Moins de 35 % des foyers réunionnais sont aujourd'hui
connectés à Internet, 80 % d'entre eux ne
disposant que d'un accès bas débit. Une situation
intenable pour la région, qui pour y remédier
mène depuis près de deux ans une politique d'aménagement
du territoire numérique via la construction avec EDF
d'un réseau mutualisé à haut débit. L'objectif : amener
le haut débit partout et pour tous. Un slogan légitime
pour une collectivité française, mais dont les
conditions de réalisation restent dépendantes
de contraintes géographiques, notamment pour les tarifs
d'accès Internet.
Le Conseil régional de la Réunion a lancé
début janvier un appel à candidature pour la gestion
et l'exploitation du réseau régional haut débit
de communications électroniques baptisé Gazelle,
dans le cadre d'une délégation de service public
(DSP) sur douze ans. La date limite de dépôt des
dossiers de candidature est fixée au 14 janvier prochain.
Les premières fibres optiques devraient être allumées
d'ici avril 2005. "Grâce au réseau Gazelle,
les opérateurs alternatifs peuvent desservir librement
l'usager, sans être dépendants du réseau
de collecte et de desserte locale de France Télécom,
indique Guy Jarnac, vice-président du conseil régional
de la Réunion, délégué aux TIC et
à l'audiovisuel. L'objectif de la région est d'offrir
un un réseau alternatif ouvert à tous."
L'idée d'un réseau mutualisé haut débit
est née en 2002, alors que la collectivité faisait
état du "refus de France Télécom
de louer la fibre optique ainsi que les fourreaux destinés
à accueillir ces fibres." L'opportunité
de déployer avec EDF une infrastructure optique à
l'échelle du territoire réunionnais est devenue
évidente dans le cadre du plan gouvernemental de déploiement
de l'Internet haut débit via le réseau haute tension lancé
il y a trois ans (Lire l'article
JDN du 07/02/02). Les travaux de déploiement ont
commencé début 2004, financés à
hauteur de 8,5 millions d'euros par la région. Depuis,
48 fibres optiques ont été posées selon
la technologie COE (câble optique enroulé), dont 36 sont la
propriété de la collectivité.
Sans attendre la finalisation des travaux du réseau
Gazelle, prévue en 2005, le Conseil régional
de la Réunion a souhaité mettre immédiatement
à disposition des opérateurs alternatifs ses
36 fibres optiques. Une première convention a été
signée avec l'opérateur régional Outremer
Télécom. "La mise à disposition
des paires de fibre optique est bien sûre ouverte à
tous les opérateurs, souligne Guy Jarnac. Car l'objectif
de la construction d'un réseau mutualisé haut
débit est d'amener la compétition sur l'île
au niveau des tarifs d'accès Internet, dix fois plus
chers qu'en métropole."
| Le
mégabit coûte plus de 150 euros sur l'île |
Un détour par les offres ADSL donne une idée des prix de
détail pratiqués sur l'île : une connexion ADSL à 512 Kbit/s
est facturée en moyenne 70 euros par mois, tandis que
le prix du mégabit pour l'utilisateur final dépasse
les 150 euros. En introduisant la concurrence au niveau de
la desserte locale, le réseau Gazelle devrait permettre
de faire baisser sensiblement les tarifs. C'est notament le
cas pour un opérateur comme Outremer Télécom,
qui dispose de moyens suffisants pour déployer un réseau
en dégroupage total à partir des infrastructures
CEO.
Mais la raison majeure des prix prohibifs de l'ADSL à
la Réunion reste les tarifs des liaisons louées vers
la métropole sur le câble sous-marin Safe (contrôlé par France
Télécom). Ouvert en juin 2002, le câble Safe devait
permettre de développer le haut débit sur l'île.
Toutefois, l'arrivée du câble n'a pas provoqué
les effets escomptés, ni sur les prix, ni sur la qualité
des services Internet. Une situation que Guy Jarnac attribue
aux "prix prohibitifs pratiqués par France Télécom
pour la commercialisation de la bande passante".
Face à l'échec des négociations engagées
avec l'opérateur historique, le Conseil régional
de la Réunion a saisi l'Autorité de régulation
des télécommunications (ART) en janvier 2004.
Le 7 décembre dernier, la Cour d'appel de Paris confirmait
la décision de l'ART d'imposer à France Télécom
une prestation de liaison louée entre la métropole
et la Réunion à un prix dix fois moins élevé
qu'auparavant. Désormais, l'achat d'un mégabit
de bande passante entre Paris et la Réunion coûte
1.550 euros, contre 17.000 euros initialement. Une baisse
conséquente, certes, mais insuffisante pour rendre
égal le prix de l'ADSL entre l'île et la métropole.
De fait, la liaison intercontinentale reste l'élément
de coût le plus important dans la facture des FAI, de
l'ordre de plus de 50 %. Ce qui justifie un prix de vente
très élevé aux internautes.
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