|
Reprise ou pas? La question
que beaucoup se posent aujourd'hui était au coeur
de la discussion entre Denis Champenois, président
du directoire d'Innovacom et donc patron de l'un des
principaux fonds français de capital-risque,
et les lecteurs du JDN. Mais on a aussi abondamment
parlé des nouveaux - et anciens - secteurs vedette,
des nouveaux profils des créateurs d'entreprise,
de bulle, d'après-bulle et d'avenir.
|
|
| Invité
: Denis Champenois, président du
directoire d'Innovacom |
| Date
: Jeudi 18 septembre, 18h-19h |
|
Le
magazine Capital titre que le "e-business c'est reparti".
Qu'en pensez-vous ?
Denis Champenois : Les chiffres du premier semestre
pour le capital-risque montrent un arrêt de la chute
des investissements. Le point d'inflexion semble atteint
après trois années de chute.
Certaines
études estiment que le plus dur est derrière pour le
capital-risque. Votre avis ?
L'inflexion de tendance devrait être confirmée au second
semestre. Les "sorties" ne sont pas pour autant plus
faciles aujourd'hui.
Si le capital-risque repart,
c'est que vous avez le sentiment que les sorties boursières
vont être de nouveau possibles. Vrai ou faux ?
Vrai, pas avant 2004 en tout cas.
Si le capital-risque repart,
qui en profitera le plus, les 1er ou les 2ème-3ème tours
?
Sans doute les 2ème et 3ème tours. Les
investisseurs ont besoin d'avoir le retour des clients
de la société financée, ce qui reste difficile pour
les premiers tours.
C'est bien beau que le capital-risque
se sente mieux.
Mais l'amorçage, lui, reste à plat...
C'est vrai. L'amorçage, c'est difficile. Mais la France
est mieux lotie que les autres pays européens, notamment
grâce aux fonds d'amorçage, aux incubateurs créés ces
dernières années avec le soutien des pouvoirs publics
et des Ecoles.
La reprise boursière, vous
l'imaginez de quelle ampleur ? Sélective ou pas ?
Les critères d'entrée en Bourse (chiffre d'affaires,
rentabilité...) sont et seront revus nettement à la
hausse.
Je désire connaître la définition
du capital risque...
C'est un investissement financier qui permet de mettre
sur le marché une innovation technologique ou de service.
Les levées records, à plus
de 15 millions d'euros, sont-elles encore possibles
?
Aujourd'hui on observe plutôt des levées de 3 à 5 m€.
Lever 15m€ se justifie si la société "vaut" déjà au
moins 20 m€, ce qui reste possible...
Où en est aujourd'hui votre
portefeuille ?
Nous gérons 60 participations. Nous sommes sortis de
la plupart des sociétés "Internet" (LastMinute.com,
Alapage, etc...). Notre portefeuille est aujourd'hui
centré sur les technos d'accès haut-débit et le mobile
Internet.
Quels sont vos rendements sur
les fonds précédents ?
Les rendements varient beaucoup selon les "millésimes"
(année de création du fonds). TRI de 7% à 45% selon
le fonds.
TRI, c'est quoi au juste ?
Pardon, Taux de Rendement Interne.
C'est quoi votre plus "gros
coup" dans le Net ?
Intershop en Allemagne.
Le pire investissement auquel
vous ayez procédé ?
Chaque secteur connaît ses échecs. En tant qu'investisseur,
le pire c'est quand on ne s'entend pas avec les dirigeants.
Vous étiez présent dans Republic
Alley. Quels enseignements en avez-vous tirés ?
Ce modèle d'incubateur a trouvé ses limites dans un
cadre de financement privé (cf. difficultés du financement
de l'amorçage)
France Télécom vous soutient-il,
malgré le plan TOP ?
France Télécom est pour nous un "sponsor" technique
: expertise, tests labo, tests terrain des sociétés
du portefeuille, gestion des essaimages technologiques.
Nous ne demandons plus d'argent à France Télécom. Nous
levons nos fonds auprès de la communauté financière.
La stratégie d'essaimage autour
des activités R&D de France Télécom est-elle toujours
d'actualité ? Dans quels domaines ?
Le dispositif d'essaimage est toujours en place. Des
dossiers sont à l'étude.
Que pense Thierry Breton de
votre activité ? Quel projet a-t-il pour Innovacom ?
