SOS dans une bouteille IPv6 : pas de panique... soyez prêts

Il n'y a pas lieu de paniquer au sujet d'IPv6, mais il faut s'y préparer. Les entreprises, notamment les sites marchands, les banques, ainsi que les fournisseurs de services et de contenu, doivent s'y atteler dès maintenant.

L'ampleur du développement de l'Internet était inimaginable à ses débuts dans les années 1970. Aujourd'hui, chacun d’entre nous - homme, femme, enfant - "se connecte" quasiment quotidiennement à Internet, de même que des appareils domestiques aussi courants que les réfrigérateurs et les cuisinières s'y connectent pour faciliter la vie quotidienne. Selon Gartner1, 1,6 milliard de téléphones mobiles dont 19% de smartphones ont été vendus dans le monde en 2010, chacun ayant sa propre adresse IP, ce qui illustre l'ampleur du problème. Plus les télécommunications progressent, plus le recours à Internet augmente, et par conséquent le besoin d’adresses IP. La demande d'adresses IP atteint donc un seuil critique, menaçant l'existence même d’Internet.

IPv6, le nouveau système d'adressage Internet, est le code postal du Web et le langage sur lequel notre monde en ligne s'appuiera dans l'avenir. Cette "apocalypse" se rapproche dangereusement des administrateurs réseau, où qu'ils soient dans le monde. L'impact potentiel sur les entreprises qui ne se seront pas préparées au protocole IPv6 est immense. Certains sites marchands pourraient par exemple voir leur chiffre d'affaires, leur image de marque et leur compétitivité s'effondrer si les internautes ne peuvent y effectuer leurs achats. Les médias regorgent de prémonitions, où l'on voit des responsables informatiques (et des PDG) sortir de leur bâtiment en criant "Qui peut nous sauver ?". Gardez le contrôle ! Ne sommes-nous pas déjà passés par là ? Vous souvenez-vous du passage informatique à l'an 2000 ?
 
En fin de compte, qu'en est-il exactement de cette "apocalypse IPv6" ? Est-ce juste un battage médiatique alimenté par des fournisseurs ou quelque chose qui doit être pris au sérieux par les administrateurs réseau et les DSI ? En toute honnêteté, c'est une combinaison des deux. Les entreprises doivent-elles tout raser et remplacer immédiatement leur infrastructure informatique pour survivre ? Non.

 
De nombreux fournisseurs d'accès Internet (ISP) et points d'échange Internet (IXP) prennent déjà des mesures pour offrir un service de conversion IPv4-IPv6 facilitant la migration des internautes. Cela signifie que cette migration aura peu d'impact, voire aucun, sur les internautes. Dans de nombreuses entreprises, les cadres supérieurs et les administrateurs dont les nuits sont hantées par les "attaques Y2K II - IPv6" auront le plaisir de constater qu'ils avaient déjà  sans le savoir, des infrastructures prêtes pour IPv6. Il n'y a pas lieu de paniquer au sujet d'IPv6, mais il faut s'y préparer. Les entreprises, notamment les sites marchands, les banques, ainsi que les fournisseurs de services et de contenu, doivent s'y atteler dès maintenant.
 
Changement d'adresse
IPv6 n'est pas nouveau. C'est en juillet 2004 que l'ICANN (Internet Corporation for Assigned Names and Numbers) a modifié les serveurs DNS pour la prise en charge du protocole IPv6, mais personne n'y a vraiment prêté attention car des adresses IPv4 étaient encore disponibles. Toutefois, IPv4 (système actuel d'adressage utilisé jusqu'ici pour diriger le trafic entre les appareils et assurer la transmission des paquets au serveur, à l'ordinateur ou au smartphone approprié) ne peut générer qu'un certain nombre d'adresses uniques (environ 4,3 milliards). Au vu des chiffres annoncés récemment par IDC2, il est facile de comprendre pourquoi nous sommes à court d'adresses IPv4 : plus de 400 millions de smartphones ont été vendus au cours du dernier trimestre 2010 et le nombre de téléphones mobiles connectés à l'Internet devrait augmenter de 43 à 44 % en 2011.
 
Le défi pour les entreprises, en particulier celles qui doivent répondre à de nombreuses demandes d'accès à leurs systèmes et réseaux, est que le protocole IPv6 n'est pas compatible avec le protocole IPv4. Cela signifie qu'un internaute disposant d'un modem haut débit ou à numérotation automatique auquel une adresse IPv6 a été assignée, n'aura pas accès aux services fournis par des serveurs fonctionnant sur une architecture IPv4. En effet, comme le souligne Stephen Shankland3 dans son excellent article sur ce sujet, "il est impossible pour un serveur IPv4 de communiquer avec un ordinateur ayant une adresse IPv6". Allons-nous donc vers un black-out Internet qui verra certains s'échouer sur de petits îlots de connectivité IPv6 ?
 
