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Peer-to-peer "légal" : pourquoi la France est en retard
Longtemps assimilé au téléchargement illégal, le peer-to-peer recèle pourtant de nombreux avantages. Aux Etats-Unis, de nouveaux modèles se construisent autour du concept. En France, rien ou presque... pour l'instant.   (25/04/2006)
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Une vaste plate-forme de peer-to-peer, où les utilisateurs téléchargeraient légalement des chansons protégées par le droit d'auteur et qui rémunérerait les ayants droit... utopique ? Beaucoup en ont rêvé, mais les différents projets n'ont jamais abouti. Pourtant, aux Etats-Unis, plusieurs plates-formes de peer-to-peer ont passé des accords avec les maisons de disques, esquissant de nouveaux modèles économiques.

iMesh, Peer Impact, Bitmunk… tous ces noms n'ont pas la même renommée que iTunes ou Virgin. Les deux premiers offrent pourtant, à peu de choses près, le même catalogue que les plates-formes légales, en proposant le téléchargement en peer-to-peer, plus rapide. Mieux : Peer Impact, qui distribue un million de titres et qui a signé les quatre maisons de disques américaines les plus importantes, ainsi que NBC Universal pour des contenus vidéos, se propose de rémunérer les adeptes du peer-to-peer.

"En distribuant des contenus sur les réseaux, les utilisateurs font connaître les artistes et agissent comme de véritables distributeurs, explique Gregory Kerber, CEO de Wurld Media, la société qui édite Peer Impact. Il fallait donc reconnaître ce rôle dans la chaîne de valeur." Résultat : l'internaute achète un titre à peu près au même prix que sur les plates-formes légales, soit environ un euro, puis touche une commission de 5 % chaque fois qu'un internaute télécharge ce fichier mis à disposition. S'il en fait la promotion, en envoyant par exemple la présentation de l'artiste à ses amis, la commission peut atteindre 10 %. "Peer-to-peer ou pas, peu importe, ce qui séduit le consommateur, c'est le contenu", affirme Gregory Kerber, qui revendique l'une des offres les plus vastes du marché, avec de la musique, de la vidéo (Peer Impact espère conclure des accords avec tous les principaux studios américains avant la fin de l'année) et des jeux vidéo.

Peer Impact vise un million de téléchargements payants en 2006
Même principe du côté de Bitmunk, qui travaille pour le moment avec des labels indépendants et qui rémunère également ses utilisateurs. Seule différence : le prix est fixé par les ayants droit. Au Royaume-Uni, Wippit a également lancé une tentative du même genre. Tous ces essais recueillent pour l'instant des résultats mitigés, faute de communication, PeerImpact s'en sortant le mieux avec 100.000 téléchargements revendiqués l'an dernier et un objectif d'un million en 2006.

En France, malgré le succès des réseaux de peer-to-peer et l'ampleur du téléchargement des œuvres protégées, aucune offre de ce type n'a encore été développée. Le Snep annonçait pourtant récemment sa volonté de voir se développer des systèmes de peer-to-peer commerciaux. "Tous les modèles sont envisageables, confirme Frédéric Goldsmith, directeur juridique du Snep, le Syndicat national des éditeurs phonographiques. Il n'y a aucun a priori négatif sur le peer-to-peer."

Les maisons de disque affirment toutes suivre avec attention ces évolutions mais restent muettes sur d'éventuels projets. "C'est beaucoup plus complexe qu'il n'y paraît, explique Sophie Bramly, directrice des nouveaux médias chez Universal France. Les accords, comme celui passé entre Universal et Snocap, sont conclus au niveau international, il faut ensuite gérer les droits, les redevances, la TVA pays par pays, cela prend du temps "

Les projets de P2P légal restés lettres mortes en France
L'idée d'une plate-forme lancée par les maisons de disque semble en tout cas abandonnée, au mieux au profit d'accords avec des spécialistes tels que Peer Impact. "De toute façon, les gens n'auraient pas compris que, d'un côté, on attaque les internautes qui téléchargent illégalement, et, de l'autre, qu'on lance un service de peer-to-peer", affirme Sophie Bramly.

