Autorisez moi la fierté d’être un ENTREPRENEUR et non un pigeon

Ne cassez pas le désir d’entreprendre du plus grand nombre, ne tentez pas de nous fonctionnariser dans vos certitudes et nous transformant en assistés dont la réussite serait bornée à ce que VOUS jugez acceptable. Vous ne le pourrez jamais.

Je dois vous avouer que l’histoire des #Geonpi en France m’a extrêmement choqué et m’a rappelé les jours les plus sombres de ma désillusion numérique, quand nous sommes passés d’une période d’effervescence folle en 1999 où tout semblait possible à 2001 : son exact contraire.
Au début, je me suis dis que ca y était … on prenait conscience du problème, on commençait à se réveiller. Un début d’écosystème des entrepreneurs du numérique en France se mettait en mouvement. Enfin on comprenait qu’une démarche collective était la seule réponse possible face à l’importance des enjeux et au pouvoir de nuisance volontaire ou non de certains.
Et puis très vite, on a vu apparaître les « je ne suis pas un #geoni » et autres critiques pour se désolidariser d’un mouvement peut être trop disparate, trop impréparé certainement mais assurément issu d’un raz le bol généralisé « spontané ». De ce fait, les intérêts de tous ont certainement pâtis de la qualité de la communication, mais fallait-il pour autant condamner l’affaire ? Tenter de la ridiculiser, à lire les réactions outrancières de certains ?
Et de me demander : A qui profite le crime ? quel problème pose la petite attention que porte le gouvernement sur nous ? Qui cela dérange-t-il ? A qui cela enlève quoi que ce soit ?
Au début, je me suis dit à quoi bon réagir … ? D’autre le font très bien, même s’ils ne sont malheureusement pas les plus nombreux. Je pense en particulier à Frédéric Lasnier que je ne connaissais pas :http://www.fredericlasnier.fr/strategie/a-grand-regret-les-investissements-du-pentalabbs-changeront-de-nationalite/
Ensuite, je me suis demandé si j’étais légitime à dire quoi que ce soit … ayant choisi de voler (comme le titre Mme Pulvar) et me poser un peu plus loin, par force des choses ?
Puis sont venues deux énormes gouttes d’eau qui ont fait déborder le vase et me faire prendre le risque d’une parole publique tranchée.

L’une pas bien grave car venant d’une actrice de l’industrie du divertissement.
Tentative pathétique du samedi soir de représenter une certaine élite bien pensante, ayant sous couvert du littré, ronds de serviettes dans les bons endroits parisiens où l’on rencontre plus un frère Begbeider que l’autre. Je parle, par exemple ici de l’édito incroyable de bêtise et de haine de Mme Pulvar qui va jusqu’à ne pas comprendre que tout ce qui nous divise ne renforce même pas l’égo et l’image de celle qui veut exister en s’imposant le parangon d’une pensée dite « libre ».
Mais libre de quoi ? D’informations, d’intelligence, de réflexion ?

Nous sommes dans le « typical french » que je déteste au plus haut point. On ne propose rien. On raconte n’importe quoi. Tout est bon pour pousser à la sacro sainte et surannée lutte des classes. On méprise du haut de sa grandeur. On se gargarise de bruit, tel le coq chantant le matin les pieds dans le fumier et roi de sa basse cours.
On voit bien d’ailleurs que ces propos ne sont pas un hasard et on imagine bien les conversations de salon sous jacentes : « non mais vous comprenez Madame, ces salauds de patrons, ils s’engraissent déjà sur le travail de salariés que l’on jette à la rue au moindre coup de froid venant des bourses et maintenant en plus ils ont le culot décomplexé de vouloir tout garder pour eux, le moment où ils réaliseront la vente de l’entreprise qui leur a apporté richesse, gloire et beauté !!! ».
Ceci ne serait pas bien grave si cela ne venait d’une personne ayant accès naturellement « aux média » et soufflant à l’oreille des grands de ce monde. Et cela ne serait pas trop important non plus si l’un de ces grands n’était justement l’un de nos ministres de tutelle : celui des PME, de l’industrie ET DU NUMERIQUE !
Écrivant cela, je sens poindre la critique et je me dois de préciser que : BIEN SUR j’accorde à la femme le droit de penser autrement que son mari, mais à ce point, c’est inquiétant. Qui plus est sur des sujets aussi fondamentaux. Comment épouser le destin de quelqu’un qui serait fondamentalement différent de ses propres valeurs ?
Un deuxième élément m’a poussé à la rédaction de cette chronique et là, c’est beaucoup plus grave.
Il s’agit des réactions de notre ministre des finances qui malheureusement semble refléter ce que d’aucun disent en coulisse et être dans le meilleur des cas totalement à coté du problème.
Reprenons quelques éléments de cet incroyable échange entre un ministre et un représentant (théorique) de nos problèmes :

