INTERVIEW
 
18/07/2007

"L'offre TV Pro sur Freebox sera lancée en septembre"

Après TV Perso, Free a annoncé le lancement de TV Pro afin de permettre aux entreprises de diffuser leur propre chaîne de télévision. Le président de Brainsonic, prestataire technique et commercial de Free pour cette offre, en révèle les détails.
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Jean-Louis Bénard
 
 
  • Président de Brainsonic
 

Présentez-nous Brainsonic

J'ai créé la société en 2003, après avoir revendu ma précédente société FRA, une SSII réalisant des plateformes e-commerce pour la grande distribution, à Business Interactif. L'idée de départ était d'anticiper la convergence d'Internet et de la vidéo. Brainsonic est à la fois producteur de contenus rich média, et fournit une plate-forme de diffusion de contenus vidéo en mode locatif. Nous avons réalisé 1 million d'euros de chiffre d'affaires en 2006 et comptons en réaliser 3 millions cette année.

 

Quels types de contenus diffusent vos clients ?

Nous produisons entre 400 et 500 contenus par mois. Des contenus qui peuvent être des conférences, des réunions d'introduction, ou des mails vidéo. Depuis la création de Brainsonic, notre objectif est d'industrialiser les processus vidéo pour proposer des prix les plus bas possibles à nos clients, ceci, afin de pouvoir aller au-delà d'une prestation "one shot" et pouvoir travailler plus souvent avec eux.

Par ailleurs, notre offre de création de chaîne de télévision sur Internet permet à nos clients de gérer et d'administrer leurs contenus puis de les publier sur leurs sites. Nous leur louons la solution, gérons le stockage, et proposons des outils statistiques pour mesurer l'audience des vidéos.

 

L'offre TV Pro de Free est donc une extension de cette offre ?

Oui. Avec Free, nous offrons à des entreprises, depuis une semaine, la possibilité de créer leur propre chaîne de télévision sur Freebox. Il s'agit d'un concept à contre courant des idées qui se répandent aujourd'hui, avec des projets comme Joost qui proposent des vidéos longues durées en plein écran. Mais ce type d'usage n'est pas adapté au PC. Les utilisateurs d'un PC ne sont pas passifs. Notre expérience du domaine nous montre qu'ils continuent de surfer, de lire leurs mails ou de chater pendant qu'ils regardent la vidéo réduite dans un coin de leur écran. En outre, ils zappent beaucoup, passant très souvent d'une vidéo à une autre. Une chaîne de télévision est faite pour être regardée sur une télévision. Et c'est ce que nous proposons avec Free et TV Pro.

 

Quand TV Pro sera-t-il lancé ?

Nous allons bientôt débuter les premiers tests avec nos premiers clients. Les premières chaînes devraient être lancées en septembre, dans un espace TV Pro, comme il existe déjà un espace TV Perso dans l'offre Freebox.

 

Quelles entreprises sont susceptibles d'être intéressées par cette offre ?

Des entreprises qui détiennent des fonds vidéo et qui souhaitent les monétiser. Nous leur proposons trois formules : sur abonnement mensuel, en paiement à l'acte, ou financé par la publicité. Déjà une vingtaine d'entreprises se sont déclarées intéressées par le service. Il s'agit de majors du disque ou des radios qui disposent à la fois de contenus et d'une large audience potentielle. De clients corporate, dont des sociétés Internet voulant adresser le grand public à travers une chaîne gratuite mêlant du contenu éditorial avec des contenus publi-rédactionnels. Ou enfin de sociétés qui ont des projets de chaînes servant à former des réseaux de revendeurs ou de distributeurs, voire même d'utilisateurs finaux.

 

"Le tarif minimum sera de 1.500 euros par mois"

Combien le service coûte-t-il ?

Cela dépend. Une chaîne à diffusion linéaire coûtera moins cher qu'une chaîne en VoD. En outre, le prix varie en fonction de paliers d'utilisateurs simultanés. Grosso modo, le tarif sera d'un minimum de 1.500 euros par mois, plus les frais de mise en place du service qui varient entre 8.000 et 30.000 euros selon la complexité du service désiré par le client. Une entreprise peut donc créer et diffuser sa propre chaîne de télévision pour 26.000 euros par an. Ce qui est très peu cher.

