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Sur le marché mondial des modems ADSL, les alliances
entre fournisseurs d'accès et équipementiers
se font et se défont au gré des prix, des volumes,
des technologies et des enjeux commerciaux. En tout et pour
tout, une trentaine de constructeurs de modems ADSL existent
sur la planète. Parmi eux, une petite poignée
est aujourd'hui présente en France. Ils ont pour noms
Thomson, Sagem, Inventel, Comtrend, Foxconn et Bewan, et s'arrogent
à eux six la totalité du marché français des modems DSL grand
public. Ces constructeurs, peu connus du grand public, travaillent
à partir d'accords de développement et de distribution
passés en direct avec les FAI. Des accords qui ne sont
pas éternels, comme le montre la percée en France des fournisseurs
asiatiques, sur un marché encore dominé par les dinosaures
européens.
| Modems
ADSL : avec quels équipementiers travaillent les
FAI français |
| FAI |
Equipementiers
modems ADSL |
Nombre
de modèles en vente |
Parc
ADSL |
|
AOL
|
Thomson
A partir de mars : Thomson (routeur ADSL 2+) et Sagem
(WiFi ADSL 2+)
|
2 (routeur
et routeur WiFi)
|
Abonnés ADSL :37,5% du parc
|
|
Cegetel
|
Sagem
(USB)
Inventel (Wifi )
|
2
(USB et Wifi)
|
NC
|
|
Club
Internet
|
Comtrend
(modem téléphonie), Thomson (modem routeur)
|
NC
|
NC
|
|
Free
|
3 usines
d'assemblage
|
1
(Freebox) + extension WiFi
|
Abonnés
Freebox : 70,2% du parc
|
|
Neuf
Télécom
|
Foxconn
(Ambit)
|
1 (Neufbox)
+ extension WiFi
|
Abonnés
Neufbox : 70 à 80% du parc
|
|
Tele
2
|
Bewan
|
2
(USB, Ethernet)
|
NC
|
|
Tiscali
|
Comtrend
(Triway), Sagem (USB)
|
2
(Triway et modem USB)
|
NC
|
|
Wanadoo
|
Inventel
et Sagem (Livebox)
Thomson et Sagem (autres modems)
|
5
(USB, Ethernet, Ethernet routeur, WiFi, Livebox)
|
Abonnés
LiveBox : 4,7%
Total abonnés ADSL : 59,3% du parc
|
| Source
: Le Journal du Net, 2005 |
Foxconn,
qui a racheté Ambit en avril dernier, et Comtrend, deux sociétés
taiwanaises, illustrent la montée en puissance des fournisseurs
asiatiques chez les FAI français. Des fournisseurs compétitifs
en termes de prix mais surtout en prise directe avec les technologies
émergentes, qui ont souvent déjà fait leurs preuves en Asie.
Comtrend, qui a lancé son activité en France en 2002, axe par
exemple sa stratégie de développement autour de la VoIP. Un
point névralgique pour les FAI. Pour résister
à cette percée, Inventel, le pionnier français
créé en 1994, mise de son côté sur les modems routeurs
Wi-Fi intégrant des fonctionnalités VoIP.
Thomson fait, lui, figure de leader sur ce marché.
Le groupe, qui a racheté l'activité modems DSL d'Alcatel en
juin 2001, est très présent dans les packs des FAI français.
Selon l'institut de recherches Dell'Oro, Thomson est même
le numéro un mondial sur le secteur des modems DSL devant
Siemens (qui ne travaille avec aucun FAI français), avec 16,1%
de parts de marché et 7 millions d'unités vendues dans le
monde l'année dernière. Le constructeur français,
qui a réussi à multiplier les contrats avec les opérateurs
historiques, est également leader dans la zone EMEA, avec
32 % de parts de marché.
| Free,
le seul FAI à avoir développé son
propre terminal |
Face à ces six équipementiers, figurent les
fournisseurs d'accès, leurs clients directs. La quasi-totalité
de ces FAI ne sont pas intervenus au niveau de la conception
des terminaux d'ancienne génération monoplay. Pour ces "vieux"
modems ADSL, les FAI ont préféré acheter
des produits sur étagère et y faire adapter leur kit de connexion,
un boîtier spécifique et un packaging. Cette
flexibilité fait partie du service offert par les fabricants
de modems. Pour Inventel, elle est même un atout majeur pour
décrocher des marchés. Chez Thomson, l'adaptation aux spécificités
pays et le paramétrage logiciel font partie du package de
service standard. Celle-ci se fait dans un "centre de customisation"
situé en Europe de l'Est, tandis que la fabrication est effectuée
en Asie. Même principe chez Comtrend, qui dissocie usine de
production et unité de personnalisation.