Non. Contrairement à ce que certains propos alarmistes laissent entendre, l'Internet ne va pas s'arrêter le jour où la dernière adresse IPv4 est assignée. De même, les entreprises ne verront pas leurs réseaux ni leurs communications externes et internes s'arrêter brusquement. Il y aura probablement des problèmes (la vitesse et l'accès peuvent être aléatoires à certains endroits et certains moments), mais ce n'est pas pour cette raison que le protocole IPv6 est un enjeu important.

Préparez-vous, sans paniquer
Le fait est que la transition vers l'Internet IPv6 va se produire. Inutile, donc, d'appliquer la politique de l'autruche. Aujourd'hui, moins de 1% des utilisateurs se connectent à l'Internet avec une connexion IPv6 (source : Google), mais ce chiffre va évoluer rapidement, à mesure que le monde migre vers les nouvelles adresses. Une préparation est essentielle, sauf si l'on souhaite ne plus avoir de clients.
 
Certaines adresses IPv6 ont déjà été émises, mais il faudra un certain temps pour voir le nombre d'adresses IPv6 émises générer un "point de basculement" susceptible d'avoir un impact important sur les entreprises. Selon les estimations, 12 à 18 mois s'écouleront avant que les registres Internet régionaux soient à court d'adresses IPv4. Toutefois, étant donné que le nombre d'internautes ne cesse d'augmenter (1,97 milliard en 2010, soit une hausse de 14 % par rapport à 2009), le nombre de personnes et d'appareils utilisant le protocole IPv6 atteindra rapidement un niveau engendrant un problème notable, susceptible de porter atteinte à la rentabilité des entreprises.
 
Par conséquent, quelles mesures les entreprises doivent-elles prendre pour que leur migration d'IPv4 à IPv6 se déroule sans heurt et à moindre coût ? La meilleure approche est celle d'une migration progressive au lieu d'une refonte complète (coûteuse et à haut risque vu le délai nécessaire).
 
Vous devez, avant tout, vérifier si vous êtes déjà prêts pour IPv6. Certains opérateurs de réseau proposent des solutions IPv6 qui permettent l'utilisation des deux protocoles (IPv4 et IPv6) pendant un certain temps. Il s'agit donc de savoir où l'utilisation d'IPv6 n'est pas encore possible, plutôt que si l'on est prêt pour IPv6. Certains types d'application et de service sont beaucoup moins susceptibles d'être touchés par le passage à IPv6. La planification de la migration doit être axée sur les applications et services exposés aux clients, qui sont les plus sensibles et les plus importants. Si vous n'êtes pas prêt pour IPv6, évaluez vos options. Si avez déjà prévu la refonte complète de votre réseau dans le cadre de votre stratégie globale, profitez-en pour faire le ménage. Sinon, examinez attentivement les solutions dont vous avez besoin avant d'agir. Certaines solutions combinant les deux protocoles sont actuellement disponibles. Elles ont été spécialement conçues pour permettre aux entreprises de migrer vers IPv6 sans refonte coûteuse. La deuxième chose à retenir est que cela ne doit pas être compliqué.

Planifiez votre migration suivant une série d'étapes mettant en œuvre les solutions d'une manière intelligente, ce qui vous aidera tout au long du processus à considérer cette migration  comme faisant partie de l'évolution à long terme de votre réseau. Ainsi, la migration d'IPv4 à IPv6 ne sera douloureuse ni pour vous, ni pour vos clients internes et externes.
 
Planifiez, planifiez, planifiez : assurez une transition sans heurts
Une fois que vous savez ce que vous avez, vous savez ce qu'il vous faut pour que votre entreprise atteigne ses objectifs commerciaux et financiers. Un inventaire de votre réseau vous dira ce dont vous disposez et où vous devez investir en priorité.
 
Utilisez des technologies de transition, telles que des piles doubles, pour gérer le flux initial du trafic IPv6 et ne rejetez pas les solutions de conversion. Les premières solutions étaient maladroites et ralentissaient considérablement le trafic, mais les nouvelles vous permettent d'utiliser IPv6 et IPv4 sans impact notable.
 
Enfin, ne voyez pas dans IPv6 une bonne raison pour "jeter le bébé avec l'eau du bain". Intégrez votre plan IPv6 à votre plan global de remplacement de produits. N'oubliez pas que vous n'avez pas besoin de tout remplacer aujourd'hui. Par contre, vous devez commencer à agir et à construire dès aujourd'hui. Autre point qui semble évident : n'achetez rien qui soit incompatible avec IPv6 dans l'avenir, et ce, quels que soient les arguments du vendeur.


1.      Source : Gartner, « Forecast Overview: IT Spending, Worldwide, 2008-2014, 4Q1012 Update »
2.      Source : IDC, « Worldwide Quarterly Mobile Phone Tracker », 27 janvier 2011
3.      Source : http://news.cnet.com/8301-30685_3-20030482-264.html
4.     
Source : http://royal.pingdom.com/2011/01/12/internet-2010-in-numbers

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