 

Vous ne croyez pas aux chaînes de télévision sur Internet, pourtant, vous proposez vous-même une offre de création de chaîne sur Internet ?

Oui, nous en avons déjà déployées une quarantaine, mais sur un autre modèle. Nous conseillons plutôt à nos clients de réaliser des formats courts, et en VoD. Certes, il y a bien quelques exceptions, comme des live musicaux ou des événements qui poussent à une consommation plus longue. Mais le temps de consultation moyen que nous avons observé est de 7 minutes. Il est nécessaire de proposer des tables des matières qui vont découper et indexer le contenu pour permettre à l'utilisateur de cibler directement les parties de la vidéo qui l'intéressent avant qu'il parte en regarder une autre. Sinon, ça ne l'intéressera pas.

 

Quels sont vos clients ?

Historiquement, 40 % de nos clients viennent du secteur high tech, dont une partie sont des éditeurs, comme Microsoft, Adobe, ou IBM pour qui nous avons produit plusieurs centaines de vidéos de démonstration produit et qui propose 5 chaînes sur son site. Nous avons aussi des clients cotés en bourse qui cherchent de nouveaux moyens pour communiquer auprès de leurs actionnaires, et de plus en plus de sites d'e-commerce.

 

Quels services fournissez-vous aux vendeurs en ligne ?

Nous les aidons à mieux vendre leurs produits. Quand le site marchand américain Buy.com a lancé sa chaîne Buy.tv, les ventes des produits présentés en vidéo ont augmenté de 319 %. La vidéo apporte un plus indéniable car le produit est mieux valorisé. Par exemple, comment acheter une poussette en ligne si je ne sais pas si elle se plie facilement et si elle tient dans le coffre d'une voiture ? En pratique, nous proposons aux marchands soit d'enrichir leurs catalogues produits en rajoutant des vidéos au texte et aux photos, soit de créer des chaînes de vidéos orientées vers le conseil aux utilisateurs, comme avec Verbaudet.

 

N'avez-vous jamais eu l'idée de développer une plate-forme grand public ?

Dans la ruée vers l'or, nous sommes ceux qui fournissent les pelles ! Nous sommes prestataires, pas opérateur de service. Mais certains de nos clients ont eu cette intention, et nous ont demandé de construire un modèle financier pour lancer une plate-forme d'échange vidéo type Youtube ou Dailymotion. Mais nous n'avons pas réussi à trouver comment rentabiliser le modèle.

 

Est-ce si difficile ?

Il faut d'abord se rendre compte de la structure de coûts. D'abord, il y a l'hébergement. Il faut stocker les vidéos dans des data center avec une architecture redondante pour éviter les pertes de vidéo. Le deuxième poste de coûts, qui augmente au fur et à mesure que le service rencontre du succès, est la bande passante. Ensuite viennent les coûts d'encodage, puis les coûts des solutions de filtrage auxquels il faut rajouter des moyens humains pour être vraiment efficace, et enfin les frais juridiques liés à la gestion des droits. Selon nos calculs, un tel service qui se rémunèrerait sur la publicité en incluant des publicités au début des vidéos (pré-roll) oblige à vendre un CPM de 40 dollars. Or, il semble que les CPM sur ce genre de format soient plutôt aux alentours de 10 dollars aujourd'hui. Ce n'est donc pas rentable.

 

 
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Avez-vous exploré d'autres formes de monétisation de l'audience ?

Non, dans ce cadre, notre réflexion a porté uniquement sur une rémunération publicitaire. Mais d'autres modèles existent et restent à inventer. Par exemple, nous croyons beaucoup à des chaînes communautaires créées autour de thématiques très précises, et dont les contenus sont accessibles uniquement aux abonnés. Cela permet de valoriser sa communauté à des annonceurs en leur proposant une population qualifiée. On sort alors de la logique 100 % CPM en entrant dans une logique marketing forte.


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