Un fournisseur d'accès, Free, a pourtant choisi très
tôt de pousser plus loin son niveau de contrôle
sur son modem, la Freebox. Le FAI français, qui travaillait
avec Sagem pour ses modems monoplay, ne tient pas aujourd'hui
à révéler l'identité de ses nouveaux partenaires DSL,
qui sont en fait des assembleurs. Free est en effet l'unique
FAI à avoir développé son propre terminal, du logiciel au
boîtier, et à se fournir lui-même en composants électroniques.
Les contrats passés se limitent donc à de l'assemblage,
une stratégie qui lui permet de pouvoir faire évoluer plus
rapidement et plus facilement son matériel, et d'être multi-fournisseurs.
Seul indice : trois sous-traitants fabriquent actuellement
la Freebox.
| Le
projet Livebox a réuni les ingénieurs de France Télécom,
d'Inventel et de Sagem |
Mais bon an, mal an, les autres fournisseurs d'accès
évoluent également vers un niveau d'interventionnisme
important dans la conception des modems DSL multiplay, clef
de voûte des services à valeur ajoutée.
Le cahier des charges est le fruit d'une collaboration de
plus en plus poussée entre FAI et équipementiers. Un mouvement
qui s'explique par la plus grande technicité des produits
développés. Une complexité que les fournisseurs
d'accès souhaitent masquer pour rendre les terminaux faciles
à utiliser, ergonomiques, voire évolutifs. Autre motif
pour ce regain d'intérêt des FAI dans la conception
des modems : les fonctionnalités de téléphonie et de
vidéo demandent des paramétrages spécifiques, l'adaptation
aux normes de réseaux nationales, et la composition de scénarios
de services.
Le projet Livebox a, par exemple, réuni les ingénieurs de
France Télécom, d'Inventel et de Sagem. "Nous préférons souvent
avoir deux partenaires pour les modems, explique Laurent Marchou,
responsable du marché grand public à l'unité d'affaires haut
débit de Wanadoo. Cela nous permet de mieux assurer les stocks,
et de faire évoluer le mix en fonction de nos contraintes."
Du côté de Neuf Télécom, l'équipe a choisi pour sa
NeufBox de partir d'un modèle existant chez Yahoo BB. un modèle
qui a été adapté aux contraintes du marché français. Chez
Tiscali, on affirme également que les ingénieurs ont travaillé
étroitement avec Comtrend pour le développement du modèle
Triway.
| "Nous
nous rapprochons du modèle des câblo-opérateurs" |
Mais qu'il soit sur-mesure ou non, tous les FAI s'accordent
sur le fait que ce n'est pas le modem qui tire les ventes
mais les services auxquels il permet d'accéder. Le modem n'est
qu'un "moyen de". Pour cette raison, les modems
distribués par les FAI sont rarement brandés au nom
de l'équipementier, à l'instar des décodeurs
Canal Plus. Un anonymat qui permet aux FAI de faire fabriquer
un même modèle par plusieurs constructeurs ou
de changer de fournisseurs en cours de route. D'autant que
sur ce marché, comme on le souffle chez Club Internet,
"tout le monde discute avec tout le monde".
Cette mainmise des FAI sur les boîtiers poursuit un
autre objectif, commercial cette fois : limiter l'utilisation
des modems en interopérabilité (alors que les modems ne sont
pas bridés pour la plupart, ce qui est une spécificité française).
Naturellement, peu d'abonnés songent à utiliser
leur modem avec un FAI autre que celui à l'origine
du pack. Du coup, la très grande majorité des
consommateurs choisissent l'achat ou la location d'un nouveau
modem avec chaque prise d'abonnement ADSL. Une manière
pour les FAI d'entretenir la captivité. Olivier du
Besset, responsable marketing grand public chez Neuf Telecom,
indique ainsi que 90 % des abonnements sont vendus avec la
NeufBox. Cette proportion dépasse les 95 % chez AOL. Pour
l'abonné, le modem est désormais bel et bien
identifié comme l'un des maillons du service offert
par le FAI.
Une évolution qui tend à sortir définitivement
le modem ADSL du champ des simples périphériques
informatiques pour l'installer dans un autre univers. "Maintenant
que nous sommes fournisseurs de services, nous nous rapprochons
du modèle des câblo-opérateurs, estime Géraldine Trippitelli,
responsable marketing en charge des offres d'accès grand public
chez Tiscali. Il n'y a aucune obligation d'interopérabilité.
Le matériel n'est qu'un outil." Une analogie avec le modèle
du décodeur TV que partage volontiers Michaël Boukobza, directeur
général d'Iliad-Free, et qui donne le ton de la tendance à
venir sur ce marché : la convergence.
A suivre dans le JDN : Demain,
des modems à tout faire
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