Du eG8 au G20 Young Entrepreneur Summit : quelle est la place de la Net Economie ?

La Net Economie est elle une économie parallèle ou bien une composante à part entière de notre économie mondiale ? Au delà des bouleversements du numériques, en quoi les nouvelles technologies sont-elles aussi un vecteur de croissance et de citoyenneté ?

Le e-G8 s’est déroulé à Paris fin mai, en amont de l’annuel G8 que la France a eu l’honneur d’accueillir cette année à Deauville. Par ailleurs, le « G20 Young Entrepreneur Summit » aura lieu fin octobre, à Nice.

L’événement mérite un petit rappel historique : initié de manière informelle en 1974 par les Etats-Unis lors du premier choc pétrolier, le G6 (puis G8) fut officialisé par Valérie Giscard d’Estaing en 1975 au château de Rambouillet. Quelques 36 ans après, le Président Nicolas Sarkozy lance aux jardins des Tuileries l’e-G8, dans un contexte économique printanier qui hésitait encore entre reprise économique et crise émergente de la dette.

En ce mois d’octobre 2011 chahuté, incertain, quels enseignements pouvons-nous tirer de cette manifestation et quels sont les sujets de réflexion, les actions qui peuvent en découler lors  un prochain opus, d’ores et déjà souhaité pour l’année prochaine ?

Posons-nous d’abord cette première question : en quoi la Netéconomie est-elle si différente pour avoir son propre forum ?

J’ai commencé ma vie professionnelle dans la seconde partie des années 90, à une époque où il fallait choisir son orientation professionnelle entre le « Brick and Mortar » (industrie et commerce traditionnelle) et les « startups » du Net…Plus de 15 ans après, comme le démontre le cabinet McKinsey, l’économie de l’internet représente au niveau mondial le PIB de l’Espagne et profite d’une croissance digne du Brésil. Ce n’est donc plus réellement un phénomène à part ou une bulle séparée de l’économie.

On peut effectivement se demander aujourd’hui si le « e-commerce » n’est pas tout simplement « du commerce », ou bien une de ses composantes à part entière. Les acteurs de la grande distribution ou de la logistique proposent aujourd’hui des plate-formes multi-canales. Dans les secteurs du vêtement, de l’alimentation, de la High-Tech et même parfois du luxe, il est aisé de trouver un même produit en vente indirecte via des distributeurs, via des enseignes, ou « on-line » via des sites web.

D’un autre côté, les sociétés « pures internet » comme Ventes-privées.com ne sont-elles pas aussi des logisticiens pointus, en plus de leurs compétences Webmarketing.

L’entreprise profite indubitablement des opportunités d’internet dans son système d’information (veille, cloud, mobilité, collaboration, e-réputation, échanges entre partenaires commerciaux,…) et ses pratiques marketing. Parallèlement, les sociétés internet marchandes profitent elles aussi des avancées en « Supply Chain » du secteur automobile ou de la grande distribution. De très nombreux comités de direction se concentrent sur leur stratégie « Off-line » et « On-line ». Du monde bancaire au constructeur automobile (communication « Machine to Machine » pour l’automobile), en passant par la PME en mécanique complexe (portail de maintenance, services clients …), « Internet » est omniprésent !

Le e-G8 serait-il le forum d’une économie à part ? D’une révolution ? Ou bien simplement d’une évolution ? Certains parleront de modernisation des pratiques économiques comme il y en a eu depuis l’invention du commerce, à l’aire sumérienne, l’invention de la comptabilité (XIII, XVème siècle) ou du prêt bancaire.

Il n’en reste pas moins que la « Net économie » garde encore des spécificités et doit résoudre aujourd’hui des problématiques qui lui sont propres. Nous pouvons citer par exemple l’environnement juridique qui diffère parfois d’un pays à l’autre, avec des « distorsions » transfrontalières sur la propriété intellectuelle ou la protection des données personnelles. Les « Business Models » sont parfois atypiques et le débat est de plus en plus vif sur la neutralité du Net, qui peut se traduire par la non-discrimination de l’accès à la bande passante. C’est aussi, pour les opérateurs d’infrastructures, la possibilité de financer le besoin croissant en bande passante, et pour les opérateurs de services, de devoir contribuer à ce financement.

« Do not Harm », en Français, « ne pas nuire », tels furent les propos lancés par Jeff Jarvis (journaliste américain et universitaire), rare représentant de la société civil. « Internet » et la Net économie sont tellement importants que le législateur, de tout pays, ne peut plus laisser seule l’auto-régulation assurer le droit d’auteur, la défense des citoyens ou de nos enfants, la lutte contre la cybercriminalité.

