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Où l'on reparle du dépôt légal pour les contenus online...
Le loi sur les droits d'auteur dans la société de l'information prévoit d'étendre le champ du dépôt légal à la Toile. Un défi technologique d'archivage et de conservation des flux électroniques que l'Ina et la Bibliothèque nationale de France s'affirment prêts à relever.   (15/12/2005)

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Média à part entière, au même titre que les livres, les journaux, la radio ou la télévision, Internet doit-il se soumettre au dispositif juridique du dépôt légal qui permettrait d'archiver à titre de conservation du patrimoine l'ensemble des contenus publiés sur la Toile ?

Les 20 et 21 décembre prochains sera discuté à l'Assemblée Nationale le projet de loi relatif au "droit d'auteur et droits voisins dans la société de l'information" (DADVSI). Ce texte étend le champ du dépôt légal aux signes, signaux, écrits, sons, images ou messages de toute nature qui font l'objet d'une communication au public par voie électronique. L'obligation vise les personnes qui éditent et produisent les sites Internet.

Mais l'exercice de la mission de dépôt légal s'accompagne d'actes qui mettent en jeu le droit de la propriété intellectuelle, la conservation de documents impliquant de les reproduire. Or, à l'ère du numérique, la polémique sur le peer-to-peer fait rage. Partisans d'une licence légale et défenseurs des DRM et des sanctions pénales s'affrontent actuellement pour faire valoir leur position auprès des parlementaires (lire l'article du 09/12/05). Heureusement, le dépôt légal échappe à cette problématique.

Le dépôt légal oblige les éditeurs de site à donner accès à leurs contenus
En effet, le projet de loi prévoit une exception aux droits d'auteur, droits voisins et droits des producteurs de bases de données au profit des organismes en charge du dépôt légal qui pourront, sans avoir à requérir d'autorisation préalable, ni verser de rémunération, reproduire sur tout support les œuvres numériques, et les offrir à la consultation à des chercheurs accrédités. En outre, dans les cas où la collecte serait techniquement impossible, la loi prévoit également le dépôt de supports ou l'envoi de fichiers. Un transfert de de fichiers dont les modalités seront déterminées en accord avec les éditeurs et les producteurs de sites.

"Il s'agit d'établir une méthodologie de contact et de dialogue avec les éditeurs et producteurs d'œuvres numériques. Une démarche à laquelle l'Ina est aujourd'hui coutumière, explique Emmanuel Hoog, PDG de l'Institut national de l'audiovisuel, organisme public en charge du dépôt légal de la radio et de la télévision depuis sa création en 1992. Dans les années 1990, nous avons d'abord été confrontés à un certain scepticisme des chaînes cryptées, câblées ou du satellite face à l'obligation de nous transmettre leurs flux. Mais petit à petit, l'idée a fait son chemin et elles sont aujourd'hui fières de faire entrer leur contenu dans la mémoire du patrimoine culturel national. La démarche sera la même avec les éditeurs de contenus en ligne en accès restreint."

Juridiquement, c'est donc avec sérénité que les organismes en charge du dépôt légal se préparent à assurer l'archivage de la Toile. Techniquement, c'est un tout autre défi. Moins qu'une photographie gravée dans le temps, Internet est une série d'instantanés qui se multiplient, se renouvellent et s'annulent dans le même temps. Instable, infini, immatériel, éphémère, le Web semble rebelle à toute tentative d'archivage patrimonial. La tâche n'est pas aisée, mais pas impossible. Comme semblent le penser l'Ina et la Bibliothèque nationale de France (BNF), bien décidés à mettre en œuvre la loi dès son adoption.

Des collectes massives et automatiques de sites au mouen de robots intelligents
"La Toile se caractérise d'abord par sa masse. Les chiffres parlent d'eux-même : une collecte du domaine français réalisée par la BNF du 15 décembre 2004 au 30 janvier 2005 a abouti à la réception de 3 Teraoctets [1 To = 1.204 Go, ndlr] de données, soit plus de 118 millions de fichiers identifiés par une adresse URL parmi lesquels des textes, des images, des vidéos… L'archivage de tels volumes d'information pose évidemment des problèmes techniques de stockage et de conservation, mais implique également de redéfinir les modalités de sélection. L'exhaustivité n'est plus permise !", éclaire Jean-Noël Jeanneney, président de la BnF qui est en charge de la collecte et de la conservation des logiciels, bases de données et documents multimédias dans le cadre du dépôt légal de la Toile.

Pour assurer sa mission, la BnF a adopté depuis fin 2004 une démarche qui conjugue trois modes de collecte : des collectes massives et automatiques réalisées au moyen de robots, des collectes thématiques et événementielles (première expérience à l'occasion du référendum pour la constitution européenne), et la mise en place d'un circuit de dépôts à l'unité pour un nombre limité de sites qui ne peuvent être archivés autrement. Les collectes automatiques s'effectuent en partenariat avec l'organisme américain Internet Archive, pionnier (dès 1996) dans l'archivage de la Toile. En outre, depuis juillet 2003, la BNF fait partie du Consortium international pour la préservation d'Internet (IIPC), composé de 11 bibliothèques nationales, qui travaille entre autres au développement d'un ensemble d'outils d'extraction de données, d'archivage, d'indexation et de conservation.

De son côté, l'Ina a pour mission de conserver les sites web relevant de la communication audiovisuelle, des Web TV aux Web radios en passant par les sites de programmes diffusés sur une chaîne (par exemple, le site de l'émission Thalassa ou ceux des séries télévisées), ou encore les sites institutionnels des sociétés de production audiovisuelle (sites du CSA, de Canal Plus, etc.). Pour mettre en œuvre sa mission, l'Ina mène depuis quatre ans des travaux de recherche et développement qui lui ont permis d'élaborer un robot spécifique pour les contenus audiovisuels. Baptisé WebCollecte, il organise des campagnes cycliques d'aspiration, de copie et d'indexation.

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Encore en chantier, cet ambitieux projet de conservation du patrimoine se veut exemplaire. "La France est en situation d'excellence dans le domaine du dépôt légal de la Toile, souligne Jean-Noël Jeanneney. La disposition de la loi française qui consacre le dépôt légal comme exception à la problématique des droits d'auteurs permettra de garder une trace de ce nouveau média qu'est Internet, composante de la mémoire sociale et culturelle, référence pour la recherche et source pour l'histoire."
 
 
Emilie LEVEQUE, JDN Sommaire Le Net
 
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