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 LA TRIBUNE DE LAURENT MOISSON 
Comment percer sur le secteur des jeux d'argent en ligne
Le marché Français du pari, encore largement monopolistique, doit s'ouvrir en 2009. Mais qui seront les gagnants ? Quelles sont les questions qui décideront du succès des uns et de l’échec des autres ? Voici quelques thèmes qui pourront décider de cette issue
(27/11/2008)
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Quelle est votre capacité à générer de l'audience ?
La plupart des systèmes de pari rémunèrent le risque que prennent les parieurs en redistribuant une partie des enjeux qu'ils collectent. Ainsi, s'il y a peu de parieurs, donc peu d'enjeux, il y a peu d'argent à redistribuer et, finalement... peu d'intérêt à parier. Par conséquent, le premier facteur clé de succès d'un site de paris en ligne est sa capacité à attirer un flux de parieurs important, c'est-à-dire à générer de l'audience. Sans audience, pas de succès.

Faire soi-même ou s'appuyer sur des partenaires ?
Chaque type de jeu a sa propre mécanique. Et chaque mécanique est plus ou moins simple à mettre en place. Tout dépend de là où réside la valeur ajoutée d'un système. La politique de partenariat des futurs acteurs doit en tenir compte. Ainsi :

Pour les jeux de Casino et de poker, par exemple, la valeur ajoutée réside dans l'application (qui gère les actions de joueurs et distribue de façon aléatoire des cartes...) et dans l'audience du site (qui permet de se connecter rapidement à une table de jeu ou non). Or, il existe, en la matière, des applications sur étagère simples à acheter et à intégrer. Au passage, créer de telles applications n'est pas d'une grande complexité. Certains gros acteurs pourraient même se passer des intermédiaires qui les fournissent.

C'est beaucoup plus compliqué pour les paris hippiques et sportifs. Parce qu'en la matière, c'est l'information qui fait le pari. Il faut donc offrir aux parieurs un flux permanent et abondant de nouvelles fraîches et attirer leur attention sur les évènements susceptibles de les faire jouer. C'est ce que savent faire les grands sites de pari. Et il n'est pas certains que tous les candidats à l'acquisition d'une licence de jeu sachent le faire aussi bien qu'eux. Le passage de partenariats avec les sites de paris hippiques et sportifs existants est donc une hypothèse à considérer avec sérieux.

Dernier élément de complexité : la masse des enjeux. C'est le montant global misé par les joueurs sur un évènement particulier. Il est capital que cette masse soit importante sur les jeux de loterie et sur les paris hippiques (parce que ces derniers sont des paris mutuels, en France). Sans cela, il n'est possible de redistribuer que de très faibles montants aux joueurs. La question est particulièrement sensible sur le turf.
Il n'existe aujourd'hui que deux acteurs disposant d'une masse d'enjeux suffisante : le PMU et Zeturf. Les autres n'en ont pas et rencontreront toutes les peines du monde à s'en constituer une (le pari mutuel assisté est interdit, si bien que les premiers joueurs d'un système ne pourront se partager que leurs faibles enjeux, ce qui les mécontentera. Ils auront donc quitté le site avant qu'ils ne soient rejoints pas de nouveaux joueurs, qui partiront à leur tour, faisant face au même problème). Pour les systèmes de jeux mutuels, le passage de partenariats avec des acteurs existants nous paraît être la solution la plus raisonnable.


Marque blanche, marque propre ou sous-marque ?

Un acteur du marché du pari ou une société positionnée sur un secteur afférant (média d'information hippique ou sportif, par exemple), pourra utiliser sa marque comme un atout. A condition, tout de même, de prendre garde à ne pas dégrader son image en offrant un système de jeu qui fonctionne mal. La dimension technique des systèmes de paris est un enjeu réel. Mieux vaut ne pas se tromper de prestataire.
 
-  Une marque grand public et généraliste, qui sert un business model qui ne dépend pas du pari ou de l'univers qui s'y rattache (médias généralistes, grands portails Internet, opérateurs téléphoniques...), n'a pas intérêt à opérer sous sa marque. Parce que statistiquement, les parieurs perdent (c'est même le fondement du modèle économique), et les gens qui perdent peuvent se transformer en mauvais perdants à tendance paranoïaque. Bref, il y a des chances qu'ils en veuillent à l'opérateur de pari, qu'ils se fâchent et qu'ils le quittent, ce qui serait susceptible d'affecter l'image de marque et le chiffre d'affaires de l'opérateur. C'est pour cela que l'utilisation d'une marque tierce (celle d'un partenaire ou une marque créée pour l'occasion) est une solution à considérer.

Quel timing ?