1mn24> Ca met en danger tout le système de création de richesse par les entreprises et les entrepreneurs :
à oui et non Monsieur. Toutes ces tentatives de déstabilisation, que j’ose espérer plus maladroites et involontaires que téléguidées mettent en danger l’envie d’entreprendre EN FRANCE. La création de richesse n’est pas du tout le bon terme. Dans le monde qui est le mien, on parle de CRÉATION DE VALEURS. (au pluriel, car l’un des paramètres est l’argent, mais pas que)
Et NON les entrepreneurs ne sont pas en danger car, quand l’envie d’entreprendre nous habite, c’est généralement définitif.
Les mots ont un sens !
Ils sont importants car source de non compréhension de l’essentiel et comme toujours de confusion entre ce qui est de l’ordre du but ou des moyens, des causes et des conséquences.

2mn14> « s’il n’y avait pas cette perspective de récompense, réaliser une considérable plus value le cas échéant  et ne pas être imposé sur cette plus value … s’il n’y avait pas cette perspective, cette récompense, du risque pris, de l’argent investi, du temps consacré, s’il n’y avait pas cette façon de compenser  s’il n’y avait pas cette perspective là, alors, ils arrêteraient.


Si moi je n’ai pas cette perspective dans 20 ans, dans 30 ans … ben j’arrête de me battre.

3 :10 : est ce que j’ai bien compris les termes du problème.  C’est bien ca.  … au fond vous estimez qu’au bout du 10, 15 20 avoir droit à une récompense sans qu’elle soit taxée.

- C’est pas uniquement ça
- C’est quand même un peu ça .


- Et si c’est ça pour 15 à 20 % d’entrepreneurs … ils partiront à l’étranger.
A quel scandale ! Et je suis d’autant plus scandalisé que j’ai l’impression d’être seul à relever ce discours, cette incompréhension feinte je l’espère de notre ministre des finances. Quel scandale de penser cela, tout autant que de le laisser dire.

- Non Messieurs, le moteur des entrepreneurs n’est pas de réaliser une plus value considérable ou non ! Quand on démarre une nouvelle aventure, on ne pense pas à ça … tout au moins pour les très nombreux Entrepreneurs que je connais.
Et quant on est dans l’aventure, croyez moi, on a autre chose à penser. Nos nombreuses nuits blanches sont remplies d’autres problèmes.

- Non Messieurs, nous n’avons jamais demandé de ne pas être imposé sur cette plus value. C’est n’importe quoi !

- Non Messieurs, si nous ne sommes pas des pigeons, nous n’en sommes pas moins des ânes auxquels il faut accrocher une carotte pour mieux les faire courir dans « la bonne » direction.

- Non Monsieur, on ne nous dresse pas à coup de récompenses fusent-elles en plus value ou en légions d’honneur !

- Non Monsieur, nous n’estimons pas avoir le droit à une « récompense » … et surtout pas de votre fait. Nous ne fonctionnons pas comme cela. Nos récompenses viennent de nos réussites collectives, de l’utilité que nous créons, de nos avancées sur un marché, dans un domaine … et du nombre de personnes que nous aidons à vivre un peu mieux chaque jour, j’ose immodestement le penser.
Par contre, si nous n’attendons pas de « récompense » de votre part, nous n’en attendons pas plus de difficultés. Et oui, nous ne sommes pas des pigeons, à un moment … IL SUFFIT ! Payer plus que ce que l’on reçoit et se faire cracher dessus, sans jamais une excuse ou un remerciement : STOP !

- Non Monsieur, les entrepreneurs qui partent à l’étranger (et je suis maintenant bien placé pour le savoir) ne partent pas pour ces raisons … du moins, là encore, pas ceux que je connais. On ne quitte pas son pays pour gagner hypothétiquement un peu plus ou perdre un peu moins. Le moteur est beaucoup plus puissant et ça, c’est d’autant plus grave pour vous. Si pour continuer d’Entreprendre, de vivre sa passion, de réaliser, de se développer, de maintenir des emplois en France, il nous faut partir, alors nous le faisons !

