TRIBUNES > JEAN-CHRISTOPHE JANICOT
RECHERCHER UNE TRIBUNE
Les experts s'expriment sur le Journal du Net
 LA TRIBUNE DE JEAN-CHRISTOPHE JANICOT 
La charte des comparateurs de prix consacre un modèle économique dépassé
Dans les faits, la charte des comparateurs de prix s’adresse à des comparateurs fonctionnant sur un modèle économique au coût par clic et empêche tous les autres acteurs d’y adhérer. Logique, puisque les créateurs et signataires de cette charte, fonctionnent tous au CPC...
(17/07/2009)
Envoyer   |    Imprimer

Avant de pouvoir prétendre à l'audit préalable à l'obtention du label des comparateurs de prix, la FEVAD fournit au demandeur une liste de pré-requis. Le point numéro 4 indique que si le comparateur veut adhérer à la charte, il devra avoir des contrats directs avec l'ensemble de ses clients (marchands). La possibilité de sous-traitant est évoquée, mais impose l'audit de chacun de ceux-ci.

A plusieurs milliers d'Euro l'audit, la note peut vite devenir salée... voire épicée pour un comparateur fonctionnant au CPA (Coût par acquisition) qui utilise de nombreux sous-traitants matérialisés par des sites nommés "Plateforme d'affiliation". En pratique, le logo ne pourra donc être apposé que par les 7 signataires (EasyVoyage, Kelkoo, LeGuide.com, Pangora, pricerunner, shopping.com et Voyagermoinscher) de cette même charte, puisqu'ils fonctionnent tous sur un modèle de contrat direct au CPC.

Le business modèle des comparateurs de prix se classe en deux catégories distinctes, qui peuvent s'affronter ou fonctionner ensemble : le CPC et le CPA respectivement le "Coût par clic" et le "Coût par acquisition".

Dans le modèle au CPC, lorsqu'un internaute clique sur le produit qui l'intéresse, son action est décomptée par le comparateur de prix qui la facture en fin de mois au marchand. Ce modèle est aujourd'hui à mon avis dépassé car il est à sens unique, il est en faveur du comparateur, et ne correspond ni à la réalité, ni aux attentes des boutiques de E-commerce. De plus, de nombreux points mériteraient d'être éclaircis. Parmi ceux-ci en voici trois :

- Premier point : il n'existe tout d'abord aucun standard qui définisse aujourd'hui la notion de clic facturable. Un marchand pour le même nombre de clics au final  (donc la même prestation) pourra payer des factures différentes (du simple au double) en fonction des comparateurs, parce que l'unicité du clic qui est facturé, est une notion propre à chacun (unicité par produit / Internaute, par marchand / Internaute ... sur une durée de temps pouvant être variable).

- Second point  : de nombreux marchands sont obligés dans ce modèle économique de budgéter leur investissement. Exemple : un marchand définit 200 euros de budget mensuel sur un comparateur au clic. Le 15 du mois, le marchand disparait parce que ce montant est atteint. Si les soldes commençaient le 20 du mois, le marchand ne sera pas présent sur le comparateur pendant une des semaines les plus importantes de l'année ! De plus dans ce système, l'internaute ne voit pas les mêmes offres en début de mois qu'en fin de mois...

- Troisième point : le marchand en général ne fournit pas au comparateur l'intégralité de son catalogue. Pourquoi ? Parce qu'il préfèrera payer des clics sur des produits à forts potentiels de vente. Il fournira donc en priorité les produits les plus vendus : la visibilité de certains marchands est donc tronquée. Ce qui peut fausser la perception d'un internaute, qui voyant la présence du logo d'un marchand sur un comparateur de prix, peut penser que l'ensemble de son offre est présente : ce qui n'est pas toujours le cas !

Le modèle au CPA est un modèle basé sur un fonctionnement "Gagnant-Gagnant" entre le comparateur et la boutique. Ce modèle utilisé par Touslesprix.com (avec 90% des marchands partenaires, 10% sont au CPC) peut se résumer ainsi : Si le comparateur ne génère aucune vente sur le site marchand, il ne prend pas de commission (il ne gagne pas d'argent), s'il en génère, tout le monde en gagne. Un commercial gagne t'il de l'argent simplement pour aller rendre visite à des personnes ?...non ! Il en gagne parce qu'il vend. De plus, dans ce modèle, il n'y a pas de budget limité et le marchand fournit en général l'intégralité de son offre : c'est dans son intérêt.

