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P2P : répression ou "licence globale" ?
Deux semaines avant l'ouverture de la discussion parlementaire sur le projet de loi relatif aux droits d'auteur sur Internet, un rapport officiel assimile les éditeurs de logiciels peer-to-peer à des contrefacteurs. Une position vivement critiquée par l'"Alliance Public-Artistes".   (09/12/2005)

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Le "projet de loi relatif au droit d'auteur et aux droits voisins dans la société de l'information", qui doit notamment définir une position de l'Etat français sur la question de l'exercice des droits d'auteur en matière d'oeuvres diffusées sur Internet, entre dans une phase décisive. Repoussée depuis près de trois ans - le projet de loi fait l'objet d'une procédure d'urgence, la date limite de transposition de la directive européenne étant initialement fixée à décembre 2002 -, la discussion en séance publique à l'Assemblée nationale doit avoir finalement lieu les 20 et 21 décembre prochains.

Un rapport, adopté mercredi 7 décembre par le Conseil supérieur pour la propriété littéraire et artistique (CSPLA), organe consultatif du ministère de la Culture, pose les bases de la future loi. Mais il est loin de faire l'unanimité. A deux semaines des débats parlementaires, les positions se durcissent. Au cœur de la polémique : le peer-to-peer.

Deux avis ont été adoptés, mercredi, en séance plénière du CSPLA : l'un relatif aux aspects juridiques des œuvres multimédias et l'autre portant sur la distribution des œuvres en ligne. C'est ce deuxième rapport qui est à la source des oppositions au sein même de la Commission, composée d'une cinquantaine de représentants des professionnels des industries concernées (sociétés d'auteurs, de producteurs, des artistes, éditeurs de la presse ou de logiciels, producteurs audiovisuel, radiodiffuseurs, éditeurs de services en ligne, producteurs de cinéma) et représentants des consommateurs.

Parmi eux, un groupe de 15 organismes représentant les intérêts des musiciens et des comédiens (SPEDIDAM, ADAMI, FNS, SNM-FO, SAMUP, SNEA-UNSEA, UMJ), des photographes, dessinateurs, plasticiens (SAIF, UPC, SNAP-CGT), de producteurs indépendants (Quartz Electronic Music Awards), des éducateurs (La Ligue de l'enseignement), des familles (UNAF), des internautes amateurs de musique (Les Audionautes) et des consommateurs (CLCV et UFC Que-Choisir), fait dissidence.

Artistes et consommateurs pour une licence légale du P2P
Regroupés au sein de l'Alliance Public-Artistes, ils défendent, pour le contrôle de la diffusion des œuvres sur Internet, l'instauration d'une "licence globale". La licence globale est une autorisation donnée aux internautes pour accéder à des contenus culturels (musique, images, films, textes) sur Internet et les échanger entre eux à des fins non commerciales en contrepartie d'une rémunération versée aux artistes à l'occasion du paiement mensuel de l'abonnement Internet.

Pour ce faire, le rapport propose d'instaurer une gestion collective obligatoire, de fixer des barèmes et des modalités de versement de la rémunération des auteurs, des artistes-interprètes et des producteurs (dispositif librement négocié et fixé par voie de convention), d'obliger les FAI à communiquer à leurs abonnés ces conditions générales, et enfin de mettre en place un système de perception de la rémunération des ayants droit par le fournisseur FAI et de reversement à une société agréée, qui reverse elle-même les sommes perçues aux différentes sociétés de gestion collective qui procèdent enfin aux répartitions auprès de leurs ayants droit.

Producteurs et industriels réclament des sanctions pénales
Une proposition rejetée par la majorité des membres de la Commission, qui considère que cette solution n'est qu'une "réponse de résignation qui ne résoudrait que très imparfaitement les problèmes actuels et méconnaîtrait tant le cadre juridique existant au niveau international que certaines réalités techniques et économiques." Ayant anticipé ce reproche, l'Alliance a commandé dès le début des travaux de la Commission un rapport indépendant à l'Institut de recherche de droit privé à l'université de Nantes, dont les conclusions valident la faisabilité juridique de la "licence globale", au regard du droit français comme des traités internationaux.

Bref, pas de statu quo possible. De source proche du dossier, les deux clans se sont violemment opposés lors de la séance plénière de mercredi dernier. Les discussions ont été houleuses. Mais la majorité l'a emporté et l'avis a été adopté.

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Le rapport prévoit notamment que les personnes qui éditent ou mettent à disposition un logiciel permettant le peer-to-peer (P2P) soient assimilés à des contrefacteurs (et donc responsables pénalement) si le logiciel est volontairement destiné à la contrefaçon, ou responsables civilement si, alors que le logiciel a été édité pour une autre destination que la contrefaçon, l'éditeur sait qu'il est massivement utilisé pour la contrefaçon mais est resté inactif pour agir dans le but de prévenir cette contrefaçon. "Une doctrine axée sur l'action pénale et sur le contrôle complet des utilisations, juge l'Alliance Pulic-Artistes. Il est vain et nuisible de penser que tous ces réseaux d'échange pourront être surveillés et contrôlés."

Tous ces rapports, indépendants ou officiels, sont aujourd'hui dans les mains des ministres de la Culture et de l'Industrie. Aux parlementaires de trancher, les 20 et 21 décembre prochains. D'ici là, les actions de lobbying vont s'intensifier, d'un côté comme de l'autre.
 
 
Emilie LEVEQUE, JDN Sommaire Le Net
 
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