David Marcus (Facebook) : "Nous ne monétiserons Messenger que lorsque nous résoudrons un vrai problème"

David Marcus Facebook Présent à Paris, le nouveau patron de Messenger a fait le point sur 6 mois d'exercices et évoque l'avenir du service de messagerie instantanée de Facebook.

Après quasiment 6 mois passés à la tête de Facebook Messenger, le Franco-Suisse David Marcus, ancien président de Paypal, était de retour dans l'Hexagone pour faire le point sur l'activité du service de messagerie instantanée qui cumule aujourd'hui près de 500 millions de visiteurs uniques. L'occasion de revenir sur l'actualité récente, le lancement d'un test de retranscription de la parole à l'écrit aux Etats-Unis, et d'évoquer l'avenir... avec en pointillé les perspectives de monétisation. 

Difficile, bien sûr, de ne pas revenir sur l'extraction de Messenger de l'application globale de Facebook fin 2013 et la décision d'imposer aux utilisateurs cette nouvelle application pour continuer à envoyer et recevoir des messages de leurs amis. Un coup de force à l'époque mal vécu par la communauté, mais depuis toujours assumé par Facebook. "Cette séparation a permis d'améliorer sensiblement l'expérience utilisateur avec le lancement de nombreuses fonctionnalités telles que la VoIP, la quick cam, les stickers, le voice clip... Or il aurait été très difficile de les développer au sein d'un immense service comme Facebook", justifie David Marcus. Selon lui, les utilisateurs répondent désormais 20% plus rapidement.

WhatsApp et Messenger ne ciblent pas les mêmes audiences et usages

Si les critiques ont été nombreuses (en témoignent les notes peu flatteuses que l'application recueille sur l'App Store et le Google Play Store), le coup d'audience n'en est pas moins réussi. Aujourd'hui Messenger est la troisième application de messagerie instantanée derrière WhatsApp et Line. Facebook dispose donc de deux applications de messagerie dans le trio de tête. De quoi rendre superflu le rachat de WhatsApp pour près de 19 milliards de dollars ? "Absolument pas, tranche David Marcus. WhatsApp a un approche très utilitaire, centrée sur le texte, là où Messenger est très rich media. D'autant que tous deux sont très complémentaires d'un point de vue géographique. La France et les Etats-Unis plébiscitent Messenger quand l'Espagne et le Latam sont plutôt fans de WhatsApp."
 

Quelle place occupe donc aujourd'hui Messenger dans la stratégie de Facebook ? David Marcus vante un esprit start-up à la Instagram, avec une centaine de collaborateurs préoccupés par tout... sauf la nécessité de monétiser. "Nous avons le luxe de prendre notre temps et nous nous concentrons pour l'instant sur le développement du produit et de fonctionnalités comme ce service de retranscription vocale qui est en test aux Etats-Unis depuis vendredi dernier", explique-t-il. Un outil qui ne sera lancé dans le reste du monde et dans d'autres langues "qu'une fois que nous aurons l'assurance qu'il fonctionne bien".

La publicité ? La pire des choses que l'on puisse apporter à un espace privé

Volubile sur le produit (David Marcus annonce l'arrivée prochaine d'un outil de recherche permettant de trouver l'émoji correspondant à ce que l'on veut dire), il est en revanche beaucoup moins bavard sur la monétisation. C'est tout juste si on apprend sa défiance vis à vis de la publicité au sein de Messenger. "La pire des choses que l'on puisse apporter à un espace privé c'est de la publicité", nous explique-t-il, estimant par ailleurs qu'"on n'a le droit de monétiser que si l'on résout un vrai problème". On comprend toutefois que Messenger restera quoi qu'il en soit sur le créneau de la communication entre utilisateurs et entreprises, le coeur de métier "marketing" qui a fait le succès de la plateforme Facebook. L'introduction d'un service de paiement en ligne, largement relayée au vue de son pedigree, semble passer à l'as. "Il n'y a aucun sens à développer un business de paiement, nous resterons sur notre métier : le déploiement d'outils marketing pour les annonceurs". Une sentence qu'il conclut toutefois d'une nuance qui montre à quel point l'homme est difficile à lire : "Il nous sera toutefois important d'avoir une capacité de paiement, pour enlever la friction entre la publicité et l'achat".

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