Thierry Merquiol (Wiseed) "Nous voulons démocratiser le capital-risque à partir de 100 euros"

Wiseed permet aux internautes d'investir directement dans des start-up. Thierry Merquiol, son co-fondateur, détaille ce concept du Web 2.0 appliqué au capital-risque.

Wiseed propose aux internautes d'investir dans des jeunes pousses. Le financement collectif ("crowdfunding") 2.0 s'applique-t-il au capital-risque ?

La société a été créée en mai 2008 sur un double constat. D'un côté, les start-up ont du mal à trouver des fonds propres pour la phase d'amorçage. Il n'y a pas d'alternative aux business angels. De l'autre, les investisseurs individuels n'ont pas accès directement aux sociétés à financer, mais doivent passer par des fonds communs de placement (FCP), qui choisissent elles-mêmes où l'argent est investi. Nous avons donc eu l'idée de fédérer des micro business angels, en nous basant sur le Web 2.0. Mais nous nous considérons aussi comme un site e-commerce plus classique, qui vend des parts de société.

 

Vous croyez donc à l'intelligence collective en matière de capital-risque ?

Effectivement. Notre postulat de base est que la qualité repose sur l'indépendance de jugement et l'intelligence des foules. Des centaines de petits investisseurs seront plus aptes à décider de la qualité d'une entreprise que quelques business angels bien connus qui sont très dépendants les uns des autres. Nous verrons dans quelques années si nous avions raison.

 

Il n'y a donc pas de barrières, pas de présélection sur Wiseed ?

Si, il y en a. Nous avons constitué un comité d'investissement composé de 500 personnes qui ont déjà investi plusieurs fois via notre site. Nous leur présentons des sociétés qui veulent lever des fonds et ce comité nous donne ou non son feu vert pour continuer le processus. Si nous avons cette autorisation, nous continuons notre audit et décidons finalement si nous proposons l'investissement. Nous avons le dernier mot.

 

Combien d'opération avez-vous déjà organisées ?

Une quinzaine de sociétés ont déjà été financées depuis juin 2009, principalement dans les domaines de la biotechnologie, du développement durable, de l'énergie et des TIC. Beaucoup sont des sociétés industrielles. Au total, 20 millions d'euros ont été levés, soit un montant moyen entre 100 000 et 500 000 euros par société.

 

Quel est l'intérêt des investisseurs de passer par Wiseed ?

Nous démocratisons le capital-risque en mettant en place un ticket d'entrée très bas. Un particulier peut en effet investir 100 euros seulement dans un projet s'il le souhaite, même si l'investissement moyen est de 750 euros. Au-delà d'un éventuel retour sur investissement, il accède à un outil de défiscalisation, tant sur l'impôt sur le revenu que sur l'ISF le cas échéant.

 

Et pour la start-up ?

Wiseed est un nouveau moyen pour elles de lever des fonds. Et notre système leur offre davantage de liberté que les fonds ou même que les business angels, dont la présence dans le capital d'une société alourdit généralement les prises de décision et complexifie les pactes d'actionnaires. D'ailleurs, les grands business angels fonctionnent un peu comme de véritables fonds. Dernier avantage, les nombreux investisseurs présents au capital des sociétés via Wiseed apportent leurs conseils et leurs contacts aux entrepreneurs.

 

Comment vous rémunérez-vous ?

Côté start-up, nous prenons une commission sur la levée. Côté investisseur, nous touchons une part de la plus-value éventuelle, ainsi que des frais de gestion de 1 % par an pendant cinq ans.

 

Avez-vous levé des fonds pour votre propre société ?

Oui, nous nous sommes appliqués notre méthode communautaire, mais sans passer par notre site. Nous avons levé en tout 500 000 euros en deux tours de tables, ce qui nous a permis de développer la plateforme en juin 2009

 

Quels sont vos objectifs ?

Cette année nous voulons doubler le nombre de particuliers inscrits, pour atteindre 11 000, puis 40 000 en 2013. Autre objectif, arriver à un rythme de 50 sociétés financées par an.

 

Avez-vous des velléités internationales ?

Même si les sociétés que nous finançons actuellement ont des vocations nationales, nous comptons effectivement élargir notre activité à des cibles européennes. L'internationalisation se traduira par la suite par des implantations physiques dans d'autres pays d'Europe.

 

Thierry Merquiol a dirigé de 2002 à 2006 l'incubateur Midi-Pyrénées. Auparavant, il a travaillé dix ans dans le groupe Air Liquide. Thierry Merquiol est ingénieur en génie des procédés industriels, diplômé de l'Insa Toulouse. Il est également titulaire d'un Master Of Sciences en biochimie obtenu au Canada.

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