Quand les réseaux sociaux évoluent trop vite ?
Facebook n’a pas bugué, ce sont les utilisateurs qui n’ont pas intégré l’évolution de l’interface, et auraient confondu publications et conversations privées. C’est l’explication donnée par le réseau social. Alors, à qui la faute ? Des internautes trop lents ou un réseau social qui évolue trop vite ?
Facebook continue de nier l’existence d’une faille de son réseau ayant conduit au bug qui a causé des sueurs froides à bien des internautes. Pas de rupture des clauses de confidentialité, pas de problème technique, mais un problème d’ordre psychologique. Les utilisateurs de Facebook ont confondu des anciennes publications publiques avec des messages privés, parce qu’ils ont été induits en erreur par la présentation du profil utilisateur.
C’est en tout cas ce que les porte-paroles du réseau social avancent comme explication. Au début de l’année, le profil utilisateur a changé d’apparence. Facebook a proposé d’utiliser ce qu’il a appelé le mode « journal », qui n’a plus du tout l’aspect linéaire que pouvait avoir le « mur » (interface de partage publique) dans l’ancienne version. Quand les utilisateurs sont tombés sur des messages datant de 2007, 2008 et 2009, ils ont été victimes de ce que l’on pourrait appeler un conditionnement visuel, et ont confondu la nature des publications.
Nous voilà arrivés au paradoxe ultime du e-marketing. Pour éviter la lassitude la cible, il faut sans cesse lui présenter un produit nouveau, plus attrayant. Mais à force de vouloir répondre le plus vite possible à ses besoins, on la perd en route, on la dépasse en évoluant trop vite, en se projetant trop loin, en voulant constamment avoir un temps d’avance.
C’est peut-être la leçon la plus intéressante que nous puissions tirer de la folie collective qui s’est emparée des utilisateurs du réseau social, au-delà des débats sur la transparence, les conditions de confidentialité de plateforme qui véhiculent énormément de données personnelles, et la protection de la vie privée.
Facebook n’a pas pris en compte le temps d’adaptation des internautes à la nouvelle présentation. Et dans ce monde où tout va de plus en plus vite, les cerveaux humains restent néanmoins limités. Habitués depuis des années à une apparence ayant relativement peu évolué, ils ont été déstabilisés par des changements trop radicaux.
Aussi accoutumée que soit la génération Y aux nouvelles technologies numériques, il ne faut pas oublier que quand on étudie les profils des utilisateurs, les différentes générations sont également représentées dans des proportions homogènes. Presque la moitié sont âgés de 35 ans et plus. Pour les plus âgés, internet est loin d’être une seconde nature, mais a au contraire été le fruit d’un apprentissage parfois difficile.
A ce titre, l’évolution rapide des interfaces nécessite un temps d’adaptation, il faut retrouver ses repères, réapprendre à manipuler les nouvelles options. Il est compréhensible qu’un changement tel que celui du Journal, qui offrait effectivement une utilisation très différente, mette plus de temps à faire son chemin dans les réflexes des internautes.
Les réseaux sociaux, et au-delà tous les types d’interfaces numériques, feraient bien de faire attention à ne pas vouloir aller plus vite que la musique.