Flach Film accuse le site de partage vidéo de Google d'avoir diffusé illégalement
son documentaire "Le monde selon Bush". Le producteur demande plus de 600.000
euros de dommages et intérêts. (27/11/2006)
Après des fabricants, des voyagistes, des éditeurs et des agences de presse,
une maison de production de cinéma attaque Google en justice. Flach Film a en
effet annoncé jeudi qu'elle assignait la filiale française et sa maison mère devant
le Tribunal de commerce de Paris pour "contrefaçon et parasitisme". En cause,
le service de partage vidéo du moteur de recherche qui diffusait gratuitement
le documentaire Le monde selon Bush, réalisé par William Karel et produit par
Flach Film.
Le film, indique le producteur, y était disponible en streaming et téléchargement.
Il aurait été vu plus de 50.000 fois, précise-t-il, se référant au comptage de
Google. Si le documentaire a d'abord été diffusé sur France 2, puis au cinéma,
il est également disponible en DVD et en VoD, sur le site des éditions Montparnasse.
Le distributeur vidéo s'associe également à l'assignation. Les deux plaignants
demandent plus de 600.000 euros de dommages et intérêts.
Le moteur se défend en rappelant le fonctionnement de son service de partage
vidéo. "Nous ne somme pas éditeurs de contenu, mais une plate-forme ouverte aux
internautes pour mettre en ligne des vidéos", explique-t-on chez Google. "C'est
de l'hypocrisie, s'insurge le producteur Jean-François Lepetit. Google sait filtrer
le contenu quand il s'agit de vidéos pédophiles ou incitant à la haine !".
Aux Etats-Unis, la société semble prendre davantage au sérieux les risques
de procès pour des questions de copyright. Son service vidéo aurait déjà été mis
en cause, et des informations, démenties, indiquaient que 500 millions de dollars
seraient provisionnés pour d'éventuelles poursuites concernant YouTube, acheté
en octobre (lire l'article
du 10/10/06).
| Le jeu du chat et de la souris |
Le moteur de recherche a mis en place un mécanisme de filtrage à plusieurs
niveaux. En interne, des employés vérifieraient depuis les Etats-Unis la légalité
des contenus. Un travail qui serait également effectué par des algorithmes. Surtout,
Google permet aux internautes de signaler tout contenu illégal. Par ailleurs,
avant sa mise en ligne, une vidéo doit être déclarée libre de droits par l'internaute
qui l'envoie. Jean-François Petit propose une autre mesure : la vérification systématique
du copyright des films longs métrages envoyés par les internautes.
Avant de porter plainte, Flach Film a d'abord signalé il y a deux mois à Google
qu'il diffusait son documentaire. Le moteur a alors supprimé deux des trois liens
incriminés mais en aurait laissé un, selon Jean-François Petit, ce qui le poussa
aujourd'hui à porter plainte. "Jusqu'à présent, le retrait du contenu suffisait
aux producteurs", s'étonne la porte-parole de Google.
Le film, visible sur d'autres sites de partage vidéos, est toujours disponible
dans sa version italienne. Il aurait été supprimé puis de nouveau mis en ligne
plusieurs fois. "C'est un jeu du chat et de la souris", indique le moteur.
Malgré tout, Jean-François Petit, qui se dit "fervent partisan des offres légales
sur Internet", ne s'en prend pas aux internautes. "Je veux cependant leur faire
comprendre que pour avoir les moyens de produire des films intéressants, je dois
passer des accords commerciaux avec des distributeurs auxquels je garantis une
exclusivité. Si l'on continue comme cela, dans un ou deux ans, la seule chose
qu'on pourra pirater, ce sera les films des majors américaines."