France Télécom - à travers sa division Technologie &
Innovation - est très impliqué dans le suivi des innovations
financées par Innovacom. D'une manière générale, les
opérateurs européens ont compris qu'ils avaient intérêt
à faire financer une partie de leurs innovations par
le capital-risque.
Monsieur Champenois, on vous
sent, comment dire, très avare en détails... Le secret
a-t-il autant de valeur dans le capital-risque ?
OK. Nous sommes tenus par une certaine confidentialité
sur les sociétés du portefeuille et nos actionnaires.
Mais rien de spécial...
Quels sont vos liens aujourd'hui
avec Gemplus ?
Nous avons été actionnaires de Gemplus entre 1988 et
1993.
Votre top 5 des secteurs les plus attractifs pour le
Capital Risque ?
Dans le désordre le secteur de l'image (vidéo sur ADSL,
MMS,...), VOIP, applicatifs et logiciels de gestion
pour les réseaux... D'une façon générale, j'ai plus
confiance en France pour des investissements autour
des réseaux, qui me semblent plus ouverts à de nouveaux
intervenants que le monde de l'informatique d'entreprise.
Marrant que vous parliez de
confidentialité aujourd'hui alors qu'il y a trois ans,
le capital-risque communiquait à tout va...
Je ne suis pas d'accord. Nous avons été constants dans
notre communication. Nous communiquons nos chiffres
aux associations "professionnelles" (AFIC, EVCA) et
nous laissons les sociétés du portefeuille communiquer
sur leur stratégie et leur chiffres.
La meilleure façon aujourd'hui
de convaincre un capital-risqueur, c'est quoi ?
Nous sommes très sensibles au fait que l'équipe de départ
comprenne une personne ayant une expérience de la création
d'entreprise. Le must est de venir avec un client potentiel
prêt à mettre des ressources humaines et techniques
pour valider l'innovation (pour les premiers tours de
financement).
Pourquoi le financement privé
ne semble-t-il réservé qu'aux NTIC ?
La France est effectivement le seul pays européen où
les NTIC représentent le premier poste d'investissement
(50% des investissements en capital-risque en 2003)
Ailleurs, ce sont les biotechs.
En termes de ROI, les start-ups Internet affichent-elles
de meilleures performances que celles des biotechs ?
Je ne dispose pas de telles statistiques. La rentabilité
des biotechs est également très cyclique.
Pouvez-vous analyser brièvement
les chances d'un apporteur de projet technologique innovant
si le projet ne concerne ni les NTIC ni les biotechnologies
(en gros agroalimentaire et emballage).
Adressez-vous à l'Association Française des Investisseurs
en Capital (AFIC) qui vous trouvera certainement des
investisseurs spécialisés dans l'agroalimentaire.
Le Web a-t-il encore la cote
du coté du capital-risque ? Je pense notamment aux Web-agencies
est autres éditeurs de solutions Internet...
Nous continuons de regarder des dossiers d'outils (recherche,
synchronisation, business intelligence). Beaucoup de
secteurs (gestion de contenu...) sont tout de même très
difficiles.
Les services en ligne ont-ils
encore une chance de trouver des fonds raisonnables
?
Commerce ? Portails ? Communautés ?
Etes-vous déjà rentré au capital
de producteurs TV?
Pas depuis dix ans.
Que pensez-vous du secteur
des places de marchés ? C'est encore intéressant comme
terrain d'investissement ?
Nous avons été très déçus par nos investissements dans
ce domaine. Nous sommes très réservés pour des créations
d'entreprises aujourd'hui.
Est-ce que vous vous intéressez
au secteur des jeux vidéo ?
Oui, compte-tenu de leur potentiel sur les accès haut
débit et sur les mobiles.
Seriez-vous prêt à parier sur
un service peer to peer ?
Dans l'entreprise, non
Vous êtes plutôt KaZaA ou iTunes
?
Je vais demander à mes enfants...
Vous pensez quoi des initiatives
du gouvernement (Re/So 2007, mesures Dutreil) ? Ca va
dans le bon sens pour les NTIC ?
Oui, bien sûr. La difficulté aujourd'hui pour les
jeunes entreprises est surtout d'être référencée et
acceptée par les grands groupes. Faut-il proposer des
quotas "jeunes pousses" pour les commandes
publiques/collectivités locales ?
Quelle est la place de la France
dans le capital-risque ? C'est un marché viable ?
Au premier semestre, la France est 3ème derrière
le Royaume-Uni et l'Allemagne en montants investis.
Nous venons de lever un nouveau fonds, ce qui laisse
penser que cette activité est viable aux yeux des investisseurs
spécialisés...
