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propos de la cyber-élite"
La révolution de la nouvelle
économie a-t-elle remis en cause l'élitisme à la française ?
Internet a-t-il vraiment permis à de géniaux autodidactes
de se lancer dans l'aventure pour lancer leur propre start-up ?
Rien n'est moins sûr, en
particulier si l'on dresse une étude statistique sur les formations
suivies par les représentants de la "cyber-élite". Sur plus
de 500 acteurs interrogés pour la constitution du carnet du
JDNet, ils ne sont que quatre à se définir comme autodidactes
véritables, comme Jean-Pierre
Eskenazi de Netbooster ou Alexandre
Dreyfus, le créateur de Web City.
A l'inverse, on trouve chez les décideurs de l'Internet français
63 dipômés d'HEC, soit 11,1% de l'effectif global, 40 polytechniciens
et 48 diplômés d'IEP, soit autant que les titulaires de DESS
(toutes universités confondues) auxquels s'ajoutent 38 titulaires
de DEA.
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Formation
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Nombre
|
Proportion*
|
| Diplôme
école de commerce
(principalement HEC, ESC, ESCP, ESSEC, INSEAD) |
171
|
30%
|
| Diplôme
d'ingénieur (principalement
X, ENSI, Centrale, ENST, Ponts, CNAM) |
160
|
28,1%
|
| Maîtrise |
69
|
12,1%
|
| MBA
|
59
|
10,4%
|
| DESS |
48
|
8,4%
|
| IEP |
48
|
8,4%
|
| DEA |
38
|
6,7%
|
| Mastère |
30
|
5,3%
|
| Autres |
16
|
2,8%
|
*Cumul
possible
Les formations des
écoles de commerce et d'ingénieur tiennent le haut
de pavé avec plus des 60% des décideurs de la nouvelle
économie.
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Parmi les diplômés
issus d'une école de commerce, Loïc
Le Meur, fondateur de plusieurs start-up à succès (B2L,
Business Pace, Marketo) fait figure de véritable héros auprès
des étudiants d'HEC. Pourtant, cet entrepreneur récidiviste
qui avoue travailler aujourd'hui sur un nouveau projet de
start-up, se rappelle d'un campus HEC encore ancré dans "l'ancienne
économie". "Lorsque j'ai quitté HEC en 1996, j'étais une exception.
Mes amis me regardaient comme une bête curieuse car beaucoup
des étudiants de l'école ambitionnaient alors de rejoindre
un grand groupe." Aujourd'hui, tout a changé. Les succès de
Loïc Le Meur ont fait des émules. Un récent sondage effectué
par l'école sur son propre campus fait ainsi apparaître que
plus d'un étudiant sur deux veut désormais créer ou rejoindre
une start-up. Signe des temps, Loïc Le Meur enseigne aujourd'hui
au sein de l'école tout en prévenant ces futurs entreprenautes
sur les difficultés de la Net économie... "Je suis évidemment
très satisfait que l'image de l'entrepreneur soit davantage
valorisée. Mais je les préviens qu'ils ne doivent pas s'attendre
à une réussite rapide et facile. Il s'agit d'un parcours passionnant
mais difficile. Toutefois, en sortant de cette école, ils
sont particulièrement bien préparés aux situations auxquelles
ils seront confrontés." Pourtant, Loïc Le Meur indique qu'il
n'attache pas d'importance excessive aux diplômes lorsqu'il
recrute : "L'un de mes plus proches collaborateurs, Jean-Jacques
Borrie, directeur technique de Business Pace, est un véritable
autodidacte. Passionné et d'une remarquable intelligence,
c'est le meilleur ingénieur que je connaisse."
