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Médias : l'éditeur le plus web
1. Philippe Jannet / Les Echos (lire)
2. Anne Sinclair / TF1

En quelques mois, Anne Sinclair a redonné à TF1 sur le Web une place plus conforme à son statut de première chaîne française de télévision. Dans l'anonymat relatif du site, la journaliste gagne ses galons de patronne.

Sur les 44 écrans de télévision du hall d'accueil de TF1 à Boulogne, un des quatre écrans grand format diffuse en boucle des informations internes: réunion du comité d'entreprise, cours de l'action (1.581 francs ce jour-là), audience de la veille au soir. Mais rien encore sur le site maison. Ses résultats lui vaudraient pourtant une place honorable et certainement la première en terme de progression: de 4,5 millions de pages vues au printemps 99, le site serait passé en deux mois au chiffre de 10 millions de pages. Aux incrédules, c'est Anne Sinclair en personne, directrice générale de TF1 Interactif, qui explique que "ces chiffres sont ceux de notre outil interne Webview et ils ont été plusieurs fois validés par Médiamétrie. A leur dernier baromètre, nous sommes passés de la vingtième à la douzième place en nombre de connexions". Le site accueille 1,7 million de sessions par mois, avec 550.000 visiteurs uniques. "Nous avons augmenté le nombre de visiteurs, mais surtout celui des pages vues par session: avant, les visiteurs ouvraient une page et demi, maintenant c'est 4 ou 5".

Une nouvelle aventure
L'Internet est bien connu pour ses vertus régénératrices. Dans le cas de l'ancienne journaliste de la chaîne, l'effet est saisissant. A 51 ans, l''intervieweuse de 7 sur 7 s'est bien transformée en patronne de division Internet, jonglant à l'envi avec le vocabulaire du Web, écartant ostensiblement les allusions "people" et la tentation de la starisation en sollicitant régulièrement Colas Overkott, le directeur de TF1 Interactif. La patronne, donc, du site de TF1 peut déjà s'enorgueillir d'avoir réveillé le web naguère fort dépourvu de la chaine et d'avoir en quelques mois comblé l'écart avec celui de Canal Plus.
La partie informations, qui représentait 70% du contenu de l'ancienne version, a encore augmenté dans l'absolu, mais ne représente "que" 30% du site à présent. Le reste correspond aux programmes des chaînes, aux "fonctionnalités de portail", moteur de recherche, e-mail, chats, etc. TF1 propose aussi la météo de 300 villes dans le monde et 110 en France, le trafic routier, les cours de Bourse... Prochaines étapes? La poursuite du développement des contenus et des services et le lancement d'une campagne de promotion. Puis la création de sites thématiques distincts, en commençant d'ici la fin de l'année par un site de news, sous la double bannière TF1-LCI.

Quand TF1 "grille" CNN
Même si d'autres contenus l'ont largement étoffé, le site de TF1 garde pour fer de lance l'actualité, en tête de l'audience devant la météo et les jeux vidéo. "Les internautes ont gardé leur fidélité à l'information, mais augmenté leur consommation des autres rubriques", constate Colas Overkott. La rédaction compte 10 à 15 personnes, "avec une réactivité très forte, qui nous permet bien souvent de griller des concurrents. La mort d'Hassan II a été annoncée chez nous 30 ou 40 minutes avant CNN.com". Comme une télévision ou une radio, le site enregistre des pics d'audience lors des grands événements -"surtout quand ça se passe aux heures de bureau": tremblement de terre en Turquie, guerre au Kosovo, élections européennes ("énorme clic à 22 heures le dimanche, au moment des résultats, et le lundi matin") amènent les connexions en nombre, avec pour record provisoire l'éclipse du 11 août (100.000 visites et 800.000 pages vues dans la journée). Une version en anglais de l'actualité est à l'étude et devrait voir le jour en 2000. Mais le site veut garder son positionnement français, ou à la rigueur francophone.
Côté programmes, les pages les plus consultées ne sont pas celles des émissions les plus suivies à l'antenne, mais correspondent à celles "qui ont leurs fans, ou créent un esprit communautaire". Le premier cas est illustré par la série américaine Dawson, le second par  Ushuaïa, "parce qu'on peut en savoir plus sur l'émission, télécharger des fonds d'écran", etc".