La conception, même, du site comparateur de prix est donc fonction du modèle choisi à savoir, CPC ou CPA.

Au CPA, envoyer des clics vers un marchands ne rapporte rien, donc le comparateur est forcé de travailler en permanence son offre afin que le ratio clics / ventes c'est-à-dire le Taux de conversion, soit le meilleur possible pour tous les marchands. Au final, tout le monde s'y retrouve, l'internaute parce qu'on lui présente des informations pertinentes et complètes, et le commerçant, parce qu'il est considéré et traité comme un partenaire.

Lorsqu'un marchand souhaite fonctionner dans un modèle au CPA, il insère sur son site Internet un code informatique qui lui permet de suivre les ventes du comparateur. Plutôt que de multiplier les codes informatiques (1 par comparateur), de nombreux marchands utilisent des plateformes techniques nommées "plateformes d'affiliation" qui fournissent 1 code informatique unique permettant de suivre les ventes de tous les comparateurs au CPA et d'autres sites Internet. La plateforme technique, fait en plus dans ce cas office de "Tiers de confiance". Hors, le fait de passer par une plateforme, interdit au comparateur la signature de la charte. En tout cas, les pré-requis fournit par la FEVAD ne sont pas très clairs quand à l'audit des sous-traitants.

J'invite donc le ministère de l'économie et la FEVAD à revoir leur position sur la charte des comparateurs, et à ouvrir une consultation avec l'ensemble des acteurs de la comparaison de prix (CPC, CPA, plateformes d'affiliation ...) pour la réalisation d'une charte plus adaptée à la réalité du marché.

Envoyer   |    Imprimer
VOS REACTIONS, VOS COMMENTAIRES 

La charte des comparateurs de prix consacre un modèle économique dépassé

  (Yann)

Tout à fait d'accord avec cette analyse et avec sa conclusion.

Yann
Compavols.com (18/07/2009)

La charte des comparateurs de prix consacre un modèle économique dépassé

  (Philippe)

C'est ce que je dis dans un cercle plus restreint depuis un an. Avec le CPC, seul le comparateur est gagnant, même si par accident le vendeur l'est aussi.
Seule une vente peut générer du revenu pour tous.
Si les comparateurs veulent vendre du service (c'est ce qu'ils disent) alors la valeur ajoutée doit être forte et mesurable (et elle ne l'est pas ou pas simplement).
Passez donc tous au paiement sur conversion, c'est le seul économiquement défendable. (18/07/2009)

La charte des comparateurs de prix consacre un modèle économique dépassé

  (Stéphane Bédon-Rouanet)

Article très intéressant... et surtout pertinent.
Bien sûr, M. Janicot prêche pour sa paroisse, mais dans la mesure où il soulève de vrais problèmes, on ne lui en voudra pas.

Le coût par clic (CPC) dans les comparateurs est effectivement une aberration, obligeant les marchands a des stratégies ridicules pour préserver leur budget (écrêmage du catalogue, notamment).
Alors que le coût par acquisition (CPA) est idéal. Il oblige juste l'équipe du comparateur à bosser continuellement pour améliorer le taux de conversion, au lieu de juste se reposer sur la "rente" des clics payants.

Le poids des gros acteurs du marché (Kelkoo, EasyVoyage et compagnie) leur permet aujourd'hui d'imposer leur mode de fonctionnement aux marchands, tout comme les grandes surfaces dictent leur loi aux petits producteurs. Et ce n'est pas forcément le client qui en bénéficie (les marchands préférant leur présenter des produits à forte marge ?) !

Mais la crise financière aidant, peut-être que certains se poseront enfin les bonnes questions... (18/07/2009)

La charte des comparateurs de prix consacre un modèle économique dépassé

  (Hervé lemoine)

Jean-Christophe,
Je ne commenterai pas ton analyse sur le CPC et le CPA mais sache qu'elle est hors sujet par rapport à la charte des comparateurs. En aucun cas la charte n'exclut les comparateurs qui travaillent sur un modèle au CPA et/ou par l'intermédiaire de plateformes d'affiliation.

