Les associations de consommateurs sont inquiètes. A quelques mois du vote par le Parlement européen d'un texte encadrant les tarifs de roaming mobile (appels passés depuis un pays étranger), elles craignent le travail de lobbying des opérateurs pour influencer son contenu. "Notre proposition et celle de la Commission cèdent du terrain", affirme Julien Dourgnon, directeur des études de UFC-Que Choisir.
L'association française de consommateurs et ses homologues européens réclament depuis longtemps une baisse de ces tarifs, pour les aligner à terme sur les prix nationaux. L'UFC-Que Choisir demande un prix de détail inférieur à 39 centimes, contre 106 centimes aujourd'hui, invoquant des coûts de seulement 10 à 14 centimes pour les opérateurs. De son côté, la Commission européenne, qui a exposé il y a un an les grandes lignes d'un projet de règlement européen (lire Bruxelles expose son plan de régulation du roaming, du 30/03/06), demande un plafond de 59 centimes. Son texte est actuellement débattu dans des commissions du Parlement européen, avant un vote au printemps.
Ce texte s'inspire en partie des propositions franco-britanniques de décembre dernier (lire Discussions difficiles sur la baisse des prix du roaming, du 13/12/06), moins contraignantes pour les opérateurs, et très critiquées par Viviane Reding, la commissaire à l'origine du projet de règlement. Ces propositions prévoient notamment un plafond autour de 60 centimes d'euros HT, ainsi qu'un prix moyen.
L'association de consommateurs estime que cette proposition est le résultat d'un lobbying des opérateurs, qui pourraient ainsi faire payer d'avantage aux particuliers et moins aux professionnels, pour atteindre cette moyenne. François Loos, ministre délégué à l'Industrie, s'est de son côté félicité de voir la proposition franco-britannique reprise par les institutions européennes, estimant au passage que des plafonds trop bas "risqueraient de déstabiliser l'économie du secteur."
Pour contrer l'influence des opérateurs, l'UFC-Que Choisir a décidé de répondre point par point aux arguments des opérateurs. Selon elle, et contrairement à ce qu'ils affirment, les opérateurs n'ont pas déjà baissé les prix du roaming. Des baisses auraient bien eu lieu, mais concerneraient uniquement des offres de niches, notamment pour les grands voyageurs. L'argument des risques économiques, invoqué également par François Loos, est aussi rejeté par l'association, puisque l'EBITDA baisserait de 4 à 6 % seulement, selon l'hypothèse retenue. L'association va plus loin, en qualifiant de rétorsion et d'aveu de collusion la position des opérateurs qui menace d'augmenter le prix des communications nationales pour équilibrer leurs pertes de revenus sur le roaming. |