire utilisé a également changé, pour contourner les filtres. Enfin, le phishing se développe (lire l'article du JDN du 20/08/03), et même si les sociétés françaises ne sont pas visées, les internautes français en sont aussi victimes.

Quels impacts peut-on attendre des différents projets de loi en France, en Europe et aux Etats-Unis ?
En France, le vote de la LEN est prévu pour la première quinzaine de décembre. Le texte français n'est pas a priori contre le spam, il pose plutôt des repères juridiques sur le marketing direct. Le fait que nous soyons en retard sur le calendrier, par rapport à la Belgique notamment, peut se transformer en avantage. Les Belges, qui ont promulgué leur loi fin mars, reconnaissent aujourd'hui qu'ils sont allés trop vite. Il faut se servir de cette expérience pour corriger le projet de loi. Nous appelons notamment à un maximum de précision. Pour l'instant, on ne sait pas encore l'impact qu'aura la LEN. La période suivant la promulgation sera très intéressante, car elle verra naître la jurisprudence. Il faut également savoir que le projet de loi prévoit de laisser six mois aux propriétaires de fichiers de marketing direct pour mettre en conformité leur base. D'un côté, il existe un risque de sur-réaction de la part des internautes exaspérés, qui pourront en profiter pour agir contre les spammeurs. De l'autre, les réglementations n'étant pas bien connues des consommateurs, la loi peut n'avoir qu'un effet limité. Les particuliers pourront porter plainte, mais la facilité sera de passer par la CNIL. Son opération "Boîte à Spam" va en quelque sorte devenir permanente, sous une autre forme. Le problème, c'est que la CNIL manque de moyens pour agir.
En Europe
, on retrouve différentes interprétations de la Directive. S'il y a trop de différences, le rôle de la Commission Européenne, dans un deuxième temps, sera de les aplanir. De manière générale, toute l'Europe s'oriente vers l'opt-in. Mais ce terme, qui désigne une action éclairée de la part du consommateur, possède une signification différente, ne serait-ce que d'une entreprise à l'autre. On ne peut pas garantir que les cases précochées vont disparaître du jour au lendemain...
Aux Etats-Unis, le spam n'a pas la même signification qu'en France. Un spammeur, c'est quelqu'un qui se cache, qui ment. Le projet de loi du Sénat vise ce type de spam avec le "deceptive email ", et va instituer l'opt-out. Cela pose deux problèmes : premièrement, ce choix ne va pas être neutre pour les Européens. Quel recours aurons-nous contre des pratiques que nous estimons illégales, mais considérées comme légales aux Etats-Unis ? Dans la réalité, quand un dossier CNIL remonte à la FTC (Ndlr: Commission fédérale du Commerce aux Etats-Unis), il ne se passe rien. Deuxièmement, au lieu de se cacher, les spammeurs vont pouvoir opérer en toute légalité. Il leur suffira de créer une société pour une somme modique, d'effectuer à visage découvert quelques e-mailings, de ne tenir aucun compte des demandes de désinscriptions de la part des internautes, puis de fermer leur société et de recommencer quelques jours plus tard dans un état voisin. Pour les coincer ce sera difficile, et la charge de preuve est très lourde à apporter. Cela risque aussi d'accélérer la délocalisation du spam. Le mois dernier, des députés britanniques ont fait le déplacement pour expliquer à leurs homologues américains les risques associés au choix de l'opt-out. Espérons que la Chambre des Représentants saura les entendre et reviendra sur le texte.

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La création d'une liste rouge est envisagée aux Etats-Unis. Est-ce une bonne solution ?
Il y a deux formules possibles. On adopte soit l'opt-in, soit l'opt-out plus la liste rouge. Depuis plusieurs mois, le patron de la FTC explique que la formule opt-out et liste rouge n'est pas la solution. Mais les lobbys du marketing direct sont puissants… Une liste rouge sur le Web est inefficace, pour plusieurs raisons. L'exemple de la liste Robinson e-mail de la Fevad en France, est parlant. C'est un placebo. Entre le moment où un fichier est constitué et celui de l'envoi, la liste change, et la mise à jour n'est pas faite. D'autres questions se posent : comment gérer toutes les demandes des sociétés concernant cette liste ? Et si les spammeurs réussissent à la pirater ? Comment gérer les désinscriptions ? Parfois celles-ci sont prises en compte sur le fichier copi, par exemple celui de la société qui se charge des envois, et pas sur le fichier source, celui de l'annonceur. Avec le nouveau texte, les conséquences légales pourront être sérieuses ! Sans compter que c'est du tout ou rien : théoriquement on ne peut pas être sur la liste et recevoir les mails d'une société en particulier.

[Raphaële Karayan, JDNet]
 
 
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