Il est bien plus tard que vous ne croyez... Il existe déjà, depuis des mois, des années même, une offre permettant aux français de parier en ligne. Cette offre est large et d'une grande qualité. Les acteurs qui la constituent sont de bons professionnels du marketing sur internet. Ils acquièrent tous les jours de nouveaux clients, qu'ils fidélisent efficacement à grand renfort de campagnes d'animation. Ils fortifient leurs positions avec le temps et seront prêts pour les défendre lors de l'ouverture officielle.
D'ici-là, les coûts d'acquisition auront très largement progressé et il sera bien plus coûteux de prendre des parts de marché.

Alors, certes, il n'est pas simple pour une marque à forte notoriété de se lancer avant d'avoir reçu un "go" officiel et légal. C'est même hors de question pour la plupart d'entre elles. Mais il est plus que temps qu'elles avancent dans leurs choix. Surtout en matière de partenariats. Car les acteurs crédibles ne sont pas si nombreux que cela et le rapport de force pourrait pencher un peu plus en leur faveur, à mesure qu'on se rapprochera de l'échéance. En un mot, il n'est pas encore trop tard, mais plus du tout trop tôt !
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VOS REACTIONS, VOS COMMENTAIRES 

Pas d'accord

  (John Samson)

Pas d'accord sur cette tribune, voici pourquoi :

"La plupart des systèmes de pari rémunèrent le risque que prennent les parieurs en redistribuant une partie des enjeux qu'ils collectent."
=> FAUX. La plus part des systèmes de paris sportifs sont des systèmes de "bookmaker": l'opérateur fixe une côte sur un évènement sportif et se rémunère lui-même en sous-évaluant la côte réelle (la probabilité) de l'évènement sportif.

"Ainsi, s'il y a peu de parieurs, donc peu d'enjeux, il y a peu d'argent à redistribuer et, finalement... peu d'intérêt à parier."
=> FAUX, si il y a peu de parieurs, le choix de paris et les côtes ne changent pas, l'intérêt pour le parieur reste le même. Le bookmaker perd en volume d'affaires certes.

Par conséquence, un nouvel acteur du pari sportif n'a pas forcément besoin "d'attirer un flux de parieurs important" dès le début, il peut augmenter progressivement son audience.
Par contre les systèmes de "betting exchange" (plus complexes à comprendre pour l'utilisateur et moins utilisés) comme utilise Betfair, l'argument "peu de parieurs donc peu d'intérêt" tient la route.

"Au passage, créer de telles applications (de casino ou poker) n'est pas d'une grande complexité. Certains gros acteurs pourraient même se passer des intermédiaires qui les fournissent."
=> FAUX, ces applications sont aujourd'hui très avancées et le fruit de milliers d'heures de développement. Playtech, Microgaming, Orbis et autres pourront en témoigner.

"Une marque grand public et généraliste, qui sert un business model qui ne dépend pas du pari ou de l'univers qui s'y rattache (médias généralistes, grands portails Internet, opérateurs téléphoniques...), n'a pas intérêt à opérer sous sa marque. Parce que statistiquement, les parieurs perdent (c'est même le fondement du modèle économique), et les gens qui perdent peuvent se transformer en mauvais perdants à tendance paranoïaque."
=> FAUX, Virgin Games, The Sun Bingo (le plus gros site de bingo au Royaume-Uni) et d'autres ont prouvé le contraire outre-manche. (06/12/2008)

Pas d’accord sur votre désaccord !

  (Laurent Moisson)

Bonjour Monsieur,

Mes réponses se trouvent à la suite des points de désaccord que vous avez listés et commencent par LM.

1. "La plupart des systèmes de pari rémunèrent le risque que prennent les parieurs en redistribuant une partie des enjeux qu'ils collectent. Ainsi, s'il y a peu de parieurs, donc peu d'enjeux, il y a peu d'argent à redistribuer et, finalement... peu d'intérêt à parier."

=>FAUX. La plus part des systèmes de paris sportifs sont des systèmes de "bookmaker": l'opérateur fixe une côte sur un évènement sportif et se rémunère lui-même en sous-évaluant la côte réelle (la probabilité) de l'évènement sportif.
=> FAUX, si il y a peu de parieurs, le choix de paris et les côtes ne changent pas, l'intérêt pour le parieur reste le même. Le bookmaker perd en volume d'affaires certes.

LM : Certes, les systèmes de pari à côte fixe n’ont que faire de la masse commune et ne redistribuent pas mécaniquement une part fixe de leurs enjeux. En tout cas en théorie. Car pour rémunérer correctement le risque pris par un joueur, il faut un volume d’enjeux important. A moins que :
- Vous soyez en mesure de garantir que vos joueurs perdent toujours (si vous savez faire cela, je veux bien vous embaucher),
- Vous offriez des côtes peu intéressantes afin de limiter votre risque. J’ai bien peur que ce choix limite l’attrait de votre offre.
- Que le bookmaker accepte de ne pas répartir son risque sur une diversité importante de paris. C’est donc lui qui prend un risque. Ce qui arrive : exemple, dernière coupe d’Europe de Football. Et s’il lui arrive de perdre gros, et qu’il veut être solvable et rentable sur le long terme, il faut qu’il puisse se refaire derrière et, pour se refaire, il lui faut un volume d’enjeux important, généralement généré par une bonne audience.