Ainsi, tout le monde est en position d'attente. "C'est le grand drame de ces dernières années, déclare pour sa part Tariq Krim, dirigeant de Netvibes et qui a longtemps milité pour une utilisation commerciale du peer-to-peer. On ne fait rien, par peur d'être piraté. Personne ne veut prendre de risques. Pourtant, si des plates-formes de peer-to-peer commercial avaient été développées il y a deux ou trois ans, aujourd'hui, elles seraient largement rentables." Son projet d'un vaste réseau de P2P public, où toutes les bases publiques (INA, Education nationale, etc.) seraient librement accessibles, est ainsi resté lettre morte pour le moment. Certains candidats à la présidentiel l'auraient néanmoins inscrit à leur programme. Avec un avantage certain : l'utilisation du peer-to-peer réduirait les coûts de développement et de gestion (notamment en bande passante).

Peer Impact bientôt en Europe
Pourtant, si l'industrie musicale française ne semble pas vraiment croire à l'existence d'un peer-to-peer "légal" - gratuit ou payant - certains se chargent de le faire pour elle. Et c'est ici que l'on retrouve les pionniers du genre outre-Atlantique. "Pour nous, c'est une priorité d'entrer sur tous les marchés de l'Union européenne, plus spécialement au Royaume-Uni, en France et en Allemagne", affirme Manu Sporny, CEO de Digital Bazar, qui exploite Bitmunk. Peer Impact, quant à lui, serait tout proche de débarquer en Europe. Des négociations seraient en cours pour une implantation au Royaume-Uni et en Allemagne, les choses seraient un peu plus compliquées pour la France. "Entrer sur le marché européen est l'un de nos principaux axes de développement pour 2006", annonce Gregory Kerber.

Du coup, le peer-to-peer semble réduit à quelques miettes en France. La technologie est utilisée pour tout… sauf pour ce qui a assuré son succès, le téléchargement de musique. AllPeers propose ainsi du partage de fichiers via Firefox (lire l'article du 06/04/2006), tandis que 1-Click-Media s'est développé sur du Push : le peer-to-peer est, dans ce cas, utilisé pour améliorer la vitesse de téléchargement des vidéos. Cette société a ainsi remodelé récemment l'offre vidéo du portail de M6.

Certains se demandent même si l'âge d'or du peer-to-peer n'est pas derrière nous et si l'industrie musicale n'aurait pas laissé passer sa chance d'exploiter son potentiel. Tariq Krim parle ainsi d'une "revanche du Web sur le peer-to-peer" et pense que la distribution des contenus passe davantage, désormais, par le podcast ou par les sites communautaires tels que MySpace ou YouTube.

La publicité, le modèle d'avenir du P2P légal ?
A moins qu'un nouveau modèle ne vienne rafler la mise. Et, comme souvent dans ces cas-là, on en appelle à la publicité. Longtemps évoquée à demi-mot pour financer des systèmes de peer-to-peer gratuits, voilà qu'elle est réapparue il y a quelques semaines, via l'annonce du lancement pour le troisième trimestre 2006 en Australie et aux Etats-Unis, de QTrax, porté par l'éditeur de logiciels LTD Network et la société de distribution Singwell International. Celles-ci auraient déjà conclu des accords avec les principales sociétés d'auteurs américaines : l'Ascap, qui gère les droits de 230.000 auteurs-compositeurs, et la BMI qui possède 300.000 sociétaires sous contrat.

"Le modèle publicitaire est un modèle auquel je crois davantage, souligne Tariq Krim. Tout le monde est en train de revenir à ce modèle, même si, une fois encore, il faudrait clarifier le cadre juridique en facilitant l'accès aux catalogues et en développant les modèles de rémunération des oeuvres sur le chiffre d'affaires au lieu de négocier au cas par cas avec les maisons de disques. Dans cette perspective, un candidat idéal serait Skyrock avec ses Skyblogs et son Skymessenger, qui pourrait proposer un service d'échange commercial en compétition avec les plates-formes."

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Un moyen de rentabiliser la vente de musique sur Internet ? A l'heure où Virgin Mega, Fnac Music et autres e-Compil avouent leurs difficultés à atteindre l'équilibre, l'idée pourrait séduire. Les sociétés d'auteurs se disent en tout cas prêtes à négocier. L'idée d'impliquer les internautes dans la distribution par une rémunération pourrait, elle, apaiser les esprits, après les débats passionnés autour de la loi DADVSI. Le dirigeant de Peer Impact, Gregory Kerber, en est persuadé : "il y a de la place pour tous les modèles". Reste à convaincre la filière musicale.
Nicolas RAULINE, JDN Sommaire Le Net
 
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