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Sur les traces des business angels
1) La face cachée du capital-risque
Le capital-risque a repris des couleurs, mais d’autres investisseurs sont plus actifs lors de l’amorçage : les business angels. Qui sont-ils ?   (22/02/2005)
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 Chausson Finance
 Pierre Kosciusko-Morizet
 Loïc le Meur
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Dossier Capital-risque
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Franceangels.org
Ils sont souvent cités comme le chaînon manquant du financement des entreprises en France, investissent leur fortune personnelle dans la création de sociétés innovantes, et cultivent le goût du risque. "Ils", ce sont les business angels. Placés sous le feu des projecteurs au moment de la bulle Internet, leur existence est aussi ancienne que l'investissement privé. Loin d'avoir disparu, leur activité est au contraire plus structurée depuis quelques années. Débarrassés de leurs oripeaux de nouveaux chercheurs d'or, ils oeuvrent dans l'ombre pour faire fructifier leur capital et l'activité des sociétés dans lesquelles ils investissent. Qui sont-ils exactement ? Que sont devenues ces "élites" qui faisaient parler d'elles au début des années 2000 ? Première plongée dans la sphère des business angels.

Claude Rameau, père et coprésident du réseau France Angels, association qui fédère les réseaux de business angels en France et promeut activement leur développement, estime qu'ils sont entre 3.000 et 3.500 en France. Ces agents économiques investissent dans des sociétés innovantes à potentiel, innovante ne signifiant pas forcément, pour Claude Rameau, innovation technologique. D'ailleurs, le secteur high-tech (Internet, logiciels, télécoms) ne capterait que 50 % de ces investissements. En plus de leur apport financier, ces investisseurs "amènent leur temps, leur enthousiasme, leurs compétences et leur relationnel", souligne Claude Rameau. "Ces deux derniers éléments sont d'ailleurs fondamentaux dans la réussite d'une entreprise."

Reste que les business angels seraient dix à vingt fois moins nombreux dans l'Hexagone qu'au Royaume-Uni. Un vrai motif d'inquiétude pour les créateurs d'entreprises et les gouvernements successifs, qui peinent à faire éclore les vocations. Ainsi François d'Aubert, ministre de la Recherche, soulignait encore récemment le manque de dynamisme français dans le financement d'amorçage, évoquant d'énièmes aménagements fiscaux pour tenter d'y remédier. Bon an mal an, le nombre de business angels aurait néanmoins doublé ou triplé en France depuis trois ou quatre ans. "Il y en a plus qu'avant, et surtout, les réseaux commencent à se structurer, précise Claude Rameau. Avant, ils ne voulaient pas qu'on parle d'eux, leur activité n'était pas très visible. Aujourd'hui, plus d'une quarantaine de réseaux se sont montés."

Le fait que ces réseaux ne disposent pas encore de statistiques consolidées, ainsi que la relative opacité du secteur, rendent difficiles toute tentative de mesure globale de cette activité, par exemple en termes de montant total investi ou de rentabilité moyenne. France Angels a toutefois entrepris de réaliser régulièrement des études afin de sonder les profils et d'analyser les portefeuilles de ces investisseurs privés. D'après l'enquête 2003, 78 % d'entre eux ont un profil de dirigeant d'entreprise, 80 % sont encore actifs, 87 % déclarent des revenus annuels supérieurs à 75.000 euros. Le portrait type du business angel est celui d'un homme entre 40 et 54 ans, redevable de l'impôt sur la fortune, et disposant d'un patrimoine situé entre 1 et 3 millions d'euros.

Un ticket moyen de 70.000 à 100.000 euros
Les business angels investissent en moyenne dans plus de six entreprises, pour un ticket compris entre 70.000 et 100.000 euros. Au total, Claude Rameau estime qu'il est raisonnable de ne pas investir plus de 5 % de son patrimoine dans des sociétés de ce type, 10 % étant un grand maximum. Ces placements sont d'autant plus à risque que 85 % sont réalisés dans une phase d'amorçage. Une prise de risque souhaitée puisque la deuxième motivation de ces investisseurs, après les plus-values, réside dans l'aventure de la création d'entreprise. La plupart du temps créateurs eux-mêmes, les business angels sont des entrepreneurs invétérés.

