Pierre Kosciusko Morizet (PriceMinister)
"Un
jour, un ami m'a parlé du site américain www.half.com, un site dont je me suis
inspiré pour créer PriceMinister. Je suis allé voir le site et, trois semaines
plus tard, je suis rentré à Paris pour lancer l'aventure PriceMinister. C'était
en juillet 2000.
J'ai tout de suite cherché des associés pour ne pas
me lancer seul dans cette aventure. À l'époque, j'avais 23 ans et je sortais d'HEC
: j'avais encore beaucoup de choses à apprendre. Par ailleurs, ma première aventure
entrepreneuriale avait été solitaire et s'était terminée par un échec. Cette fois-ci,
je voulais être bien entouré. L'équipe s'est constituée rapidement autour de cinq
co-fondateurs : Pierre Krings, directeur général, Justin Ziegler, directeur technique,
Olivier Mathiot, directeur marketing, Nathalie Maurin et moi-même, PDG.
Fin septembre 2000, nous étions 15. Pour lancer l'activité, j'ai utilisé des fonds
que j'avais mis de côté lorsque j'étais aux États-Unis et j'ai obtenu un prêt
étudiant. J'avais annoncé à mon banquier que j'allais faire l'INSEAD. C'était
partiellement vrai puisque j'avais été reçu. Mais le jury a été un peu surpris
lorsque j'ai finalement décliné la formation. Pour compléter ces ressources, nous
avons très vite organisé des tours de table. Nous avons fait entrer au capital
près de 45 personnes, parmi lesquelles nos familles, des connaissances de nos
anciennes vies professionnelles, et surtout des busi - ness angels, principalement
des patrons français que nous ne connaissions pas avant de leur présenter notre
projet. Nous avons ainsi levé 700.000 euros. À l'époque, on était en plein éclatement
de la bulle, et les fonds d'investissement fuyaient les startup. Nous connaissions
à l'avance leur réponse. C'était assez choquant pour moi. Je venais de passer
un an aux États-Unis, où Internet était omniprésent dans la vie quotidienne. J'avais
trouvé mon appartement via Internet, j'avais acheté et revendu ma voiture via
Internet, je payais mes factures d'électricité via Internet… Sans être un très
gros consommateur, il me paraissait évident que cela allait changer des choses.
L'éclatement de la bulle a certainement été d'autant plus fort en France
que les usages n'étaient pas encore aussi développés qu'aux États-Unis. Sur le
marché américain, il y a eu une véritable dépression financière, mais personne
ne remettait en cause Internet. En France, au contraire, Internet était une fiction
pour beaucoup. Les sites étaient encore très petits et loin de la rentabilité.
La bulle a donc eu un effet dévastateur.
Nous avons dû attendre juin
2001 pour faire un deuxième tour de table, qui nous a apporté près d'un million
d'euros. Nous sollicitions alors essentiellement les mêmes investisseurs que la
première fois. Sans ce tour de table, nous aurions certainement dû mettre la clé
sous la porte. Au tout début, lors de l'ouverture du site en janvier 2001 et jusqu'à
ce deuxième tour de table, l'activité tournait au ralenti. Le premier mois, nous
avons réalisé cinq ventes, pour vingt salariés. Nous n'avions plus un centime
en banque au moment de notre deuxième tour de table. Aujourd'hui nous réalisons
près de 20.000 ventes par jour.
Puis, sans que l'on puisse réellement
en comprendre la cause, à partir de juin 2001, notre activité est partie dans
une phase de forte croissance de près de 30 % par mois. Cette croissance
s'est maintenue avec une stabilité étonnante jusqu'en 2003.
(...)
Pendant
deux ans, nous nous sommes à peine payés. À partir de la fin de l'année 2002,
l'activité est devenue rentable. Cela nous a permis d'organiser de nouveaux tours
de tables dans de très bonnes conditions (1 million d'euros fin 2002 et 7 millions
en 2005). PriceMinister ayant un besoin en fonds de roulement négatif, les sommes
levées nous ont permis d'investir massivement. Mais nous n'avons jamais racheté
d'autres entreprises. Cela ne nous paraissait pas une bonne solution.
2003 a été l'année de la diversification. Nous avons progressivement ouvert l'activité
sur un grand nombre de catégories de produits : téléphonie mobile, high-tech,
textile, maison, sport, puis automobile en 2005…
(...)
Fin
2004, notre site était devenu une référence dans l'e-commerce français. On sentait
par ailleurs que ce secteur allait exploser. Noël 2004 a été une révélation pour
le marché. À ce moment, nous avons hésité à introduire PriceMinister sur le marché
Alternext ou à vendre la société, mais nous avons finalement décidé de continuer
à investir.
En décembre 2004, nous étions 45 personnes et, début 2006,
nous sommes passé à 120 personnes : en un an, nous avons plus que doublé nos effectifs.
L'aventure PriceMinister en est encore à son tout début. Si nous avons passé une
étape, nous sommes aujourd'hui en phase de construction. Notre objectif est de
consolider notre position actuelle et d'ouvrir progressivement notre implantation
à l'international. Globalement, PriceMinister connaît une très forte croissance.
Cela fait environ deux ans que nous enregistrons une croissance de 100 % par an.
C'est considérable. En comparaison du secteur du marché de l'e-commerce, c'est
une croissance forte, puisque la croissance moyenne est de 30-40 %."
© Christine Balagué, François-Xavier
Hussherr, Julien Rosanvallon, Dix ans d'aventure Internet, éditions Jacob-Duvernet,
2007.