Comment faire face à la pénurie de salariés e-commerce Une pénurie marquée de profils en informatique et marketing

"L'e-commerce est un secteur créateur de richesse et d'emplois, un secteur que je veux accompagner et soutenir", a affirmé le 2 mai Xavier Bertrand, ministre du Travail et de l'Emploi, à l'occasion du colloque consacré à l'emploi dans le secteur du commerce électronique, qu'organisait la Fevad à l'Assemblée nationale en partenariat avec Blue-Search et le Club des DRH du Net.


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Xavier Bertrand, ministre du Travail et de l'Emploi © Luc Pâris / Fevad

Représentant actuellement 60 000 emplois directs et 26 000 emplois indirects (en équivalents temps plein), les effectifs de l'e-commerce ont progressé de 9 % en 2010 et devraient s'élever encore de 10 % au moins cette année, "un niveau sans équivalent dans les autres secteurs", selon l'auteur de l'étude, Nicolas Bouzou (Asteres). Le macro-économiste remarque en outre que ces créations de postes concernent des emplois aussi bien qualifiés que non qualifiés.


A tel point que le premier constat partagé par les acteurs du secteur est leur difficulté à recruter à la hauteur de leurs besoins. Pour Claude Monnier, DRH de Hi-Media, cette pénurie se remarque aussi bien à la durée nécessaire pour pourvoir un poste qu'à la difficulté de définir ces postes, qui ne correspondent à aucun métier de l'économie traditionnelle. "Parfois nous nous piquons les profils les uns aux autres, parfois nous voulons tous les même profils et devons déborder sur le marché de l'emploi traditionnel", ajoute-t-il.


Ingrid Tisserand, DRH de Pixmania, constate une pénurie particulièrement forte sur les métiers informatiques : "J'ai 20 postes à pourvoir en permanence et je ne reçois que 2 CV toutes les trois semaines." Selon elle, le problème n'est pas uniquement quantitatif mais aussi qualitatif : "Nous cherchons des jeunes dotés d'un esprit entrepreneurial, or la nouvelle génération n'a pas envie de s'investir dans le travail, ce qui n'est d'ailleurs pas propre au Web".


A cela s'ajoutent deux "trous de génération" correspondant à la crise de 2001, qui a eu un effet repoussoir pour le secteur du Web sur les candidats, et à celle de 2008-2009, assure Erik-Marie Bion. D'après l'ex directeur marketing d'Expedia désormais consultant, les deux métiers particulièrement difficiles à recruter sont l'informatique et le marketing. "Le marketing online est un marketing d'acquisition, très différent du marketing des autres secteurs".


Pour pallier cette pénurie, les entreprises doivent s'adapter. "On travaille sur l'élasticité de l'organisation en formant les collaborateurs à d'autres postes que le leur, et on travaille sur le recrutement de seniors", explique Erik-Marie Bion. La moyenne d'âge des effectifs de Pixmania et d'Amazon serait d'environ trente ans, affirment d'ailleurs leurs DRH respectives, Ingrid Tisserand précisant même : "Chez Pixmania, on est senior à partir de 45 ans".


Le prochain baromètre du Club des DRH du Net fait en outre apparaître deux tendances, note sa présidente Sylvie Chauvin, également DRH d'Adenclassifieds. "On voit se développer les "as if", salariés qu'on forme en interne aux postes qu'on n'arrive pas à pourvoir, mais qui sont moins qualifiés. La deuxième tendance est le recours à la rémunération variable pour garder les meilleurs, avec des bonus et de la gestion des ressources humaines plus traditionnelle". Diane Rivière, DRH d'Amazon France, confirme que la part variable de la rémunération est supérieure aux entreprises traditionnelles, mais est réalisée au travers de l'actionnariat salarié.


Pierre Cannet, dirigeant du cabinet RH e-commerce Blue Search, remarque enfin : "Dès qu'il apparaît un nouveau métier, il y a de la place pour les autodidactes passionnés".


erik-marie bion, ingrid tisserand, françois momboisse, pierre cannet, diane
Erik-Marie Bion, Ingrid Tisserand, François Momboisse, Pierre Cannet, Diane Rivière, Claude Monnier © Luc Pâris / Fevad

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