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Fausto Boni / Michele Appendino
(Co-fondateurs Net-Partners)

Les siamois du capital- risque


Les deux créateurs du fonds d'investissements Net-Partners ont été des pionniers en matière d'investissements dans l'Internet. Ce duo inséparable partage beaucoup de points communs et une volonté forcenée : toujours tenté d'échapper aux modes.

Qui a gagné l'an dernier? C'est pour savoir si vos trophées n'ont pas trop porté la poisse aux lauréats par la suite, car je suis très superstitieux." Fausto Boni est par nature du genre inquiet. Derrière ses lunettes cerclées qui lui donne de faux-airs de Karl Zéro, le sourire ironique en moins, le co-fondateur du fonds d'investissements Net-Partners, fait volontiers état de ses doutes, "dans un métier où il faut toujours avoir peur de l'échec pour avancer", explique-t-il dans un français teinté de sonorité italienne, sa langue maternelle. Des doutes récurrents qu'ils partagent souvent avec Michel Appendino, l'autre cofondateur, son ami, son siamois dans les affaires. Michele-Fausto, Boni-Appendino, le couple est fusionnel et se confond même dans leurs itinéraires respectifs. Même cursus, (l'Insead à Fontainebleau), même employeur (le cabinet McKinsey), même nationalité (italienne), même facilité en langue (ils sont polyglottes), et surtout la même vision, dès 1996, "celle de l'Internet qui va permettre de créer une multitude de nouveaux services en direction des consommateurs, le fameux BtoC."

"Self Trade a été une aubaine pour nous. On ne comprenait pas pourquoi aucun investisseur français n'était prêt à investir dans ce projet."

Mais fin 1996, l'argent ne coule pas à flots sur les start-up et encore moins en phase d'amorçage. Convaincus de la viabilité d'un fonds spécifiques à Internet, les deux hommes, "avec une mentalité allemande malgré leurs origines italiennes", dixit un de leurs proches, décident de lancer leur propre structure et viennent frapper à la porte des financiers en mal de placement. Première désillusion. "Les opportunités étaient si grandes selon nous dans l'Internet qu'on était persuadé que les investisseurs suivraient sans problème mais c'était sans compter sans la frilosité d'un secteur encore trop dirigé par les banquiers", confie après coup Fausto Boni, avec une once d'amertume envers "le milieu".

En cet été 1997, ils veulent pourtant aller vite car, entretemps, un compatriote de la Deutsche bank leur a présenté un jeune homme pressé et débordant d'idées. Son nom : Charles Beigbeder. Son ambition : développer un service de courtage en ligne baptisé Self Trade mais en n'ayant aucun moyen financier pour amorcer la pompe. "Ce projet était une aubaine pour nous et on ne comprenait pas pourquoi les investisseurs français ne lui répondaient pas au téléphone. Deux mois après, on a finalement réussi à collecter 5 millions d'euros auprès de gens qu'on connaissait. On est retourné le voir et on a conclu l'investissement en prenant 25% du capital."
L'aventure peut alors commencer et elle est digne des meilleurs success stories à l'américaine. Charles Beigbeder s'en souvient, amusé. "Eux étaient à l'époque installés dans une loge de concierge à Milan et mois je développais Self Trade dans l'arrière boutique d'un fleuriste. Les conseils d'administration, se faisait souvent autour d'un coin de table, de manière décousue."

Une période un peu désordonnée qui ne doit pas faire oublier les vertus premières des deux hommes, "une rigueur implacable et un inlassable travail pour comprendre et maitriser tous les éléments d'une société en démarrage". A coup d'emails quotidiens et de conseils d'administration interminables, ils relâchent peu la bride sur leurs investissements. "Ils sont coriaces en affaires, confie Olivier Chambriaud, d'Etnoka, un site étudiant qui été amorcé par Netpartners. Avec eux, si vous annoncez un chiffre, vous avez intérêt à le tenir." Jérôme Traisnel, le président de Freever, confirme : "Ils sont plus engagés dans le processus car c'est leur fonds. Netpartners, c'est Michele et Fausto et vice-versa. Résultat, leur décisions sont peut-être plus réfléchies et ils ne sont pas prêts à se faire enfumer."

Une stratégie qui a payé auprès des entrepreneurs puisqu'après Selftrade, Netpartners a étoffé son portefeuille en injectant des capitaux dans QXL, Chateau Online ou Net4Music. Leurs investissements leur ont "largement remboursé la mise de départ" et permis de lever cette fois 180 millions d'euros pour leur prochains investissements.

Leur secteur de prédilection, le BtoC, a également du plomb dans l'aile, même si Fausto Boni y croit encore et attribue au passage une partie des échecs aux investisseurs.

Une consécration de la part d'un milieu financier qui les avait boudés au début de leur aventure? Certainement pas pour Fausto Boni. "Dans trois ou cinq ans, on pourra le dire. Pour l'instant, on n'a pas tout réussi. C'est un métier qui reste difficile et la vraie sélection va se faire maintenant." D'autant que la concurrence est devenue rude dans le monde du capital-risque. "J'ai même vu que mon ancien employeur, Air Liquide, avait lancé son fonds d'investissements dans l'internet, s'amuse Fausto Boni. C'est étonnant comme le milieu a changé depuis 1997." Quant à leur secteur de prédilection, le BtoC, il a également du plomb dans l'aile, même si Fausto Boni y croit encore et attribue au passage une partie des échecs aux investisseurs.

"Tout le monde a suivi le mouvement au début de l'année et les sommes d'argent deversées sans aucun contrôle ont tué les sociétés. Le problème dans l'e-commerce est que les gens ont cru que les valorisations des sociétés étaient comparables à celles du secteur des logiciels, où les multiples de chiffres d'affaires sont très élevés. Or le modèle est plus proche du commerce de détail que de l'informatique", détaille-t-il, en s'agaçant au passage "des phénomène de modes". "Maintenant une partie des investisseurs parlent de fibres optiques, de wireless ou d'ASP sans même comprendre la signification exacte de ces mots. Nous, si on ne comprend pas le métier d'une société, on n'investit pas", lâche-t-il, irrité.

Alors les deux hommes ont repris leur bâton de pélerin pour dénicher de nouvelles perles, même si "c'est difficile car on a fait le tour dans notre secteur de prédilection". Ils jugent pourtant l'évolution du secteur passionnante et espèrent pouvoir continuer à innover dans les années qui viennent. "Si toutefois votre récompense ne nous porte pas malheur", conclut Fausto Boni, fidèle à ses principes.

[Jérôme Batteau, JDNet]

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