Projet de Loi de Finances 2013 : Plutôt que de taxer notre futur, ne devrait-on pas y investir ?

Le PLF 2013 ignore gravement les motivations, la psychologie et la vie de tous les jours d'un entrepreneur. De plus, la meilleure contribution que peut faire une start-up au redressement de la France n'est-elle pas de créer de l'emploi ? Plutôt que d'essayer de ponctionner les entrepreneurs, ne devrait-on pas réfléchir au meilleur moyen de les aider à créer un maximum d'emplois ? Plutôt que de taxer notre futur, ne devrait-on pas y investir ?

    

Nous avons hésité, Nicolas Cohen et moi-même, qui avons monté ensemble notre start-up il y a près de 4 ans, avant d'intervenir au sujet de cette fameuse loi de finance 2013, ne serait-ce que parce que beaucoup de choses ont déjà été (bien) dites, souvent par des entrepreneurs ayant déjà connu de grands succès.

Mais il nous semble que le point de vue de jeunes entrepreneurs qui sont au début de leur aventure entrepreneuriale et qui n'ont jamais fait ces fameuses plus-values est finalement peu présenté. Nous avons donc décidé de raconter notre petite histoire pour illustrer en quoi cette loi de finance la changerait.

Pour le contexte et avant de démarrer, nous sommes les fondateurs d'une entreprise ALittleMarket.com qui emploie aujourd'hui 20 personnes en CDI et qui contribue à faire vivre plus de 30 000 créateurs et artisans sur sa place de marché. Nous sommes reconnaissants à l'Etat pour tout ce qui a été fait ces dernières années pour les start-up et qui a contribué sans aucun doute à notre développement (défiscalisation ISF pour l'investissement dans les PME, statut JEI, FCPI...)

Mais nous sommes très inquiets de cette loi de finance car nous pensons - au regard de notre aventure - qu'elle ignore gravement les motivations, la psychologie et la vie de tous les jours d'un entrepreneur


1) Qu'est ce qui pousse 2 jeunes comme nous à se lancer? Quelles alternatives avons-nous à l'entrepreneuriat au moment de faire nos choix?

Nous avons démarré notre aventure autour de la trentaine, au moment où nous commencions à construire nos familles et où nos amis investissaient dans leur résidence principale. 

On dit souvent que la fiscalité doit être redistributrice et incitative. Quand on a 30 ans et qu'on a la chance d'avoir amassé un peu de capital, qu'est ce que l'Etat nous incite à faire : 

- Investir dans une résidence principale, en profiter tranquillement jusqu'à la revente pour réaliser une plus-value taxée à 0% ?

- Ou créer son entreprise, travailler jour et nuit pendant des années à un salaire faible voire inexistant pour espérer faire à la fin une plus-value taxée à 60% ? 

Certes, les motivations profondes d'un entrepreneur ne sont pas financières (c'est notre prochain point) mais combien d'entrepreneurs en puissance finissent par être découragés par de tels écarts de traitement ?

Est-ce qu'une société qui met les jeunes face à ce choix est une société de croissance qui regarde l'avenir ?

 

2) Quelles sont les motivations profondes d'un entrepreneur qui démarre ?

On a parfois l'impression en lisant les commentaires sur les réactions des entrepreneurs que nous sommes des patrons assoiffés de plus-values. C'est, à notre sens, gravement méconnaître les motivations profondes d'un entrepreneur.

Est-ce que quelqu'un qui renonce à un emploi stable bien payé tous les mois pour se lancer dans une aventure dont les chances de succès sont très faibles a vraiment ce profil ?

Alors pourquoi s'indigner de cette taxation à 60% si l'argent n'est pas le principal ressort ? Parce que justement, taxer le travail entrepreneurial au même titre que le travail salarié ou que le travail du capital dormant est un manque de reconnaissance du rôle de l'entrepreneur dans la société :

1) Est-ce comparable de placer son argent dans des actions du CAC 40 en attendant que les dividendes tombent ou de le mettre dans une start-up qui a 1 chance sur 10 de réussir mais qui, si elle connaît le succès, créera des centaines ou des milliers d'emplois en France ? 

2) Est-ce comparable de travailler 10 ans dans une entreprise avec 100% de chances de toucher son salaire à la fin du mois ou de créer son entreprise, de se payer au lance-pierre pendant quelques années, de créer de l'emploi pour espérer faire une plus-value à la fin ? 

Est-ce qu'une société qui considère les plus-values du travail entrepreneurial au même titre (ou presque) que les plus-values réalisées par la spéculation boursière est une société inspirante ?

Certes, tous les entrepreneurs ne seront pas taxés à 60% sur leurs plus-values, notamment ceux qui :

- conserveront leurs titres longtemps. Mais est-ce cohérent avec la vie d'une start-up (notamment du numérique) qui doit aller vite et qui, si elle fonctionne bien, aura peut être à changer de management et d'actionnaires au cours de ses premières années pour s'adapter à son évolution et à sa croissance ?

- ne feront pas de très grosses plus-values. Mais n'est-ce pas totalement contradictoire avec l'état d'esprit d'un entrepreneur qui voit grand et qui veut créer des milliers d'emplois ? L'Etat nous incite donc fiscalement à réussir moyennement.

Ce projet de loi n'ignore-t-il pas totalement les ressorts d'un entrepreneur et les spécificités d'une start-up ?

 

3) En quoi cette loi peut changer notre fonctionnement au jour le jour ?

Depuis que nous nous investissons dans notre projet, les réglementations et autres lois impactant les start-up ont changé tous les ans. Il est très difficile dans ces conditions de construire son budget et son plan de financement pour l'année prochaine. Ces incertitudes impactent très concrètement la marche de notre entreprise et ne nous encourage pas à prendre des risques.

Par ailleurs, cette loi de finance met en danger le capital-risque indispensable au développement de nos start-up. Nous avons eu la chance de lever des fonds auprès d'investisseurs particuliers et institutionnels. Chacun sait à quel point l'investissement dans une start-up en France est risqué et souvent à peine rentable. L'argent ne va-t-il pas se détourner de nos start-up dans les années qui viennent ?

Tout le monde doit certes contribuer à redresser les comptes de la France mais la meilleure contribution que peut faire une start-up au redressement de la France n'est-elle pas de créer de l'emploi? Plutôt que d'essayer de ponctionner les entrepreneurs, ne devrait-on pas réfléchir au meilleur moyen de les aider à créer un maximum d'emplois ? Plutôt que de taxer notre futur, ne devrait-on pas y investir ?

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