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La République 2.0 revue et corrigée par Michel Rocard
Economie, fiscalité, entrepreneuriat, social... Dans un rapport commandé par Ségolène Royal, Michel Rocard propose de mettre la France en ordre de marche pour se développer grâce à l'économie numérique.   (11/04/2007)

"Nous venons de traverser cinq années pendant lesquelles les politiques conduites par le gouvernement ont traité Internet et le numérique comme des menaces et non comme une chance. Il faut changer ce regard." Dans son rapport "République 2.0, vers une société de la connaissance ouverte" commandé par Ségolène Royal, Michel Rocard avance 94 propositions pour ancrer la France dans l'économie numérique.

En premier lieu, le rapport propose de créer une délégation interministérielle rattachée au premier ministre afin de coordonner le plan d'action gouvernementale dans le domaine de l'économie numérique. Et ce au contraire de Renaud Dutreil, secrétaire d'état aux PME et membre de l'équipe de campagne de Nicolas Sarkozy, qui propose quant à lui la création d'un secrétariat d'Etat dédié à la question. Mais, estime Michel Rocard, "par expérience, je suis plutôt réservé devant la multiplication des secrétariats d'Etat sans compétence claire, ni services, ni budget.

Dans le domaine économique, la réflexion de Michel Rocard part d'un constat : "Bien que le réseau soit réputé homogène et réparti, le phénomène est centralisé à l'extrême." Ainsi, après la génération Web 1.0 avec Google et Yahoo, c'est au tour de MySpace ou YouTube d'imposer leur domination sur le Web 2.0. Parmi ces mastodontes, beaucoup de groupes américains, peu d'européens et encore moins d'entreprises françaises. Le rapport rappelle aussi que le créateur du DivX, Jérôme Rota, et le fondateur d'Azureus, un célèbre client Bittorrent, sont partis s'exiler aux Etats-Unis pour développer leurs projets. Pour résoudre ce problème, le rapport préconise, outre d'accroître le budget de la recherche, de défendre les standards ouverts et de peser dans leur définition.

Pour créer un écosystème favorable à l'innovation, le rapport propose d'adapter le "small business act" prévu dans le projet de Ségolène Royal (création de fonds de soutiens régionaux aux PME, avantages fiscaux en cas d'investissement des bénéfices…) "aux spécificités des entreprises numériques", notamment en favorisant le développement des jeunes pousses par le biais de commandes publiques. En outre, l'ancien premier ministre de François Mitterrand veut favoriser le développement de business angels en France et inciter les entreprises à essaimer afin d'éviter qu'elles "préfèrent licencier une équipe lors d'un recentrage stratégique et garder les brevets en tant qu'actifs."

Pour aider les entrepreneurs à trouver des financements, le rapport espère voir se créer en France des Small Business Investment Companies (SBIC), comme il en existe déjà 425 aux Etats-Unis. Des sociétés investissant dans le capital de start-up, et offrant notamment un cofinancement sous forme d'obligations garanties par l'Etat. "Le minimum de capitaux privés requis pour créer un SBIC étant de 10 millions de dollars, l'apport en financement public est alors de 20 millions de dollars", précise le rapport.

Pour une économie de l'immatériel
Pour faciliter la "marche de l'économie numérique", Michel Rocard propose de poser des bases solides pour créer une économie de l'immatériel, plutôt que de chercher à maintenir le plus longtemps possible le fonctionnement classique des marchés. Il affirme ainsi être favorable à la remise à plat de la loi Dadvsi, coupable selon lui d'avoir créé une situation "pire qu'avant la loi" en "visant à autoriser la mise en œuvre de mesures techniques illusoires pour essayer de contrôler ces nouveaux usages et les empêcher de prospérer". Désireux de développer des mécanismes de rémunération équitables pour les artistes, il évoque la création d'une redevance.

Enfin, le rapport reprend le travail du think tank Renaissance Numérique qui milite en faveur de l'accès Internet pour tous (lire l'article Les patrons de l'Internet français partent en guerre contre la fracture numérique, du 30/03/07). Que se soit pour offrir un portable à 100.000 étudiants ou pour le recyclage des ordinateurs. Cependant, il ne s'aligne pas tout à fait sur la proposition phare de Renaissance Numérique : atteindre 80 % de foyers connectés à Internet en 2010 contre 44 % aujourd'hui. "L'objectif que peut se donner la France est celui d'une couverture de 75 % d'ici 2012", précise le rapport. Du côté de l'équipe de campagne de Nicolas Sarkozy, si l'on se dit en accord avec la quasi-totalité des objectifs fixés par l'association, il n'en est pas de même pour l'ensemble des mesures. "S'il est vrai que les étudiants les moins favorisés ont besoin de PC, je ne suis pas convaincu que se soit à l'Etat de leur offrir", explique Eric Walter, responsable Internet de l'UMP.
 
 
Frantz GRENIER, JDN Sommaire Le Net
 
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