Quelle place pour les solutions mobiles dans les musées ?
Depuis 2009, des musées offrent à leurs visiteurs des applications mobiles. Si l'essor de ces technologies mobiles offre des possibilités évidentes, une réflexion sur les rapports au musée, aux œuvres et sur les interactions entre visiteurs induits par ces outils mérite d'être soulevée.
Depuis 2009, les mobiles ont
progressivement franchi les portes des musées. Du Los Angeles
Museum’s of County Art aux États-Unis au Tate Modern de Londres en
passant par le Centre Pompidou en France, plus de 200 musées dans le
monde (1) proposent aujourd'hui à leurs visiteurs des applications
pour enrichir et compléter leurs visites.
En France, une étude sur les
applications mobiles dans les musées réalisée en 2011 par
BulkyApps (2) laissait apparaître un intérêt certain des
institutions muséales pour incorporer les technologies mobiles dans
leurs dispositifs de médiation et dans les services proposés aux
visiteurs. Ainsi, parmi les 100 musées français accueillant plus de
10 000 visiteurs par an, 23% disposent déjà d’applications
mobiles et 12% sont en cours de réalisation. Ce sont donc déjà
près de 35% des plus grands musées français qui ont intégré les
mobiles dans leur fonctionnement, certains d'entre eux comme le musée
du Quai Branly disposant d'ailleurs de plusieurs applications et
proposant des dispositifs spécifiques pour certaines expositions
temporaires.
Ce développement des usages mobiles a également bouleversé la relation au public, y compris dans les musées. Comme le soulignait déjà en 1999 le chercheur Stephen Weil (3), les musées ont cessé d'être « à propos de quelque chose » et sont désormais « destinés à quelqu'un ». Le visiteur attend ainsi des contenus différents et des services nouveaux de la part de l'institution.
Pourtant, une étude publiée par les chercheuses Economou et Meintani (4) analysant 71 applications mobiles développées par des musées du monde entier montrait au contraire que la grande majorité des applications jusqu'à présent proposées étaient en réalité essentiellement des audioguides enrichis en images, textes et parfois vidéos, avec de très rares fonctions d'interaction sociale. L'analyse soulignait en outre que ces applications proposaient une vision « auto-centrée », une interaction sociale limitée et des prolongements de visite extrêmement faibles. Enfin, les témoignages d'utilisateurs laissaient apparaître que les visiteurs regrettaient l'isolement procuré par l'utilisation des technologies mobiles pendant la visite.
Le défi du collectif
En novembre 2011, Muséomix proposait à plus de 60 créatifs de tous horizons trois jours de travail intensif pour « remixer » le musée des arts décoratifs à l'heure du numérique. Parmi les 11 propositions finales de nouvelles expériences de médiation dans le musée, seule l'équipe Kaleïdomix a choisi de mettre en place un dispositif sur mobile (5), proposant justement une restitution collective des parcours individuels afin de créer un moment d'échange et d'interactions entre les visiteurs.
C'est le grand défi qui attend les solutions mobiles : (re)donner du sens à l'utilisation des technologies nomades. Le constat de l'individualisation des visites et de l'isolement engendrés par les applications mobiles doit en effet nous amener à repenser l'usage des technologies mobiles pour les transformer en interface d'interaction entre visiteurs, créer la possibilité du dialogue et permettre que l'introduction du mobile dans les musées se fasse au service de l'échange et de l'humain. -------------------------------------
(1) Voir le site http://www.museums2go.com/ qui répertorie mondialement les applications muséales
(2) Étude réalisée auprès des
responsables communication des 100 musées français ayant plus de 10
000 visiteurs par an
(3) WEIL, STEPHEN E. 1999. "From
Being about Something to Being for Somebody: The Ongoing
Transformation of the American Museum."
(4) ECONOMOU, Maria et MEINTANI
Elpiniki, « Promising beginnings? Evaluating museum mobile
phone apps »,
http://www.idc.ul.ie/techmuseums11/paper/paper8.pdf
(5) Voir le site Kaleïdomix : www.kaleidomix.com et l'article publié par
Erasme : http://www.erasme.org/Kaleidomix