Ela Innovation : des puces RFID pour des pas de géant dans l'IoT

Cette PME fondée en 2000 compte réaliser 10 millions d'euros de chiffre d'affaires d'ici trois ans avec ses tags RFID actifs, mais aussi via de nouveaux relais de croissance comme des capteurs connectés en LoRa.

Prolongement de la ligne de métro 14 de Paris Saint-Lazare à Mairie de Saint-Ouen. Les ouvriers qui travaillent depuis un an et demi sur le chantier ne semblent pas craindre que le ciel leur tombe sur la tête. Sur le casque qui les protège, les tags RFID fabriqués par la société Ela Innovation permettent de les identifier, de les compter et se savoir si quelqu'un est resté piégé dans la galerie en cas d'éboulement.

"La protection de personnes sur les chantiers est le secteur qui tire le plus la croissance de notre marché", souligne Pierre Bonzom, PDG de cette discrète PME créée en 2000. Vinci, Bouygues Construction, Eiffage et Razel-Bek : l'entreprise a vendu ses étiquettes de radio identification à quatre sous-traitants de la RATP responsables de trois tronçons de prolongation des lignes de métro et de RER, sur lesquels travaillent 1 500 à 2 000 ouvriers pour chaque chantier.

"Nous élargissons notre catalogue à de nouvelles technologies IoT, nous développons des capteurs Bluetooth qui seront disponibles au mois de juin"

Les logisticiens et les spécialistes de la gestion de flottes automobiles sont également friands de ces puces RFID. "En 2015, nous avons effectué un déploiement très important pour Chronopost et pour le spécialiste de la livraison de colis DPD Group", détaille le dirigeant. Ela Innovation travaille aussi pour des industriels qui veulent savoir où sont situées les machines de leurs usines et des géants du cloud qui apposent ses puces sur les appareils de leurs data centers afin de vérifier qu'ils ne surchauffent pas.

Pas besoin de se promener à quelques mètres de ces étiquettes connectées, armé d'un lecteur, pour collecter les informations inscrites sur les puces comme avec la RFID passive. Les tags d'Ela Innovation sont actifs. Munis d'une petite batterie, ils sont capables d'envoyer les informations inscrites sur leur puce électronique à 50 mètres de distance en moyenne, via une petite antenne. Ils peuvent être équipés d'une puce GPS, mais aussi d'un capteur de température, en fonction des besoins des clients. Ela Innovation adapte avec ses partenaires intégrateurs son produit aux différents secteurs d'activité qui utilisent ses appareils.

Ela Innovation a vendu ses étiquettes de radio identification à Vinci, Bouygues Construction, Eiffage et Razel-Bek

Contrairement à nombre de start-up technologiques qui ont besoin d'investisseurs extérieurs pour financer leur phase de R&D, Ela Innovation n'a levé que 300 000 euros depuis sa création. Pourtant, l'entreprise a beaucoup misé sur la recherche : "en 2000, il existait un standard pour les puces RFID actives, mais ce système consommait trop d'énergie pour intéresser de potentiels clients. Nous avons donc travaillé sur une solution propriétaire plus efficace d'un point de vue énergétique avec nos ingénieurs. Lorsque nous avons sorti nos premiers tags RFID, ils avaient deux ans de durée de vie. Aujourd'hui c'est dix. Une fois notre produit de base performant, nous l'avons adapté aux spécificités de chaque secteur. Nos équipes de R&D ont par exemple conçu des boitiers résistant aux chocs pour la logistique. Cette stratégie d'adaptation aux besoins métiers nous a permis de multiplier notre chiffre d'affaires par trois entre 2013 et 2016", explique le patron.

Entre 2014 et 2017, la PME est passée de 7 à 19 collaborateurs. Elle compte désormais 250 clients et enregistre pour 2016 un chiffre d'affaires de 1,5 million d'euros, avec quasiment 30% de rentabilité nette. Pierre Bonzom compte passer la barre des 10 millions d'euros de CA d'ici trois ans. Pour y parvenir, la société espère muscler son business à l'export. "En 2013, nous ne commercialisions nos produits qu'en France. Nous sommes aujourd'hui présents dans 13 pays, comme la Belgique, la Hollande ou encore l'Italie. En 2016, 20% de nos résultats étaient réalisés à l'étranger. Cette année, ce sera 30% et je mise sur 50% d'ici trois ans", se projette le PDG. Il doit cet aplomb à la longévité de son entreprise. Avec 17 ans d'existence au compteur, Ela Innovation inspire confiance à ses prospects, qui ne lui demandent que rarement de passer par de longues phases de tests avant de déployer ses tags à grande échelle. Ils sont quasi-certains qu'elle sera capable de leur fournir des solutions sur le long terme, un avantage par rapport aux jeunes start-up de l'IoT.

"En 2013, nous ne commercialisions nos produits qu'en France, nous sommes aujourd'hui présents dans 13 pays, comme la Belgique, la Hollande ou encore l'Italie"

Reste que pour réaliser ses objectifs, Ela Innovation ne doit pas se laisser distancer par les nouveaux venus du secteur de l'Internet des objets. "Nous sommes en train d'élargir notre catalogue à de nouvelles technologies de communication IoT. Nous développons des capteurs Bluetooth qui seront disponibles sur le marché au mois de juin prochain. Nous travaillons aussi sur la techno LoRa, qui est intéressante en termes de prix par rapport aux autres réseaux 'low power wide area' car elle permet de fabriquer des objets connectés très compacts et donc de réduire au maximum les coûts de production. Nos clients peuvent ainsi choisir la solution qui s'adapte le mieux à leurs besoins." Sortir d'une logique 100% propriétaire permet également à Ela Innovation d'intégrer ses capteurs à un écosystème IoT qui s'élargit et d'éviter que certains de ses clients ne lui préfèrent des concurrents qui ont basé leur offre sur des solutions ouvertes interconnectables.

"Notre deuxième axe de développement est un système de géolocalisation indoor qui sera disponible sur le marché fin 2017 ou début 2018. Nos clients nous font régulièrement des demandes en ce sens", indique Pierre Bonzom. La localisation des puces est centrale sur le marché IoT : plus de 40% des capteurs ont des besoins de localisation en intérieur ou en extérieur.