Jean-Pierre
Eskenazi, un autre autodidacte a lui abandonné le lycée
quelque jours avant de passer son Bac. Spécialiste reconnu
dans le secteur du référencement, il a inventé avec sa société
Netbooster une nouvelle spécialité. "Dans ce métier, j'ai
appris tout seul en passant des heures et des heures en tête-à-tête
avec mon PC à décortiquer le fonctionnement des moteurs de
recherche." Pourtant, cet entrepreneur ne sous-estime pas
l'importance des formations de haut niveau. "Je suis allé
chercher un associé brillant, à la formation très solide,
Michel
Fantin, qui joue un grand rôle pour m'aider à développer
l'entreprise." D'ailleurs, en bon autodidacte, Jean-Pierre
Eskenazi est conscient d'être un cas assez exceptionnel. "Pour
lever des capitaux, je pense que les diplômes et la formation
rassurent les investisseurs. Lorsque j'ai créé Netbooster
dans mon coin, j'avais peu de moyens et c'est peu à peu que
j'ai pu faire reconnaitre mes compétences."
Alexandre
Dreyfus, le jeune créateur de Web City, qui a lui aussi
quitté le lycée avant de passer son Bac, ne dit pas autre
chose lorsqu'il parle de sa première société Mediartis, qu'il
a créée avec son associé et revendue au groupe Publicis. "La
négociation a été menée par mon associé issu d'un école de
commerce. Je pense que seul, je n'aurais pas été pris au sérieux
par nos interlocuteurs."
Caroline
Combe, jeune PDG de Protecrea, une start-up spécialisée
dans le secteur de la propriété intellectuelle, est diplômée
de l'IEP Paris. "Sciences-Po est une formation très généraliste,
c'est à la fois sa force et sa faiblesse, explique-t-elle.
J'ai fait cette école après le Bac et cela m'a vraiment ouvert
la tête. On nous donne beaucoup de clefs pour comprendre le
monde contemporain, et je crois qu'il s'agit pour cela de
la meilleure formation." Mais avant de créer son entreprise,
Caroline Combe a enchainé un DEA d'histoire et des études
de droit. "Le droit est également une formation très intéressante,
très structurante. Le droit c'est la vie, il suffit d'ouvrir
un code civil pour s'en convaincre."
Henri et François
de Maublanc sont deux frères à la tête de plusieurs sociétés,
parmi lesquelles une des marques phare du e-commerce français :
Aquarelle. Henri
est ingénieur X 72 et il n'est pas le seul à avoir succombé
aux sirènes du Web. Aujourd'hui, pas moins de quarante polytechniciens
dirigent des sociétés Internet. "Ce que j'ai appris de plus
important à Polytechnique, c'est une importante faculté de
remise en question. Je pense d'ailleurs que, globalement,
on n'apprend pas grand chose dans les écoles, explique Henri
de Maublanc. On apprend à apprendre et c'est le plus important.
Car tout est nouveau avec Internet. Sauf deux choses :
l'origine de l'entreprise, c'est-à-dire la production, et
la finalité, le client." Henri de Maublanc reste malgré tout
une exception : il est l'un des rares représentants de l'ENA
a être tombé dans la nouvelle économie. "Peut-être que le
principal intérêt de l'ENA pour moi a été de me faciliter
la vie, du moins au début. J'avais moins besoin de justifier
ce que je disais parce que j'étais issu de l'école. C'est
là un vrai défaut français que d'accorder une importance excessive
et à priori à ces formations comme l'X, HEC ou Centrale."
D'ailleurs, la rareté de ce type de diplômés dans les entreprise
Internet ne surprend pas Henri de Maublanc.
"En général, les
petites entreprises ne les intéressent pas beaucoup car pour
cela, il faut avoir un intérêt poussé pour les gens, les problèmes
quotidiens. Les anciens étudiants de l'ENA sont d'abord intéressés
pas les idées, à part peut-être les membres du corps préfectoral
qui sont plus proches des gens et des problèmes concrets.
En outre, mes camarades de l'ENA ont souvent du mal à assumer
l'échec. Et c'est pourtant un risque inhérent à la création
d'entreprise."
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