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Journal du Net > Le Net  >  10 ans d'Internet vu par 10 acteurs du Web
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La bataille des prix sur Internet va amener des ajustements

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Jean-Emile Rosenblum (Pixmania)

"À l'origine, avant de s'appeler Fotovista, le groupe était une entreprise familiale appelée Les Laboratoires Parisiens. L'entreprise, lancée dans les années 1970 sous l'impulsion de mon père et de mon oncle, était spécialisée dans la photographie de classe dans les écoles. C'est un métier très encadré, qui offre un potentiel de développement limité.

Dans les années 1980, mon père et mon oncle ont élargi leur activité à la photographie des nouveaux-nés dans les maternités. À peu près au même moment, ils ont eu l'idée de démarrer des services de développement photographique dans les kiosques à journaux. À l'époque, 750 personnes travaillaient pour le groupe.

En 2001, le groupe a reçu une proposition de rachat par JPG, un groupe spécialisé dans les fournitures de bureau, pour près de 30 millions d'euros. Steve et moi avions envie de continuer à développer l'entreprise. Nous avons donc proposé d'opérer un rachat au prix que JPG avait proposé. Nous étions en pleine dépression boursière, juste après les attentats du 11 septembre. Le premier tour de table a été un échec, mais nous avons réussi à racheter la société à la fin de l'année. Mon frère avait 28 ans. J'en avais 22.

(...)

En 2000, nous avons créé Pixmania en-dehors du groupe Fotovista. C'est au sein de cette entreprise que nous avons décidé, mon frère et moi, de nous lancer dans le tirage de photo numérique en ligne. Depuis plusieurs années, la photo numérique était un sujet omniprésent dans tous les salons professionnels et amateurs. Nous nous sommes résolus à tenter l'aventure.

Nous nous sommes inspirés de plusieurs sociétés américaines comme Ofoto, Shutterfly ou Snapfish. Le développement de photos en ligne nous permettait par ailleurs de tirer profit des nombreuses synergies qui se créaient avec Les Laboratoires Parisiens. Mais nous étions en avance sur la réalité des habitudes : les Français n'étaient encore pas équipés d'appareils numériques et le haut débit n'était encore qu'un rêve. À court terme, il n'y avait pas de débouché possible. Nous avons donc réfléchi à un repositionnement.

Si nous ne pouvions pas vendre de tirages, nous pourrions en revanche équiper les internautes en appareils photos numériques. C'est ainsi qu'a été lancée l'activité de distribution électronique via Internet. Mais pour engager très fortement le groupe dans l'e-commerce, nous avions besoin d'une plate-forme logistique efficace et de stocks. Dans cette optique, nous avons racheté deux sociétés : FOCI, une chaîne de magasins qui commercialise, entre autres, des appareils photos, et Japan Diffusion, un importateur spécialisé dans le matériel photographique. Presque 500 millions d'euros de chiffre d'affaires, 7 millions de clients, 1.600 employés...

(...)

Notre stratégie se résume en trois mots : disponibilité, service et prix. Tout d'abord, je ne pense pas qu'il faille parler d'e-commerce au sens large. C'était peut-être encore vrai il y a deux ou trois ans, mais aujourd'hui, les clés de la réussite d'un site d'e-commerce varient énormément d'un secteur à l'autre.

Dans le secteur de l'électronique, le prix constitue un facteur essentiel de réussite. Le prix des produits proposés par les sites offrent une remise moyenne de 20 à 30 % par rapport aux enseignes de distribution classique. La raison pour laquelle les consommateurs sont si réactifs sur les prix pour ce type de produit est simple : un produit manufacturé par Sony sera strictement le même, qu'on l'achète dans un magasin FNAC ou sur un site d'e-commerce. La marque des constructeurs opère comme une réelle garantie de fabrication et de qualité auprès des consommateurs.

Mais on retrouve le même fonctionnement dans les circuits de distribution classique. La FNAC et Darty suivent ainsi de très près leurs prix respectifs car ils savent que lorsqu'un consommateur change de téléviseur ou d'électroménager, il sera très sensible au prix pour une marque donnée. Les structures de coûts sont très différentes entre la vente en magasin et les ventes en ligne. Le consommateur paie un premium pour pouvoir acheter en magasin et emporter immédiatement un produit. Sur Internet, les délais de livraison pour les produits en stock sont de 24 ou 48 heures.

Mais on peut imaginer que cette bataille des prix amène certains ajustements. Tout d'abord les enseignes traditionnelles vont être conduites à baisser leurs prix, et donc leur marge. De la même façon, les sites marchands vont ajuster leur prix pour atteindre une marge plus importante. À terme, l'écart de prix devrait être ramené à 10-15 %. Enfin, dans cette bataille des prix, les producteurs ont leur mot à dire. La raison pour laquelle les prix d'Apple sont relativement homogènes, quel que soit le réseau de distribution par lequel on passe, tient au fait qu'il accorde des remises relativement faibles. Il est donc plus difficile aux revendeurs de concéder des réductions sur ces produits. Les fournisseurs vont peu à peu tenter de réduire les marges de la distribution. Car si Internet est souvent vu comme un nouveau canal de distribution qui augmente leur indépendance, c'est aussi un danger potentiel pour les circuits de distribution classiques dans lesquels ils réalisent encore le gros de leurs ventes. Ces distributeurs traditionnels jouent un rôle modérateur dans la transformation du secteur de la distribution."

© Christine Balagué, François-Xavier Hussherr, Julien Rosanvallon, Dix ans d'aventure Internet, éditions Jacob-Duvernet, 2007.
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