Parmi les business-angels "stars"
Loïc le Meur, Pdg de Six Apart
Marc Simoncini, Pdg de Meetic
 
G. Ghesquiere, ex- Pdg de Nomade
Patrice Magnard, ex-Pdg d'Alapage
Certains business angels sont ainsi connus pour leurs multiples aventures entrepreneuriales. Loïc le Meur, Pdg de Six Apart, s'est bâti une fortune personnelle en créant et en revendant B2L, Rapidsite ou encore Tekora. Il a notamment investi dans Wine&Co et Magique Emilie. Il détient actuellement des participations dans Boonty en France (une plate-forme de jeux-vidéos) et aux Etats-Unis dans le moteur de recherche spécialisé dans les blogs Technorati, et les logiciels sociaux Socialtext et LinkedIn. S'il confie ne plus avoir le temps d'investir, Six Apart occupant tout son temps, il déplore que "les Français soient aussi peu intéressés par l'investissement dans les sociétés naissantes". Tout en concédant que le bilan de ses investissements est négatif, il estime qu'il existe aujourd'hui plus d'opportunités car les valorisations sont basses. Autrement dit, c'est après la ruée qu'on trouve les vraies pépites.

Loïc le Meur n'est pas le seul business angel à avoir freiné ses activités d'investisseurs pour se consacrer à sa propre société. Il en va de même pour Michel de Guilhermier, Pdg de Photoways, qui se contente de conserver ses parts dans des sociétés dont il n'a pas encore pu sortir, comme Verifdiploma. En tout, il a investi 5 à 6 millions d'euros, et réalisé sa plus belle opération avec Odisei, une société de téléphonie sur Internet dont la valeur a été multiplié par 40 en deux ans. Marc Simoncini, Pdg de Meetic, avait lui aussi multiplié les participations au moment de la bulle. Aujourd'hui, il ne lui en reste plus qu'une sur cinq. Il s'agit de MilleMercis, qu'il détient à 50 %.

Il est rare que les business angels montent à plus de 50 % du capital, ou investissent pour prendre le contrôle d'une société. Mais quand celle-ci prospère, c'est le jackpot. Tout ne tient d'ailleurs souvent qu'à un fil. Les professionnels interrogés par le JDN sont unanimes pour dire que le taux moyen de retour sur investissement d'un business angel n'est pas mirifique, mais qu'il suffit d'une opération lucrative sur dix pour être dans le vert.

Beaucoup de business angels n'ont pas survécu à l'effet de mode
Tous n'ont pas eu cette chance, et ceux qui ont échoué se sont retirés sans tambour ni trompettes, loin de la médiatisation qui les avait "starisés". Pierre Kosciusko-Morizet, PDG de Priceminister, sur la même longueur d'ondes que Marc Simonicini, constate que beaucoup de business angels ont disparu. "Il y a eu un effet de mode. Ceux qui ont crié sur les toits ont plutôt subi des échecs. Maintenant, ils mettent leur argent dans l'immobilier." Yves Delacour, président du réseau Leonardo Finances, a mesuré concrètement cette désaffection. "Au plus haut de l'effet de mode, nous sommes montés jusqu'à 750 membres business angels. Nous en avons entre 250 et 300 aujourd'hui, ce qui représente le niveau normal."

Si Leonardo Finances est toujours actif, d'autres structures ont disparu ou se contentent désormais de gérer leurs actifs. Apollo Invest, le fonds d'investissement présidé par Hervé Giaoui, qui réunissait des personnalités comme Laurent Sorbier (Spray), Jean-Michel Billaut (l'Atelier), Patrice Magnard (Alapage) ou encore Thierry Lhermitte (dont la société France Cinema Multimedia, chargée de promouvoir le cinéma sur les nouveaux médias, a périclité) n'investit plus et gère seulement son portefeuille (Freever, Aufeminin…). Xavier Schallebaum, qui en était directeur associé, est retourné à ses premières amours, la politique. Parti en 2001, il occupe depuis fin mars 2004 le poste de conseiller politique et communication auprès du ministre de la Santé Philippe Douste-Blazy, après avoir été chef de cabinet puis directeur de la communication de l'UMP.

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Suite à ces désertions, ce sont finalement les grandes familles qui ont repris le flambeau de l'investissement privé. "On voit revenir les Dassault, les Peugeot, remarque Yves Delacour. Ces familles savent que les taux de rendement de ce type d'investissement sont supérieurs aux LBO ou à la Bourse, et elles ont du temps devant elles pour sortir, jusqu'à sept ans ou plus. Elles étaient certes déjà présentes, mais aujourd'hui elles remplacent même certains fonds de capital-risque." Une tendance qui se retrouve chez le fonds Chausson Finance, qui a engagé il y a trois mois une personne chargée spécifiquement d'animer un réseau de "family offices" européens, ces grandes fortunes à la recherche d'investissements dans le non-coté, afin d'élargir la recherche de capitaux.
Raphaële KARAYAN, JDN Sommaire E-Pme
 
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