Leclerc remporte son bras de fer "comparatif" contre Carrefour

Carrefour a été débouté en appel de son action contre le comparateur de prix Quiestlemoinscher.com, lancé par Leclerc. Conforté dans sa lutte, Michel-Edouard Leclerc veut encore étoffer ce service.

C'est la guerre que vient de remporter Leclerc contre Carrefour. Une guerre qui dure depuis exactement deux ans. Le 18 juin 2008, la Cour d'appel de Paris a fini par débouter le second dans son action pour interdire Quiestlemoinscher.com, un comparateur de prix dans les enseignes de la grande distribution, lancé en mai 2006 par Leclerc .

 

En juin 2006, Carrefour avait pourtant remporté une première bataille, en obtenant la suspension de l'exploitation et de l'édition du site. C'était sans compter sur l'entêtement de Michel-Edouard Leclerc, pour qui cette démarche est "vraiment fondamentale et va bien au-delà d'une simple stratégie publicitaire". Pour sa deuxième version, sortie en novembre 2007, l'enseigne n'a pas manqué de tenir compte du principal grief qui lui avait été adressé : le "caractère non vérifiable des paramètres sur lesquels reposent la comparaison" (lire Leclerc repose la question : "Qui est le moins cher", du 17/11/06).

 

Les prix comparés sont depuis relevés par un institut, et non plus basés sur des données professionnelles. Moins de produits y sont toutefois référencés. Les marques de distributeurs (MDD) notamment en sont exclues, puisque leurs produits ne peuvent être strictement identiques les uns aux autres. Par ailleurs, seules quatre enseignes sur huit y apparaissent, Carrefour, Auchan, Cora et Casino bloquant l'accès à leurs magasins aux enquêteurs qui viennent relever les prix.

 

Un mois après la renaissance de Quiestlemoinscher.com, Carrefour assigne à nouveau la centrale d'achat de Leclerc (Galec) et Colt, l'hébergeur du site, au motif que le site méconnaît les règles de la publicité comparative. Les juges n'ont, quant à eux, pas relevé de caractère illicite, ni de concurrence déloyale dans la démarche et condamné, avant-hier, Carrefour à payer 15 000 euros à Galec et 3 000 à Colt.

 

Pour Michel-Edouard Leclerc, ce jugement sonne le top départ d'un service plus ambitieux encore. "Je vais investir beaucoup pour faire de Quiestlemoinscher.com un repère". De son aveu, le comparateur est un investissement "financièrement et techniquement lourd", c'est pourquoi il a attendu qu'il soit juridiquement agrée pour lui donner plus d'ampleur. Cela commencera par des relevés de prix plus réguliers et plus larges. Il compte également "faire pression pour obtenir des autres enseignes qu'elles ouvrent leurs portes aux enquêteurs", et s'il le faut "l'exiger des tribunaux".

 

Autre ambition, celle de décliner localement le site de comparaison, "pour que le consommateur trouve des repères dans sa zone de chalandise" - ce qui était déjà le cas avec la première version -, et faire son possible pour que les MDD y figurent. Michel-Edouard Leclerc enfourche son cheval de bataille : "je vais nourrir le comparateur et demander sa publicité au cinéma et à la télévision".

 

Carrefour, de son côté n'a pas enterré la hache de guerre. Selon les informations du Figaro.fr, l'enseigne va se pourvoir en cassation. Michel-Edouard Leclerc n'en a cure. Il s'interroge plutôt : "je ne comprend pas l'attitude de Carrefour, et ce d'autant que c'est cette même enseigne qui a initié la publicité comparative dans les années 80". Et de citer des filiales étrangères de cette dernière qui feraient la même chose. En Colombie, Carrefour a, en effet, un site dénommé 'quien es el mas barato' - fidèle traduction de "qui est le moins cher" -, mais ce dernier ne fait qu'affirmer ses engagements et garanties.

LECLERC / CARREFOUR