Bientôt 40 personnes
TF1 Interactif, hier "département" au sein de TF1, a pris du galon et deviendra en janvier e-TF1, une filiale à part entière de la chaîne. Une future entrée en Bourse est désormais possible, même si l'hypothèse est officiellement écartée. A l'échelle de la cash-machine qu'est la chaîne, le web est encore un nain avec ses 5 millions de francs de recettes publicitaires cette année. "Notre rattrapage est très satisfaisant, argumente Anne Sinclair, sachant que nous sommes venus sur le Web depuis un an et demi. Auparavant d'autres objectifs, comme le lancement du bouquet TPS, ont occupé une grande part des énergies. D'une phase très artisanale nous passons à une autre qui va donner son plein rendement dans l'année qui vient. Nous bâtissons une équipe professionnelle. Colas m'a rejoint, nous avons procédé à des embauches -un responsable de la technologie, un responsable marketing, une responsable de la communication... Chacun de ces responsables va bâtir son propre secteur, et on pense être une quarantaine d'ici la fin de l'année". Une équipe de TF1 Publicité dédiée au site va rejoindre les 28 personnes que compte pour l'heure TF1 Interactif. Tous vont bientôt quitter la tour principale de la chaîne pour partir quelques dizaines de mètres plus loin, dans l'immeuble du Levant, afin d'être rassemblés sur le même plateau.
A côté de la publicité, l'e-commerce est une future source de recettes: "On a fait une expérience avec la galerie shopping, ça n'est pas ça qui marche, analyse Anne Sinclair. L'intérêt sera surtout dans le commerce contextuel. Sur un site de sport, il faudra qu'on trouve des produits liés au sport. Comme Amazon est présent sur les sites américains, la Fnac est chez nous, en renvoyant sur des livres, des CD en rapport avec les sujets traités. C'est beaucoup plus efficace". Patrick Le Lay, le PDG de TF1, a annoncé à ses actionnaires fin septembre que le web avait coûté 25 millions de francs à la chaine en 99. Le budget 2000 devrait dépasser les 80 millions.

Enthousiasme et dépannages
L'ancienne responsable de "7 sur 7" apprécie dans le Net "une révolution qui fait complètement exploser l'univers des médias. Télévisions, radios, presse écrite restent dans la même logique, celle où des éditeurs de contenu décident de ce qui doit passer. Sur Internet, chacun peut éditer ce qu'il souhaite et des communautés d'intérêt apparaître. Les frontières connues sont bouleversées". Anne Sinclair s'enthousiasme pour "la créativité que l'on trouve dans les pages personnelles, les passions que les gens veulent partager, c'est quelque chose d'extraordinaire". L'intégration de pages personnelles sur le site est d'ailleurs à l'ordre du jour -en interne ou avec un partenaire, la question n'est pas tranchée. En matière de médias, les modèles d'Anne Sinclair sont d'abord CNN et la BBC, "très bien faite", suivis en France par Les Echos, Le Monde et Libération. A titre personnel, la journaliste a été frappée par la banalisation du Net aux Etats-Unis: "J'ai une cousine dont les enfants de 8 et 10 ans font leurs devoirs, les envoient par mail à leur professeur qui les retourne corrigés de même. C'est totalement hors de notre perception française, mais là-bas c'est monnaie courante. Internet est complètement intégré à la vie". Utilisatrice du Web pour ses achats de livres, sur la Fnac et BOL, et pour ses voyages sur les sites touristiques - "j'ai souvent pesté contre les compagnies aériennes qui mettent absolument tout sauf leurs horaires!" -, Anne Sinclair est comme son mari une habituée de l'e-mail et du Palm V. Elle confie dans un sourire que dans sa famille -tous adeptes fervents du Macintosh-, Dominique Strauss-Kahn est un bricoleur passionné. "C'est notre vrai dépanneur. Pour lui, mettre en réseau les machines ou répondre à notre fille qui téléphone pour demander comment débloquer son iMac qui a planté sous Word, ça l'amuse".

[Thierry Noisette, JDNet]

Medias / Le gagnant :

Grâce au vigilant Philippe Jannet, qui pilote depuis quatre ans le site, "Les Echos" peuvent s'enorgueillir, avec 25 millions de pages vues par mois, d'être le leader des médias français pour l'audience en ligne. .



 
 
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