Mais le message fut tranchant envers les politiques du monde : Ne freinez pas cette créativité et cette dynamique par des lois inadaptées, dont vous ne maitrisez pas la portée ! Ou encore, comme le dit encore Jeff Jarvis : « Ne soyez pas effrayés par ceux qui sont effrayés par internet ».                                                                

Le e-G8 fut également l’occasion de rencontrer de formidables empires, construits en quelques années, comme Google, Facebook, Twitter, Groupon… La question était donc sur toutes les lèvres : pourquoi de telles réussites n’émergent-elles pas en France ? Sachons tout de même crier le chant du coq lorsque l’on pense au groupe Illiad, à Meetic, à Exalead, et à leur succès français et parfois internationaux.

C’est grâce à « la taille du marché américain ! » diront de nombreux spécialistes. La taille des Etats-Unis permet une rentabilité des frais fixes, ou un amortissement des investissements sur un pays de 240 millions d’internautes (78% de la population) et 143 millions d’utilisateurs Facebook (Source data e-G8) !

Malgré sa taille concurrentielle en valeur absolue, l’Europe nécessite des investissements marketing, technologiques, juridiques et linguistiques propres à chaque pays, qui nuiraient à la rentabilité ou au démarrage d’une société du web. C’est cette puissance du marché américain qui permettrait à Groupon d’atteindre une taille suffisante pour s’étendre ensuite rapidement sur toute l’Europe, en rachetant CityDeal en 2010, déjà présent dans 14 pays en Europe.

Avec cet argument, il est difficile de ne pas se réfugier dans une fatalité. L’Europe reste une tour de Babel linguistique et culturelle…Et c’est tant mieux ! Mais tant pis pour l’éclosion de nos startups ! Pourtant, je pense que la vérité est aussi ailleurs, dans notre capacité à reproduite un environnement propice tel que les Etats-Unis ont su le créer.

Contrairement à la légende, ces start-ups ne sont que très rarement nées dans des garages, mais plutôt sur des Campus, grâce à une relation université-entreprise, financement que la France est loin de connaître. Voici un réel axe d’amélioration structurant pour lequel nous attendons tous une réelle remise en question de la politique française : redonner de l’initiative aux universités, développer les partenariats public / privés, faciliter l’accès aux marchés et aux démarches des TPE/PME et donc des startups (Small Business Act). Il faut aussi valoriser le Crédit Impôts Recherches et les Jeunes Entreprises Innovantes, rendre le fond pour la société numérique (CDC maitre d’œuvre) et les moyens de financement plus accessibles. Que la France innove un peu pour ses entreprises innovantes !

La présence du fondateur de Wikipédia, Jimmy Wales, et l’intervention de Rupert Murdoch a aussi permis de répéter, peut-être un peu trop rapidement, qu’internet n’est pas seulement une « usine économique et financière », c’est aussi un actif de l’humanité ! Un accès au savoir. Et c’est peut-être là son plus noble rôle.

Selon Rupert Murdoch, l’éducation ne profite pas encore suffisamment de la puissance et de la créativité d’internet. Il y a cependant des initiatives intéressantes qui peuvent être suivies : l’ONU avec l’université du peuple (http://www.uopeople.org/, crée en 2009), Shai Reshef qui a créé une université sur internet quasiment gratuite (75 €/an pour une licence de gestion) ou la mise en ligne de session de cours, comme l’a fait Stanford ou certaines universités norvégiennes. Là aussi, la France à le droit d’innover.

L’e-santé est un sujet qui pourrait aussi être réellement approfondi lors du prochain e-G8, tant le partage du savoir, du diagnostique distant, de l’auto-médication peuvent profiter de la net-économie, de ses pratiques et de sa puissance. « L’e-médical » pourrait-il sauver notre modèle social ?

Mais selon moi, le plus grand absent de ce premier opus reste le particulier, que ce soit dans sa dimension vie numérique au quotidien ou dans la maitrise de ses données. Notons d’ailleurs que la CNIL, ou tout représentant d’associations de défense des libertés des consommateurs étaient absents des débats et autres tables rondes officielles.

L’e-administration, l’e-consommateur ou la dématérialisation subie et annoncée que lui impose ses divers fournisseurs ne furent pas abordées (ou si peu). Le particulier réclame pourtant à juste titre des services, des usages et des droits. Selon moi, les coffres-forts/boites à lettres numériques destinés aux particuliers, l’interopérabilité des flux de documents, ou le VRM (« Vendor Relationship Management », capacité du citoyen à organiser ses services) sont de réelles réponses citoyennes, sociales et économiques à toutes ces aspirations.

L’E-G8 a eu le mérite d’exister, de permettre de fructueux échanges spécifiques à ce monde. Les quelques pistes évoquées ci-dessus permettent largement de relancer l’expérience l’année prochaine avec des sujets de fonds,  en forçant le pragmatisme que toutes les entreprises attendent certainement, comme le citoyen.

Espérons aussi et surtout que l’actualité politique de notre pays, à mi-2012, permettra à chaque parti politique, comme ils semblent vouloir le proposer, de construire un réel environnement propice à nos startups, à nos TPE, et à la valorisation de la prise de risque dans le monde numérique, comme ailleurs…

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