2. Par conséquence, un nouvel acteur du pari sportif n'a pas forcément besoin "d'attirer un flux de parieurs important" dès le début, il peut augmenter progressivement son audience.

LM : D’accord avec vous pour le pari sportif (qui semble être votre spécialité) mais, ça ne fonctionne pas :
- Pour le pari mutuel : si vous n’avez pas de masse commune, vous jouez contre vous-même, ce qui n’est pas intéressant (c’est le montant des enjeux qui est redistribué. Si ce montant est faible, les gains sont capés et les côtes ne peuvent pas être intéressantes).
- Pour les sites de poker et quelques autres jeux de casino : Aucun joueur n’acceptera d’attendre plusieurs minutes pour qu’une table de poker se remplisse. Surtout qu’en l’occurrence, la concurrence est rude. Il faut donc de l’audience, tout de suite, sous peine de passer votre temps à recruter des joueurs qui partent aussitôt.

3. "Au passage, créer de telles applications (de casino ou poker) n'est pas d'une grande complexité. Certains gros acteurs pourraient même se passer des intermédiaires qui les fournissent."
=> FAUX, ces applications sont aujourd'hui très avancées et le fruit de milliers d'heures de développement. Playtech, Microgaming, Orbis et autres pourront en témoigner.

LM : J’imagine bien que Playtech, Microgaming, Orbis ou d’autres vont nous expliquer que leur métier est d’une complexité inouïe et qu’il vaut mieux passer par eux pour créer des systèmes de jeux en ligne. C’est clairement leur intérêt. Malheureusement, je ne suis pas de cet avis.
Il est vrai que les sites à petites audiences n’ont aucun espoir d’amortir de tels investissements. Par contre, des géants du web ou des télécoms peuvent clairement faire sans eux.

4. => FAUX, Virgin Games, The Sun Bingo (le plus gros site de bingo au Royaume-Uni) et d'autres ont prouvé le contraire outre-manche.

Là, je vous laisse assumer cette déclaration. Il n’est pas certain que toutes les marques de média et de télécoms prennent le risque de se trouver traîner devant la presse ou les tribunaux pour des affaires d’addiction ou de blanchiment par des parieurs malchanceux (et mauvais perdants). Mais là encore, certains acteurs peuvent accepter de prendre ce risque. C’est un choix respectable. Mon propos est simplement de dire qu’on peut faire sans. Le succès des « pure player » du pari online, qui n’existaient pas il y a encore quelques années, et qui sont devenus des marques reconnues, le prouve. Et pas seulement outre-manche ! (09/12/2008)

Re : Pas d’accord sur votre désaccord !

  (John Samson)

Je vous remercie d’avoir pris le temps de répondre.

C’est votre 1ère phrase qui plombe votre tribune en donnant une information fausse: "La plupart des systèmes de pari rémunèrent le risque que prennent les parieurs en redistribuant une partie des enjeux qu'ils collectent." Comme expliqué, c’est le système bookmaker qui est le plus utilisé.

Sur les points 1 et 2, effectivement mon propos ne concernait que le système de pari « bookmaker » (le plus populaire), alors que vous parlez d’autres systèmes, d’où nos désaccords.

Pour le point 3, après votre affirmation initial « créer de telles applications (de casino ou poker) n'est pas d'une grande complexité », vous ajoutez « Il est vrai que les sites à petites audiences n’ont aucun espoir d’amortir de tels investissements. ».

Pour le point 4, votre tribune affirme « Une marque grand public et généraliste (…) n'a pas intérêt à opérer sous sa marque ». Je vous ai cité des contre-exemples. Vous glissez dans votre réponse: « Mon propos est simplement de dire qu’on peut faire sans. »

Dans les deux cas merci d’avoir tempéré vos propos, qui, il est vrai, devait initialement être synthétique. (17/12/2008)

Re : Re : Pas d’accord sur votre désaccord !

  (Laurent Moisson)

Bonjour,

Nous nous rejoignons effectivement sur ces précisions. Le marché du gambling online est complexe et les cas sont assez divers. La synthèse est donc parfois imparfaite. Mais elle permet d'identifier les grands enjeux.

En tout cas, merci pour vos commentaires qui ont pu enrichir ce débat.

Bien à vous.

Laurent Moisson (22/12/2008)

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