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INTERVIEW
26/10/2007
Hubert Duault (Paris Développement) : "Nous voulons faire rayonner l'innovation parisienne dans le monde"
Paris Développement a fêté ses dix ans l'année dernière. Comment cette structure a-t-elle évolué ? Paris développement a été créée en 1996 comme l'agence de développement économique de la ville de Paris. A l'époque, elle n'avait qu'un rôle "classique" d'agence de développement économique, chargée de la prospection, de la promotion et de l'accueil d'investissements étrangers. Depuis 2002 ce premier métier originel s'est enrichi d'un nouveau métier, celui de soutien à l'innovation et à la création de jeunes entreprises innovantes. En 2006, nous avons aidé plus de 160 start-ups à se développer.
Comment se traduit cette nouvelle activité ? Nous avons par exemple participé à la création de communautés de proximités, comme l'association Silicon Sentier, spécialisé dans les métiers de l'Internet et des logiciels ou Capital Games, dans les jeux vidéo et l'animation. Ce sont des associations que Paris Développement a contribué à mettre en place et que nous hébergeons encore pour certaines. Nous avons contribué financièrement à amorcer le démarrage de ces associations, qui sont aujourd'hui directement subventionnées par la ville de Paris. Elles sont devenues des partenaires qui ont leur dynamique propre.
Vous gérez également des pépinières en direct ? Oui. Nous animons cinq pépinières et incubateurs dans Paris qui hébergent en permanence une centaine de start-ups. Il s'agit d'un des plus grands plateaux d'animation de start-ups en France. Nous sommes focalisés sur trois pôles : les biotechnologies (de la responsabilité de Paris Biotech), le numérique et le design. Aujourd'hui le résultat de nos efforts au niveau de nos incubateurs et pépinières tient dans un annuaire qui regroupe 300 start-ups innovantes à Paris intra-muros. Cet annuaire est notre plus grande réussite.
Comment s'intègrent vos pépinières au sein du réseau urbain parisien ? La ville de Paris les a volontairement implanté dans des quartiers difficiles. C'est notamment le cas dans le nord-est de Paris, où le taux de chômage est plus important que la moyenne nationale. C'est le cas de la pépinière de la Villette qui hébèrger entre 35 et 40 entreprises et qui a contribué à créer 1.100 emplois. Il y a quelques années encore, on trouvait ce quartier complètement impropre à l'activité économique classique. En fait, cette pépinière a participé à changer la physionomie du quartier, par la création directe d'emplois hautement qualifiés qui entraînent celle d'emplois de services, dans la restauration par exemple. Notre dernière pépinière vient d'être installée dans une zone de revitalisation urbaine, à la place d'un ancien squat. Elle devrait sous peu contribuer à changer le visage d'un quartier en pleine mutation.
Comment gérez-vous la répartition des entreprises au sein de vos différents sites ? Nous essayons toujours de garder une cohérence thématique en termes d'activité au niveau d'un même site. Nous nous concentrons pour l'instant sur trois types d'expertise : les biotechnologies, le design et le numérique. Pour cette dernière thématique, nous avons un site spécialisé dans les logiciels et les télécommunications, ainsi qu'un autre dédié à tous les contenus numériques, comme l'éditorial, les jeux vidéo ou l'animation.
Comment aidez-vous les start-ups que vous accueillez à collaborer entre elles ? Justement en ne répartissant pas de manière trop stricte les entreprises au sein de nos sites. Nous essayons toujours de faire en sorte qu'au moins deux entreprises sur trois aient une activité différente, tout en étant connexe. L'idée directrice de ce principe est de faire en sorte que ces entreprises qui cohabitent puissent nouer des partenariats. Les cafétérias de nos pépinières sont en l'occurrence des lieux privilégiés pour se rencontrer et monter des projets communs.
Après dix ans d'existence, quels sont vos projets ? Depuis 2002, nous nous sommes concentrés sur le soutien d'entreprises innovantes. Aujourd'hui, nous voulons faire rayonner cette force d'innovation à l'international. Actuellement, notre premier enjeu est d'insérer Paris dans un réseau de grandes métropoles qui ont la même optique de soutien au développement économique par l'innovation. Nous sommes en train de monter ce réseau, avec un nombre volontairement restreint de grandes métropoles qui ont la même vision que nous, comme San Francisco, Séoul, Montréal, et Londres. Les entreprises que nous développons dans nos incubateurs auront bien un jour besoin de s'étendre à l'international. Si nous développons un partenariat avec une ville comme San Francisco et ses incubateurs, cela profitera à nos entreprises, car nous pourrons leur permettre, par exemple, de s'implanter là-bas le plus rapidement possible et dans les mêmes conditions d'aide. Nous continuerons donc ainsi à aider leur développement.
Quelle est la limite d'une entité comme Paris Développement ? Notre plus gros problème, c'est notre manque de moyens, face à la dynamique que nous avons contribué à créer. Il y a quatre ans, l'inquiétude des pouvoirs publics était de savoir si nous arriverions à remplir nos pépinières. Aujourd'hui, notre problématique est de maintenir un taux d'occupation d'environ 80 % pour nos sites, afin de pouvoir accueillir régulièrement de nouvelles start-ups. Cette dynamique est en train de fonctionner à plein.
Quel est votre budget de fonctionnement ?
Nous disposons aujourd'hui d'un budget annuel de quatre millions d'euros qui ne nous permet pas de faire autant de choses que nous le souhaiterions. Aujourd'hui nous ne sommes en mesure d'accueillir dans notre réseau que 8 % des projets que nous étudions chaque année. En fait, nous sommes presque dans une logique et un niveau de sélection d'une banque d'affaires ! Cependant, nos moyens nous poussent à garder une taille humaine et un mode de fonctionnement suffisamment réactif. Notre budget est donc à la fois une force et une faiblesse. En fait, nous sommes nous-mêmes une start-up permanente.
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