Dans ce dernier cas, il y a bien une relation entre le marchand et le comparateur.

Tu es donc le bienvenu pour rejoindre les signataires de la charte si toutefois, tu ne les trouves pas trop dépassés et "ringards"...

Hervé Lemoine, Easyvoyage (20/07/2009)

La charte des comparateurs de prix consacre un modèle économique dépassé

  (Jean-Christophe Janicot, Touslesprix.com)

Voici les pré-requis 4 et 5 :

4/ avoir établi des relations contractuelles directes avec les responsables des sites marchands dont les produits et/ou services sont présentés et leurs prix comparés sur le site comparateur.

5/ par dérogation au point 4 ci-dessus, en cas de sous-traitance de tout ou partie des services offerts via le site comparateur, [...] le candidat devra informer l'auditeur de l'existence d'une telle sous-traitance, préalablement à la réalisation de l'audit du candidat. Le sous-traitant du candidat fera l'objet d'un audit pour les prestations qu'il fournit au candidat permettant à ce dernier d'opérer tout ou partie du site comparateur. [...]

CQFD (21/07/2009)

La charte des comparateurs de prix consacre un modèle économique dépassé

  (Hervé Lemoine)

Sous-traitance d’une chaine ou d’une offre auprès d’un autre opérateur, et contractualisation commerciale avec un marchand par l’intermédiaire d’une plateforme d’affiliation, sont bien entendu deux choses très différentes… (21/07/2009)

La charte des comparateurs de prix consacre un modèle économique dépassé

  (joseph)

Pas du tout d'accord avec cette analyse, le CPA n'est absolument pas du gagnant-gagnant: le comparateur ne gagne que si le marchand gagne, et le marchand gagne que s'il est assez bon pour faire une vente et ne gaspille pas l'internaute envoyé par le comparateur. Pourquoi le comparateur devrait faire une croix sur sa rémunération si le marchand ne fait pas sa vente ?
En résumé, le comparateur doit être rémunéré pour ce qu'il sait faire : apporter un prospect à un client, et rien d'autre.
Libre au client (le marchand) de faire ce qu'il veut du prospect.
Quand à la charte, je doute qu'elle serve à quelque chose si ce n'est à savoir quels sont les comparateurs les plus riches... (21/07/2009)

Re : La charte des comparateurs de prix consacre un modèle économique dépassé

  (Stéphane Bédon-Rouanet)

"En résumé, le comparateur doit être rémunéré pour ce qu'il sait faire : apporter un prospect à un client, et rien d'autre.
Libre au client (le marchand) de faire ce qu'il veut du prospect."

Dans un monde parfait, oui.
Dans la réalité, non. Un e-marchand sait très bien que l'internaute clique partout et n'importe où, souvent par curiosité sans aucune intention d'achat, par automatisme, par dépit de ne pas trouver mieux, etc. Et une fois de temps en temps, avec pertinence.

Le rôle du comparateur est d'amener un prospect de qualité, et non un afflux maximal de tout et n'importe quoi.
Ce problème se pose d'autant plus dans l'affiliation ! (On le retrouve également dans la publicité contextuelle, typiquement Google Adwords, mais c'est un autre débat.)

Avec le "clic compulsif", le marchand engloutit son budget pour un résultat ridicule. En conséquence de quoi, il doit sabrer dans son catalogue pour pouvoir rester présent dans le comparateur à coût raisonnable. Il y a des sabrages salutaires, certes, mais d'autres pas du tout (le marchand privilégiera par exemple ses produits haut de gamme, au détriment des "petits clients").

Laisser toute la responsabilité au marchand, c'est valider l'irresponsabilité du comparateur en termes de "clics compulsifs"... C'est valider le modèle où le comparateur cherche à envoyer le maximum de prospects au marchand, quitte à ce qu'ils soient d'une qualité déplorable. Facturons au clic, mais dans ce cas, le comparateur doit veiller à limiter les clics "pourris" ! (08/09/2009)

RUBRIQUES

Tous nos articles