E-commerce : qu'est ce qui va changer ? La montée en puissance des places de marché

Ces deux dernières années, l'e-commerce a vu monter en puissance un nouveau type de destination sur le Web marchand : les marketplaces. Combien de temps peut durer leur expansion ? Que faire pour surnager sur ce créneau encore peu structuré ?

 

Emmanuel Grenier, Cdiscount :

La clé réside dans l'exhaustivité de l'offre. C'est ce que propose Amazon. Car sur Internet, on fait éclater toutes les règles de temps et d'espace. On peut tout à fait se retrouver à commercialiser des millions de références. C'est d'ailleurs là que la distribution classique aura des problèmes. Ce qui fera la différence demain entre les marketplaces, c'est la puissance de leur marque : la seule barrière à l'entrée sur Internet est la notoriété, qui apporte le trafic.

 

Jean-Emile Rosenblum, Pixmania :

Nous avons développé une marketplace afin que nos clients achètent de plus en plus chez nous. Si Pixmania était resté un vendeur d'appareils photo numériques, je ne serais pas là pour en parler et les autres non plus, il n'y aurait qu'Amazon. Il faut regarder ce qui se passe sur le marché. Les coûts d'acquisition montent tous les jours ce qui, avec l'arrivée des retailers, n'est pas près de s'arrêter. Si on ne pousse pas nos clients à ré-acheter chez nous deux, trois, dix fois par an, on n'y arrivera pas. Pour y arriver vite, car le temps est une contrainte majeure dans notre métier, il faut que nous soyons aidés par une marketplace, qui nous permet d'ouvrir de nouvelles catégories de produits et d'être crédible rapidement pour le consommateur.

D'autre part, les marketplaces sont quasiment la seule façon pour toutes les PME, pour les 17 000 nouveaux sites qui se créent chaque année, d'exister à un coût maîtrisé. Aucun d'entre eux ne peut survivre avec le coût de Google. Pixmania devient donc un centre commercial, qui prend une commission sur les ventes.

En revanche, il y a quelques marketplaces fortes, mais cela ne pourra pas s'étendre beaucoup plus, car il faut beaucoup d'audience pour intéresser les marchands. Aujourd'hui en France, il existe quatre ou cinq places de marché. Je ne pense pas qu'il y en aura 15 ou 20 demain.

 

Denis Terrien, 3 Suisses International :

Aujourd'hui, le développement des marketplaces, c'est du grand n'importe quoi. Sur Pixmania, on sera content de trouver un appareil photo mais on sera très surpris de trouver une petite culotte. Sur 3 Suisses, on peut venir chercher des vêtements, mais je ne suis pas sûr qu'on achèterait une voiture. On va revenir aux fondamentaux du comportement du consommateur, qui tient à associer une marque avec une catégorie de produits ou de services. Il y a très peu de marques qui peuvent tout faire. On l'a vu dans distribution physique, quand à côté des Auchan se sont développés des Décathlon, Boulanger ou Kiabi, qui challengent les grands distributeurs généralistes. Pour l'instant il y a beaucoup de brouhaha sur le marché, mais il faut s'attendre à ce que le consommateur revienne à certains basiques, et donc à une rationalisation. Plus largement, le fait qu'en 2010 17 000 nouveaux sites marchands se soient créés montre bien qu'on est dans une nouvelle bulle. Il va nécessairement y avoir quelques secousses sur le marché.

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