| 1.
Novembre 2000 : le temps presse |
 |
Nous
sommes le mercredi 29 novembre 2000. Pour Philippe Jaffré,
président du conseil de surveillance de Zebank
depuis deux mois, et Olivier de Montety, président du
directoire, c'est le baptême du feu. Les deux hommes
vont présenter dans les locaux du Groupe Arnault, à
Paris, la première version opérationnelle du site de
Zebank. Après quinze mois de tâtonnements, le patron
de LVMH montre quelques signes d'impatience sur le dossier
Zebank.
Lancé
au cours de l'été 1999, sous l'étiquette
Zeproject, le chantier de la banque virtuelle accumule
les retards malgré un budget initial de 110 millions
d'euros (721 millions de francs). Sur cette manne, 80 %
proviennent d'Europ@web
(le fonds Internet de Bernard Arnault) et 20 %
de Dexia.
La banque, dirigée par Pierre Richard, a rejoint le
projet en février 2000 au grand soulagement de Bernard
Arnault qui sait combien le milieu bancaire français
est un club très fermé.
Si
Bernard Arnault veut "voir", c'est que les mois qui
s'écoulent jouent contre Zebank. En lançant un
projet de banque virtuelle en 1999, le patron le LVMH
a fait un calcul sur le temps : démarrer en amont
sur le marché de la finance en ligne afin de prendre
de vitesse les banques traditionnelles. Le temps venu,
Bernard Arnault compte leur proposer le dossier. Avec
un an de retard sur le projet, la stratégie devient
de plus en plus difficile à tenir. En cette fin
2000, une grande partie des acteurs français
de la finance disposent déjà d'une offre Internet.
|
Zebank
en dates
|
|
Juillet
1999 : Chahram Becharat, le PDG
d'Europ@web veut
lancer un courtier en ligne. Quatre hommes
sont recrutés pour cadrer le projet :
Olivier de Montety et Frédéric Viviani (issus
de Fimatex), Bernard Hauzy (Paribas Affaires
Industrielles) et Mark Barry (Banque Morgan).
La structure est dotée de 110 millions
d'euros.
Janvier 2000 : le projet démarre
sous le nom ZeProject, un "focus group"
géant sur le Web qui vise à recueillir l'avis
des internautes et à entamer la communication.
Février 2000 : Dexia rejoint
le projet à hauteur de 20 %
du capital.
Mars 2000 : Zebank obtient l'agrément
bancaire du Comité des Etablissements de
Crédit et des Entreprises d'Investissement.
Septembre 2000 : Philippe Jaffré
est nommé Président du Conseil de Surveillance
de Zebank.
Novembre 2000 : les premiers
tests opérationnels du site débutent.
Février 2001 : après
plusieurs annonces égrainées
depuis le printemps 2000, Zebank démarre
ses activités commerciales.
Juin 2001 : Zebank reçoit
un nouvel apport de 65 millions d'euros.
La banque revendique 35 000 comptes
ouverts.
Septembre 2001 : La banque revendique
80 000 comptes ouverts.
Octobre 2001 : "Les Echos"
révèlent que Zebank est à
la recherche d'un repreneur.
|
|
Mais
le patron de LVMH estime que des portes de sortie subsistent.
Une
dizaine de jours avant cette rencontre avec Philippe
Jaffré et Olivier de Montety, Zebank a d'ailleurs
bénéficié d'un traitement particulier.
Le 21 novembre 2000, Suez annonce son arrivée
au capital d'Europ@web. En apportant 300 milllions d'euros,
le groupe de Gérard Mestrallet vient d'entrer à hauteur
de 30% dans le fonds Internet. Trois participations
sont exclues de l'accord : eLuxury, LibertySurf et Zebank.
Sur
ces trois sociétés, Bernard Arnault préfère
garder les coudées franches. Si pour eLuxury
l'explication est évidente (le portail dédié
au luxe est une vitrine stratégique pour les
métiers de LVMH), pour LibertySurf et Zebank
les raisons sont à trouver dans l'objectif assigné
à ces participations et ce, dès leur création.
Tout comme Zebank, le FAI LibertySurf est destiné
à être cédé. Tout comme Zebank
avec Dexia, LibertySurf est partagé avec un autre
investisseur de poids, le distributeur britannique Kingfisher.
Deux mois après l'accord Europ@web-Suez, LibertySurf
sera vendu à Tiscali. Pour Zebank, faute de lancement
commercial, Bernard Arnault devra patienter.
Les
causes de ce retard sont à trouver en grande partie
dans le volet technique du projet et dans sa gestion
en interne. La banque en ligne, qui est alors présentée
aux partenaires potentiels comme une "hyperbanque" (une
marque déposée par Zebank), veut être présente sur tous
les segments de la finance en ligne : Bourse, crédit,
assurance, épargne.... Or proposer une palette aussi
large de produits revient à interfacer un méandre d'univers
informatiques hétérogènes.
Ces
difficultés seront d'ailleurs reconnues par Olivier
de Montety en février 2001 dans une interview
au JDNet. Le président du directoire admet alors que
la banque a rencontré un "écueil de nature
technique" pendant son développement car,
"pour offrir l'ensemble des services financiers
sur le même site, nous devions faire cohabiter plusieurs
types de logiciels". Géré
par Sema, le chantier technique de Zebank va déraper
au fil des mois pour une addition totale qui serait
supérieure à 7,6 millions d'euros (50
millions de francs).
En
cette fin novembre 2000, l'équilibre informatique de
l'hyperbanque reste encore précaire. Le jour de la démonstration
à Bernard Arnault, ordre est donné aux 120 salariés
de Zebank de ne pas solliciter, d'une manière ou d'une
autre, le système informatique afin d'éviter le moindre
"plantage" technique. La démonstration
se déroulera finalement bien. Et, malgré le retard
sur le projet, Philippe Jaffré et Olivier de Montety,
appuyés par Nicolas Bazire, le DG du groupe Arnault
en charge des investissements Internet, réussissent
à convaincre Bernard Arnault de continuer l'aventure.
Le lancement commercial aura donc bel et bien lieu.
(Lire la suite >>
2. Décembre 2000
: le lancement commercial)
[Ludovic Desautez, JDNet]
|