La nouvelle France industrielle entre libéralisme et volontarisme industriel

Il y a près de 2 000 ans, Sénèque disait : « Il n’y a pas de vent favorable à celui qui ne sait pas où il va ». Après l’élection présidentielle de 2007, la France doit maintenant trouver les nouveaux moteurs de sa croissance et pour cela développer ce qui a le plus manqué dans cette campagne : une vision du futur économique.

La société hyper industrielle se construit aujourd'hui ...


La société hyper industrielle succède sous nos yeux à la société industrielle : la production et les échanges mondiaux de biens matériels produits en masse n'ont jamais eu autant qu'aujourd'hui une part aussi importante dans le PNB des nations et la richesse mondiale (les importations représentent 25% du PNB français et l'industrie - avec les services associés -  représente 40% du PNB et des emplois français). La mondialisation homogénéise les produits à l'échelle globale (ex : PC, lecteurs MP3, écrans plats, ...), les pays producteurs étant récompensés de leurs efforts par la croissance et le plein emploi.


La France doit compenser ses importations par des exportations de produits toujours mieux placés en coûts et qualité sur le marché mondial. A cette échelle, la compétition est féroce.  Mais c'est à cette seule aune que l'on pourra évaluer la pertinence des mesures prises et évaluer les résultats.

La réussite d'une politique industrielle repose sur l'examen complet des facteurs de compétitivité (l'innovation dans les produits, les capacités de production,...), la pertinence des choix (progression des marchés) et la mise en oeuvre des mesures adaptées.


mais surtout ailleurs ...


A Taiwan et au Japon (taux de chômage ~4%), les secteurs de l'électronique et des hautes technologies par exemple sont promus, défendus, et protégés, car considérés comme fers de lance incontournables de l'innovation diffusant dans tous les autres pans de l'industrie : des réseaux télécoms haut débit aux produits de grande consommation, en passant par les équipements industriels, l'automobile et les systèmes de défense. 

En Corée (taux de chômage 3.5%),  95 % de la population sera bientôt  équipée de réseaux à très haut débit, grâce à des plans nationaux ambitieux tels que « IT 839 » (8 services, 3 réseaux, 9 technologies), promu par le ministère de l'information et de la communication.

En Chine, de vraies politiques industrielles sont en marche depuis 20 ans, couronnées de succès, l'objectif étant d'acquérir l'autonomie voire le leadership planétaire dans des secteurs jugés stratégiques (agro-alimentaire, énergie, télécoms, spatial, électronique, automobile,  ...)

Les États-unis dont l'environnement social et fiscal est  « le plus libéral qui soit », n'hésitent pas à financer massivement, à travers des « agencies », « departments » ou « initiatives », la R&D dans tous les domaines. Citons parmi tant d'autres la Défense (134 Mrds$ en 2006), le Homeland Security (5 Mrds$ ), le Networking and Information Technology (2,3 Mrds $), la National Nanotechnology Initiative (1,8 Mrds $), ou encore le National Institute for Health (100 M$ par an sur 3 ans).

Enfin en France même, il est extraordinaire de voir comment le général de Gaulle, suivi du président  Pompidou, avait engagé, il y a 50 ans, une vraie politique industrielle, visionnaire pour la France dans des secteurs aussi divers que  le nucléaire, l'aéronautique, les télécoms, le ferroviaire, l'armement, le spatial. Les objectifs étaient clairement identifiés, adossés à des marchés intérieurs et des infrastructures indispensables au développement du pays. Des centaines de milliers d'emplois qualifiés avaient été créés, ainsi que des pôles d'excellence industriels et techniques encore mondialement reconnus quarante ans plus tard ! Cette vision a entraîné le marché, qui a tiré l'économie, qui a créé richesses et emplois.

Remettre le bateau à flot ...


La France peut retrouver sa place sur l'échiquier industriel mondial et développer son économie pour soutenir son système social.  Pour y parvenir, il faut que les entrepreneurs n'aient plus peur créer et d'embaucher. Il faut que les sociétés étrangères réinvestissent en France. Il faut que nos riches expatriés reviennent au pays. Nos entreprises doivent pouvoir s'adapter rapidement aux alea des marchés. La France ne doit plus être le champion du monde de la « misère fiscale » (classement « Tax Misery » du magazine Forbes dans lequel la France est le n°1 indétrôné depuis l'origine). 

Des réformes structurelles majeures sont nécessaires : il faut remanier en profondeur un code du travail suranné et effrayant de 2500 pages ( !) qui tue l'initiative privée. Il faut réformer le droit fiscal tout aussi lourd et contre-productif, véritable repoussoir de l'investissement des entreprises.

Il faut enfin continuer et encourager la réforme du système de recherche français débuté en 2005. Ce qui a été fait était nécessaire mais reste encore insuffisant.     

...et lui donner un cap : une politique de grands programmes ciblés qui permettra de réduire la dette

Au delà du développement de la compétitivité structurelle, la France doit
de toute urgence faire l'effort d'une réflexion collective, sociétale et économique permettant d'identifier les grands marchés du futur. Pour cela, il faut anticiper les besoins du pays à 10, 15 ou 30 ans, en prenant en considération les grandes contraintes : protection de l'environnement et réchauffement climatique, vieillissement de la population, dette nationale qu'il faut impérativement réduire. Il faut répondre à l'augmentation des besoins de soins tout en réduisant les dépenses de santé. C'est réalisable grâce à la généralisation de la télémédecine.
Il faut répondre à l'urgence de la protection de l'environnement en améliorant la maîtrise de l'énergie par des habitations plus économes, des véhicules plus propres  et plus intelligents.

Il faut améliorer les communications par la mise en place des réseaux très haut débit sur tout le territoire et pour tous, particuliers, entreprises, administrations et collectivités.

Il faut renforcer la sécurité des citoyens par la mise en place de systèmes de surveillance et de prévention.

Autant de projets qui induisent inévitablement la mise en oeuvre de produits, systèmes, infrastructures, services et  technologies révolutionnaires. La Filière Électronique et Numérique française est capable de les concevoir, de les fabriquer en partie et de les exporter, générant ainsi une nouvelle croissance.  
Cette nouvelle vision économique et industrielle doit être une mission prioritaire de ce nouveau  cycle présidentiel. Idéalement, cette démarche devra être initiée au niveau de l'Union Européenne, mais la France pourra en prendre l'initiative et montrer la voie, comme elle a su le faire dans le passé. Cette vision permettra de redonner une ambition à notre pays et un sens à nos actions collectives. Elle seule permettra de retrouver une place de leadership industriel et technologique, de retrouver une fierté nationale, et surtout de créer de nouvelles richesses et de nouveaux emplois dans les communautés de chercheurs, universitaires et industriels qui y seront associés, pour les jeunes et pour les seniors.

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