Avant, on avait des lignes de crédit. Maintenant, on a le crédit en ligne. En 1999, il est le premier à imaginer un nouveau service sur Internet : aider les particuliers à obtenir les meilleures conditions possibles de financement pour leurs projets immobiliers. Il fut le premier, il l'est resté.
Christophe Crémer commence à la Citibank, monte une société de logiciels de gestion pour les PME. Sa lucidité l'a toujours poussé à fuir les structures classiques. "Ce qui donne le spleen dans une organisation, c'est de se dire que tout continue comme s'il ne s'était rien passé quand on s'en va".
Au début, les banques font de la résistance. Petit à petit, elles réalisent qu'elles ne peuvent pas se permettre de former des milliers de collaborateurs à l'évolution des taux et du contexte financier. Le combat est gagné. Le fondateur de Meilleurtaux.com peut rêver que son entreprise devienne le "frigidaire" du prêt immobilier, non pas au sens où elle conserverait les meilleurs taux au frais, mais parce qu'elle deviendrait une référence universelle et étendrait son expertise au crédit à la consommation et à l'assurance-vie.
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Christophe Cremer
Photo © Fabrice Malzieu
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"Notre métier, c'est de dire à nos clients si telle ou telle banque est actuellement la meilleure pour financer son projet immobilier". Le site ouvre le 18 novembre 1999.
Il compare les taux révisables et les taux fixes sur 15, 20 ou 30 ans, calcule les mensualités de remboursement, simule les capacités d'endettement, informe, conseille, c'est un simple courtier mais ce n'est pas un courtier comme les autres puisque tout se passe en ligne.
Dans tous les pays du monde, les courtiers en prêts immobiliers sont légion et ont souvent des parts de marché très importantes, mais la France qui aime cultiver les exceptions ne fait pas la part belle aux courtiers. Ils détiennent à peine 20 % du marché mais surtout, ils traitent traditionnellement les dossiers de clients qui ont une capacité de crédit moyenne. Meilleurtaux.com va d'emblée élargir le marché en s'intéressant à tous les particuliers qui ont un bon dossier. Le courtier en ligne fait donc gagner ses lettres de noblesse au métier de courtier tout court.
Nos compatriotes, peu multi-bancarisés contrairement aux Anglo-saxons, n'ont ni une grande culture ni une grande pratique des courtiers.
L'entreprise de Christophe Crémer et de son associé qui le rejoint en 2000 va révolutionner la culture nationale du courtier en lui donnant un nouveau rôle : au lieu de rester l'auxiliaire bienveillant mais pas nécessairement très compétent des emprunteurs à faible potentiel, le courtier devient un vrai gage d'indépendance et d'objectivité pour aider les particuliers à s'orienter dans la jungle des tarifs et des services bancaires. Un contre-pouvoir à celui des banques est enfin possible et nul n'ignore à quel point les Français sont attachés aux contre-pouvoirs.
En 2000, le site traite environ 44 000 dossiers, comme l'année suivante, malgré des dépenses publicitaires de 10 millions de francs sur Internet et dans la presse.
En 2001, pour conjurer les a priori culturels nationaux sur le métier de courtier et accélérer la pénétration du marché, Christophe Crémer décide d'ouvrir une agence. Une vraie agence, pas en ligne mais dans la rue. Très subtile ruse pour convertir les banques qui sont encore réticentes aux transactions en ligne.
Quand il ouvre sa première agence à Lyon, l'entrepreneur a l'impression d'inaugurer l'Empire State Building.
Quand le Crédit du Nord devient son premier partenaire bancaire, il ressent la même chose.
En 2006, le site traitait 360 000 dossiers et en 2007, 420 000.
En 2007, Meilleurtaux.com aura 52 agences.
"Pour être patron, il faut être bon 5 fois : bon en marketing, bon en commercial, bon en finances, bon en ressources humaines, bon en technique, et comme il est exceptionnel qu'un seul homme cumule toutes ses qualités, il faut trouver les bons associés".
"Il y a pour les hommes deux péchés capitaux, d'où découlent tous les autres : impatience et paresse ; l'impatience les a fait chasser du Paradis, la paresse empêche qu'ils reviennent" écrit Kafka dans ses Réflexions sur le péché, la souffrance, l'espérance et le vrai chemin.
Jamais impatient, jamais paresseux, ou comme il se décrit lui-même "hyperactif, travailleur, pragmatique et humble", Christophe Crémer n'a vraiment souffert qu'un seul jour dans sa vie. Ce fut un soir de panne informatique.
L'homme qui vénère Michael Dell, Steve Jobs, Jack Welsh et Bill Gates pense qu'en France une vraie étape sera franchie le jour où les entrepreneurs auront droit à l'échec.
En attendant, ses clients et ses collaborateurs sont contents, ses investisseurs aussi.
Les courtiers de Balzac ont vieilli. En devenant salariés de Meilleurtaux.com, ils ont gagné leurs titres de modernité.
© Petites histoires extraordinaires d'entrepreneurs, Presses Universitaires de France, 2007