Le paiement mobile : du mythe à la réalité

Le paiement mobile constitue un « buzzword » depuis près de dix ans. Les réalités de développement des services afférents sont cependant encore très contrastées.

Si l’explosion des usages a réellement eu lieu dans certaines régions telles que l’Afrique de l’Est où M-Pesa constitue la success story connue de tous, les spéculations vont encore bon train sur les horizons temporels auxquels les services de paiement mobile seront massivement adoptés dans les pays de l’OCDE.

Les services de paiement mobile peuvent être segmentés en quatre catégories

La première inclue les services financiers « basiques » où l’opérateur vient se substituer aux banques. Il s’agit ici des services de dépôt et de retrait de cash ainsi que des services de transfert bancaire. Les opérateurs incluent également des services de transfert de crédit téléphonique et de top-up (rechargement du crédit téléphonique de son propre compte) qui leur permettent d’accroitre leur réseau de distribution et d’en optimiser les coûts opérationnels. Ces services s’adressent donc aux populations non bancarisées et répondent à un besoin fort de substitution au cash et de transfert à distance.
La deuxième catégorie est une prolongation transfrontalière de la première proposant des services de transfert monétaires internationaux. Ceux-ci ciblent les diasporas et représentent un marché en forte croissance d’une part liée à l’augmentation globale des mouvements internationaux de population et d’autre part à l’augmentation des transactions en ligne. Le troisième segment inclue l’ensemble des services de paiement qu’il s’agisse de versement de salaires, de paiement de facture récurrente telle que sa facture d’électricité ou de paiement en boutiques auprès des commerçants locaux. La dernière catégorie comprend l’ensemble des services financiers plus évolués tels que ceux de micro-crédits et de crédit, ou des outils diversifiés comme les assurances. 
Dans cet ensemble, il est important de bien percevoir que la grande majorité des usages est générée par la première catégorie de services, le Phone to Phone représentant une forte proportion des transactions en valeur. Les services plus « avancés » de paiement ou de micro-crédit se développent progressivement à destination des populations non bancarisées mais représentent encore une faible partie des usages. Les populations bancarisées n’ont à l’opposé qu’un faible intérêt pour les services « basiques ». Elles n’ont en effet pas d’intérêt à gérer l’équivalent d’un second compte bancaire électronique si celui-ci ne présente pas des avantages significatifs. Le besoin client réside ici dans l’utilisation de son mobile pour réaliser ses paiements de façon plus pratique et sécurisée ce qui s’articule autour de la technologie sans contact NFC. Si de très nombreux pilotes et initiatives ont eu lieu dans ce domaine, aucune n’a encore débouché sur une adoption massive.
Le panorama mondial des usages de services de paiement mobile doit évidemment être mis en regard de ces clés de lecture. D’une part, développement assez massif de services de substitution bancaire et d’autre part adoption encore faible pour les populations bancarisées. Si l’Afrique de l’Est a été le berceau du paiement mobile avec le succès connu de M-Pesa  au Kenya (offre de paiement mobile de l’opérateur Safaricom qui représente aujourd’hui plus de 18 % de son chiffre d’affaires global [1]) puis dans les pays limitrophes, la réussite s’est globalement étendue à l’ensemble de l’Afrique Subsaharienne. Cette dernière représentait 52 % des déploiements mondiaux de services de m-paiement à fin 2013 [2]. Viennent ensuite les zones Asie du Sud-Est/Pacifique qui comptabilise 28 % des services commercialisés, l’Amérique Latine 13 % et le Maghreb/Mi ddle-East 6 %. Ces zones présentent des taux de bancarisation croissants de 20 % à près de 50% en moyenne même si de forts écarts peuvent être observés dans certains pays. L’Egypte présente par exemple un taux de bancarisation d’environ 11 % et est l’un des potentiels majeurs de développement dans les années à venir.
Si le développement de l’usage va à l’évidence se poursuivre sur les zones les plus matures, il y a fort à parier que le l’Amérique Latine et le Maghreb/Middle-East seront les prochaines régions à adopter massivement le service.
Les transferts monétaires internationaux particulièrement en Phone to Phone devraient également connaître une croissante très forte. Si de premières initiatives intéressantes ont été lancées telle que celle d’Orange qui propose depuis juillet 2013 des transferts de mobile à mobile entre Côte d’Ivoire, Sénégal et Mali, celles-ci devraient se généraliser et accroître les volumes de transaction à la fois entre pays limitrophes et entre corridors nord/sud.
Il est intéressant de se pencher sur les facteurs clés de succès du service en Afrique Subsaharienne : la réponse à des besoins clients forts (gestion d’un portefeuille électronique, transfert d’argent à distance), un réseau de distribution très dense, un service pratique, fiable et sécurisé. Le paiement par mobile dans les pays développés a jusque-là peiné à réunir l’ensemble de ces facteurs, étendue du réseau de distribution et sécurité du service particulièrement. Le déclic pourrait comme dans d’autres domaines par le passé venir d’Apple dont l’ApplePay lancé très récemment semble être proche de réunir l’ensemble de ces ingrédients.

Chronique rédigée par Jean-Michel Huet, Associé BearingPoint et Olivier Darondel, Manager BearingPoint

[1] Pyramid Research – Africa Middle-East Insider Report 2013
[2] GSMA – State of the Industry, 2013

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