4 :17 : Il faut qu’il y ait cette perspective de récompense  … pour que les gens restent et se donnent du mal.

Ah, non Monsieur ! Il ne faut pas une perspective de récompense pour que les gens restent et se donnent du mal. Nous n’habitons pas dans le même monde et c’est encore un exemple d’incompréhension de plus.  Nous nous donnons du mal et nous restons car entreprendre est comme le vélo : l’arrêt est synonyme de chute assurée. Nous sommes forcés d’aller de l’avant, nous créons une dynamique, un mouvement. Et c’est cela aussi le vrai problème si vous ne l’aviez pas compris … sans nous, point de dynamique, point de mouvement.

8 :42 : celui qui la crée en 4 ans serait plus taxé que celui qui le fait en 12 ans car il serait plus « performant » ?

Ah, non Monsieur ! La performance ne se mesure pas à l’aune de la durée nécessaire à « refourger » sa « boite » à moins malin que soit !
Quelle indécence.

Et Non, Madame, Serge Haroche, prix Nobel de Physique n’a rien d’un raté, c’est juste un ENTREPRENEUR et l’argent n’est certainement pas son but, mais un facteur limitant, comme il l’est pour tous les entrepreneurs !

- Mais OUI , Messieurs nous demandons à être RESPECTES et que l’on arrête de parler en nos noms et de dire n’importe quoi !

- Oui, Messieurs, le désir d’entreprendre est plus fort que tout … et dépasse les polémiques, les insultes, les difficultés et bien sûr les frontières. Mais ce désir est fragile quant il s’agit de répondre à la question : QUAND, OU et COMMENT. Et là, vous avez votre utilité et nous vous attendons !!!

Oui, Messieurs et Madame, ENTREPRENDRE n’est pas l’apanage des quelques toujours mêmes dont on nous rabâche les oreilles. Chacun de nous peut l’être, à son niveau, dans son secteur, de sa propre façon, aussi bien dans le secteur numérique qu’un autre, de l’entreprise que des professions libérales, des indépendants, dans une PME de croissance ou un grand groupe et même dans des écoles ou à l’hôpital voir aussi en politique  … si, je vous l’assure, j’y ai rencontré des gens ENTREPRENANTS et qui pensaient que c’ était là le meilleur endroit pour qu’eux aussi prennent part à leur rêve de « change the world » !

Il n’y a pas d’entrepreneurs plus nobles ou plus « mieux » que d’autres. Pour moi, il y a des gens qui entreprennent et il y a les autres. Et là encore je ne classifie pas entre le bien et le mal, je dis juste qu’un entrepreneur est quelqu’un qui se prend en main et qui veut faire avancer les choses en ne croyant pas au fatalisme et à la prédétermination de l’homme et qui accepte d’en prendre un peu plus sur les épaules que d’autres.

- Mais oui Messieurs, ce n’est pas parce que nous travaillons dans des PME de croissance, dans le numérique, qu’il faut que nous soyons moins bien traités ou mis au banc de la société comme des éternels enfants gâtés !