Est-ce vrai que vous avez fait
X8 sur un de vos fonds ? Si c'est le cas, chapeau, vous
êtes dans les meilleurs de votre profession...
Oui, pour le "millésime" 1994.
On vous dit dur en affaires,
parfois cassant. Vous confirmez ?
Désolé si ça m'est arrivé d'être cassant. Ce n'est pas
vraiment ma nature.
Comment trouvez-vous aujourd'hui
les patrons des boîtes NTIC ? Mieux ou pires ?
Mieux. Plus expérimentés et mieux entourés qu'il y a
dix ans. Plus réalistes qu'il y a trois ans...
Le capital-risque a participé
en grande partie à l'effondrement d'Internet. Qu'est
ce qui a change par rapport à votre vision du capital-risque
?
Internet ne s'est pas effondré (loin s'en faut...) et
nous faisons plus attention à la réalité des attentes
de clients.
Comment jugez-vous l'attitude
des sociétés de capital-risque pendant la bulle Internet
? Vautour, Rapaces, chercheurs d'or?
Chercheurs d'or !
L'après "éclatement de
la bulle" vous a fait réduire vos investissements. Qu'en
est-il de vos projets pour 2004 (parce que ça repart
en 2004??!!)
Nous venons de lever un fonds de 100m€. Notre objectif
est de faire dix dossiers nouveaux en 2004, soit plus
qu'en 2003.
Concrètement, quelle est la
répartition visée du nouveau fond ? Quel % pour les
NTIC et combien pour les software ?
50% télécom (soft et hardware), 25% semi-conducteurs,
25% logiciels d'entreprise et services.
D'où vient exactement l'argent
de vos fonds ?
Il vient d'investisseurs français (AGF, CDC, CIC..)
et étrangers (Singapour, Etats-Unis, Europe)
L'orientation d'Innovacom est-elle
maintenant plus "corporate venture" ?
Non. Nous sommes une structure de capital-risque "classique"
(indépendance des décisions d'investissement) avec comme
particularité un lien technique fort avec France Télécom.
A quel moment et comment sortez
vous d'une opération ? LBO externe ou... ?
Classiquement par 1/cession industrielle de la société
2/introduction en Bourse, et quasiment jamais en LBO.
Quel est votre délai de retour
sur investissement ?
Nous accompagnons les sociétés sur une période de cinq
à sept ans.
Le secteur des applications
hébergées (ASP) a connu un fort succès avant l'éclatement
de la bulle... Qu'en est-il aujourd'hui ?
Cela redevient
un sujet d'actualité (cf. le succès de salesforce.com
aux USA).
Pourquoi n'a-t-on pas vu de
réussite dans le logiciel telle que BO ou Ilog ces dernières
années ? Les VC français manquent-ils d'ambition ?
Ce n'est pas une question d'ambition, mais l'environnement
de partenariat est tout de même difficile à mettre en
place en Europe.
Quelle hauteur de levée peut
espérer une entreprise aujourd'hui ?
Au premier tour, 2 ou 3m€ selon le potentiel de la société
Estimez-vous que l'on va prochainement
assister à une nouvelle vague d'IPO dans le secteur
de l'Internet ?
Internet en tant que secteur d'activité tend à disparaître
du vocabulaire des analystes financiers . Mais certaines
belles société (commerce, intermédiation..) pourraient
se coter.
C'est quoi le rôle d'une société
de capital-risque en dehors de la bulle ? On s'ennuie
?
Nous avons financé et refinancé vingt sociétés au premier
semestre... Par les temps qui courent, le travail d'administrateur
de société et de soutien au développement est plus compliqué
que pendant la bulle!
Qu'avez vous mis en place pour
professionnaliser vos décisions après les casseroles
de la fameuse bulle Internet ? L'équipe a changé par
exemple ?
Je répète que notre bilan Internet est positif (45m€
investis / 90m € de retour à ce jour ) donc il n'y a
pas de remise en cause de notre stratégie et de notre
équipe.
Investir pour vous, c'est faire
bingo au bout de trois ans ou prendre des paris avec
un projet ?
Je disais tout à l'heure que nous accompagnons les sociétés
pendant cinq à sept ans en général, donc ce n'est pas
du "bingo". Nous nous impliquons beaucoup au côté des
entrepreneurs. Nous sommes obligés de faire "bingo"
de temps en temps pour compenser les échecs et continuer
notre activité de financement.
|