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Julien Dourgnon (UFC-Que Choisir) : "Il y a bien une coordination entre les acteurs du marché du SMS"
Le représentant de l'association des consommateurs explique les raisons de la saisine du Conseil de la concurrence pour abus de position dominante collective autour des messages courts mobiles.  (Jeudi 27 novembre 2003)
         
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L'UFC-Que Choisir vient de se pencher sur le marché du SMS, de plus en plus fructueux pour les opérateurs mobiles (8 millliards de SMS prévus en 2003, pour des revenus de 960 millions d'euros). L'association de consommateurs a publié une étude sur les "marges exorbitantes" d'un opérateur mobile pour l'envoi d'un SMS, qui avoisinerait les 80%. L'UFC - Que Choisir considère que les trois opérateurs mobiles français (Orange, SFR et Bouygues Télécom) ont mis en place un "cartel" sur le marché des SMS. l'association a donc décidé de saisir le Conseil de la concurrence au motif d'un abus de position dominante collective sur ce point et d'élever le débat au niveau européen. Les explications de Julien Dourgnon, chargé de mission du pôle télécoms-Internet à UFC-Que Choisir.

Quels sont vos principaux griefs contre les opérateurs mobiles sur le marché des SMS ?

Julien Dourgnon. Il y a six mois, nous avons débuté une étude sur le marché des SMS. Nous avons reconstitué le coût technique d'un SMS, brique par brique. On parvient à 1,7 centime. Nous avons ajouté 35% pour prendre en compte de manière large des coûts marketing. Au total, on obtient 2,21 centimes. Nous avons comparé cette donnée à la politique tarifaire des SMS et aux revenus affichés par chaque opérateur mobile afin d'évaluer le niveau de marge. Résultat : avec un revenu moyen par SMS qui s'élève à 10,9 centimes hors taxes, un opérateur mobile peut afficher un niveau de marge supérieur à 80%. D'autres indices sont venus nous conforter qu'il s'agissait bien d'une coordination entre acteurs du marché. Non seulement les opérateurs mobiles se sont alignés sur le prix à l'unité du SMS mais également sur les forfaits : le prix du SMS à l'unité n'a pas changé depuis 1999 et l'introduction de forfaits SMS n'a pas eu d'impact significatif sur les revenus moyens des opérateurs. De plus, l'élasticité de la demande étant très faible, les opérateurs ont une certaine liberté pour déterminer des prix excessifs. Economie de réseaux oblige, les opérateurs ont des liens en termes d'interconnexion réseaux, notamment pour fixer la tarification de transit SMS. Les prix pratiqués restent confidentiels. Certes, on peut évoquer la liberté de commerce d'un côté, mais il y a le droit économique de l'autre. Nous estimons avoir rassemblé suffisament d'éléments qui semblent caractériser un abus de position dominante collective.

Peut-on parler de spécificité française sur le marché des SMS en Europe ?
Ce n'est pas un cas spécifique en Europe. Les prix de détail du SMS au Pays-Bas et au Royaume-Uni sont également parfaitement alignés depuis plusieurs années. Seuls les marchés danois et norvégiens ont véritablement développé une concurrence dans le domaine des SMS. Dans le domaine du roaming, qui intéresse particulièrement la Commission européenne, il semblerait que les conditions du marché soient du même acabit que celles du SMS.

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Au bout du compte, cette "dérive" du marché SMS, qui est sous le contrôle entier des opérateurs mobiles, ne reflète-elle pas l'absence d'une instance de régulation réellement neutre ?
Le marché des SMS doit s'appuyer sur l'auto-régulation. Par conséquent, la responsabilité incombe d'abord aux opérateurs mobiles, même si on peut regretter qu'une instance comme l'ART n'ait pas vraiment de prérogatives dans le domaine du mobile. La prochaine transposition de la directive européenne dite "paquets télécom" n'y changera rien. Politiquement, personne n'accepte que le marché des mobiles, lié actuellement au droit commun, soit soumis à une régulation particulière. En marge de notre étude, nous nous posons des questions sur les pratiques liées aux SMS +. Au nom de la visibilité pour les consommateurs, les trois opérateurs, regroupés au sein de l'Association SMS +, ont figé les prix des paliers. C'est un peu limite en termes de droit à la concurrence.

[Philippe Guerrier, JDNet]
 
 
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