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Prosper : quand le peer-to-peer rencontre le crédit en ligne
Le site américain Prosper mixe réseaux sociaux et crédit aux particuliers, en proposant une plate-forme de prêt social sur le modèle du peer-to-peer. Un modèle qui pourrait voir le jour en France, à certaines conditions.   (30/11/2006)

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Dossier Web 2.0

  Le site
Prosper.com
Est-il bien sage de prêter de l'argent à un inconnu ? Bien sûr que oui, répondent les réseaux sociaux en ligne, qui s'affirment tout à fait capables de proposer des services dignes des meilleures banques pour un prix défiant toute concurrence. C'est le pari qu'a tenu Chris Larsen, fondateur de la place de marché Prosper, dont l'objet est de permettre aux emprunteurs d'obtenir des crédits à bas taux tout en garantissant des intérêts substantiels aux créanciers. Un véritable pavé dans la marre des établissements financiers, qui annonce peut-être un nouveau modèle d'accès aux moyens de financement, via une désintermédiation totale.

Lancé en février 2006, Prosper n'est pas très éloigné du modèle de eBay. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si le fondateur de eBay, Pierre Omidyar, accompagné par d'autres capital-risqueurs, a participé au financement initial de ce service novateur à hauteur de 20 millions de dollars. Prosper est un lieu de rencontre entre l'offre et la demande de capitaux. Le site permet donc aux petits emprunteurs et aux petits épargnants de participer directement à l'évolution du marché du crédit et de tirer le meilleur parti de leur argent.

D'un coté, les emprunteurs indiquent la somme dont ils ont besoin et le taux d'intérêt maximal auquel ils accepteraient de souscrire. De l'autre, les individus disposant de capacité de financement précisent la somme qu'ils sont disposés à prêter et le taux d'intérêt minimal correspondant. Au milieu, la plate-forme de Prosper met en relation l'offre et la demande et détermine les taux optimums qui permettent de satisfaire le plus grand nombre de participants. La communauté des créanciers joue donc le rôle d'une banque et peut espérer ainsi obtenir un retour sur investissement annualisé moyen de 6 % versés sur une base mensuelle, selon le site.

En limitant le nombre d'intermédiaires, Prosper créé les conditions nécessaires pour proposer à ses utilisateurs des taux capables de concurrencer ceux en vigueur dans les grands établissements financiers. Le service apporte également un rapport direct à l'argent à la fois plus ludique et plus humain, puisque des créanciers n'hésitent pas à contacter les emprunteurs pour établir une relation de gré à gré.

Prosper introduit une dynamique de groupe dans son système
Prosper introduit également des outils d'analyse simples, et notamment un scoring des emprunteurs qui déterminera en grande partie le taux d'intérêt qu'ils peuvent escompter. Les meilleurs emprunteurs peuvent par exemple bénéficier de taux de l'ordre de 8 % pour des montants inférieurs à 5.000 dollars, tandis que les profils les plus risqués s'en tireront avec 25 %. La plate-forme de Prosper mutualise cependant automatiquement les placements des créanciers de manière à diversifier les portefeuilles et à limiter les risques.

Pour réduire encore les risques et permettre aux emprunteurs d'obtenir des taux encore plus bas, Prosper a également introduit une dynamique de groupe dans son système. Les utilisateurs peuvent se rassembler en groupes d'emprunteurs appartenant à une communauté spécifique - corps de métier, association, université… - et dont l'historique de paiement est publié de façon publique. Chaque groupe est géré par un chef qui perçoit une rémunération directe en fonction du comportement des ses membres. Une rémunération partagée, ou non, avec l'ensemble des participants du groupe. Un mauvais payeur a donc peu de chance de figurer au sein d'un groupe bien noté, et les membres de ce dernier sont donc susceptibles de bénéficier de conditions d'emprunt améliorées.

Un volume d'emprunt de
23 millions de dollars
Prosper perçoit 1 % des sommes obtenues par les emprunteurs et 0,5 % des sommes annuelles perçues par les créanciers. Des pénalités sont appliquées en cas de défaut de paiement ou de retard dans les mensualités. Le site compte 110.000 utilisateurs et a déjà permis de générer un volume d'emprunt de 23 millions de dollars.

Un tel système de peer-to-peer bancaire est-il exportable en France ? Si pour le moment aucune initiative en ce sens ne semble avoir émergée, les banquiers et professionnels du Web regardent de très près le modèle de Prosper aux Etats-Unis, ou celui plus proche de Zopa en Angleterre (voir le diaporama du JDN), auquel les contribuables français pourraient avoir accès grâce aux directives européennes sur la concurrence et les services financiers.

"Prosper a ouvert une voie mais il faudrait adapter le concept à plusieurs niveaux pour le voir éclore en France, explique Therese Torris, consultante en innovation financière auprès de la fédération bancaire EFMA et fondatrice du think tank Banque 2.0. Les Français n'ont pas une culture du crédit aussi poussée que celle des Américains et la situation concurrentielle est ici très différente de celle des Etats-Unis. Les restrictions françaises sur le taux d'usure et sur le Credit Scoring Positif (le partage de fichiers de notation des emprunteurs) sont également un frein." Les seuils de l'usure applicables en France ne toléreraient pas, en effet, des taux d'intérêt de 25 %.

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  Le site
Prosper.com
Prosper pourrait donc faire des émules de ce coté ci de l'Atlantique, mais il faudra au préalable trouver un moyen efficace d'évaluer la solvabilité des emprunteurs pour proposer un modèle viable. Le prêt social a néanmoins de beaux jours devant lui, à l'image du dernier Prix Nobel de la Paix, Muhammad Yunus, qui a fortement participé au développement du concept de "microcrédit" : de faibles montants concédés à des entrepreneurs sans ressources issus de pays en voie de développement.
 
 
Guillaume DEVAUX, JDN JDN Finance
 
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