Et oui, Messieurs et Madame, je suis furieux du spectacle que vous nous donnez à voir et de l’image que vous vous faites de nous.
Je suis furieux de voir qu’en France, rien ne change et que la jalousie pousse toujours à regretter les avantages obtenus par l’autre. Comment peut on penser que l’on en a déjà bien assez fait après la danse de Sainguy  autour du CIR et de la JEI ?
Il s’agit ici et vous le savez, de tenter de distordre le champ des réalités et le coût du travail en France, tout en maintenant sur notre territoire une main d’œuvre très recherchée ailleurs. Et que l’on ne me dise pas qu’il n’est pas un frein … il n’y a que ceux qui ne sont jamais sorties de nos frontières, qui ne savent pas ce qu’est une entreprise et n’ont jamais embauché en Asie ou même aux Etats-Unis (et je ne parle pas de la Roumanie ou de l’Inde) pour ne pas le comprendre.
Je suis furieux de voir que vous ne comprenez pas la lassitude qui s’installe au fur et à mesure des années par toutes ces petites « piques ».
Un jour il nous est expliqué que le CIR va être remis en cause, un autre que c’est la JEI, un troisième que l’outils de travail va être intégré dans le champ de l’ISF, un quatrième que les plus values de cession seront taxées comme le travail, un cinquième que pour permettre de donner des stocks options à des collaborateurs salariés dans nos filiales, il faut payer de l’URSSAF en France … mais bon sang ! ( © JMP 1995) : vous pensez que nos vies ne sont déjà pas assez compliquées comme cela ? vous pensez que le contexte économique général et mondial n’est pas assez difficile pour devoir en rajouter ?
Vous pensez que nous n’avons pas autre chose à faire … nous les salaud de patrons qui investissons pour créer de l’emploi et de l’utilité EN FRANCE … qui tentons de nous développer à l’international pour être moins dépendants de cycles économiques et des virements de bords incessants, des incertitudes systématiques et de la frilosité et du manque d’enclin de la part de certains à travailler avec des PME FRANCAISES ? Et oui, le délit de sale gueule, on connaît, nous aussi !
La situation est grave car pour moi le moteur de l’envie d’entreprendre EN FRANCE est atteint.
A titre personnel, quelque soient les difficultés et ce que cela m’a couté (j’y reviendrais), j’ai toujours considéré qu’il était de mon devoir de démontrer à mes enfants qu’ici aussi et maintenant, ENTREPRENDRE était possible. Que la France pouvait être le berceau de grandes réalisations et que la Californie, Google ou Apple n’étaient pas inéluctables.
Quand je perdais un peu espoir, quand le poids du quotidien était trop fort, je repensais à nos grands parents et je me disais que nos « petits » problèmes étaient loin des défis qu’ils avaient relevés : deux guerres mondiales, l’invention de tout ce qui forge notre quotidien aujourd’hui, au risque de leur réputation, de leur vie de famille, de leur confort et de leur fortune personnelle et parfois même … au prix de leur vie. Par respect pour leur mémoire, je me disais que je devais me relever, serrer les dents et continuer.

Et bien ça, comme le dirait une publicité, c’était avant. Aujourd’hui, c’est le changement !

SVP, Messieurs (et Madame), ne cassez pas mon pays. Je vis aujourd’hui aux Etats-Unis parce que je pense que c’est mieux, non pas pour ma plus value potentielle, mais pour l’avenir d’une centaine de collaborateurs que j’ai la chance de diriger et dont la plupart sont encore en France … par choix et par fierté. C’est mieux pour mon rêve, mon ambition. C’est mieux par respect pour le travail patiemment et durement accompli pendant 12 ans … grâce et avec nos collaborateurs, nos clients ET des investisseurs qu’il convient aussi de respecter !

Permettez moi de penser que poursuivre le développement de cette aventure, ici et ailleurs continue d’être possible, aussi, par respect de la mémoire de mes pères.

Ne cassez pas le désir d’entreprendre du plus grand nombre, ne tentez pas de nous fonctionnarisez dans vos certitudes et nous transformant en assisté dont la réussite serait bornée à ce que VOUS jugez acceptable. Vous ne le pourrez jamais, vous n’en avez pas les moyens. Cela couterait bien plus cher que les 3% de déficit et en plus, ce n’est pas ce que nous demandons.
La liberté de penser d’un chanteur a au moins autant de valeur que notre liberté d’ENTREPRENDRE !
Si j’avais UN conseil
… juste un … cela serait de tenter de retrouver du sens dans tout ce bruit et surtout de toujours refuser systématiquement les discours qui divisent et qui sclérosent. Il n’y a pas d’un coté les « salauds de patrons » /les Entrepreneurs et les autres. Il y a des entrepreneurs qui ont envie que le pavillon fançais flotte fièrement. Ne coulez pas un bateau qui prend l’eau et dont les entrepreneurs s’occupent au quotidien de mettre à flot en souquant ferme et en bouchant les fuites toujours plus nombreuses.
Permettez aux entrepreneurs de remonter des soutes pour venir tenir la barre … vous verrez, cela pourrait marcher !
Et enfin, autorisez moi la fierté d’être un ENTREPRENEUR et non un pigeon et de ne pas avoir à regretter de ne pas être une rock star, un philosophe, un footballeur ou une « journaliste à la langue bien pendue » pour devoir bénéficier d’un traitement de faveur et d’être écouté et entendu …

 

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