Blablacar va passer devant la justice espagnole

Les sociétés d'autocars réclament la suspension de l'activité de Blablacar en Espagne, accusant la plateforme de covoiturage de concurrence déloyale.

Jusqu'ici plutôt épargné, Blablacar se retrouve confronté en Espagne aux mêmes critiques qui sont adressées à l'application Uberpop un peu partout dans le monde. Confebús, organisation patronale des sociétés d'autocars, a porté plainte contre la plateforme de covoiturage pour concurrence déloyale devant un tribunal de commerce de Madrid et réclame au juge la suspension préventive de l'activité de Blablacar dans le pays, le temps qu'une enquête soit conduite.

Réseau social et partage des coûts, pas un moyen de transport

Blablacar rejette les accusations des sociétés d'autocars et souligne n'être qu'un "réseau social qui connecte des particuliers se rendant à un même endroit pour partager les coûts de transports", sans but lucratif pour les utilisateurs, et non un moyen de transport. Le même argument utilisé en France pour se démarquer d'un Uberpop, qui permet à des particuliers de se transformer en chauffeurs de taxi.

Selon Confebús, pourtant, malgré les dires de Blablacar, l'activité des conducteurs peut bel et bien se révéler lucrative et ainsi représenter une concurrence déloyale : "le conducteur doit réaliser que le trajet et le prix des places occupées est un gain", assène l'organisation. Avec, pour preuve, des exemples de trajets et de leurs prix extraits de Blablacar, comme ce trajet Madrid-Albacete avec un conducteur et deux covoitureurs payant chacun 12 euros, alors que le coût de l'essence ne revient qu'à 16,80 euros au chauffeur.

Activité lucrative pour les chauffeurs ?

Confebús assure que certains chauffeurs utilisent Blablacar pour arrondir leurs fins de mois, non pas en prenant des conducteurs sur leur trajet habituel mais en effectuant des voyages spécialement pour gagner de l'argent. Une accusation que Blablacar récuse. "Dans les cas exceptionnels (0,2% environ) pour lesquels nous avons observé un comportement anormal sur la plateforme, nous avons supprimé les comptes des utilisateurs et renforcé les dispositifs de contrôle pour qu'ils ne puissent pas se recréer de compte."

Selon Blablacar, l'impact sur l'activité des autocars est "marginal"

Nul doute, en tout cas, que Blablacar représente un concurrent de taille pour les autocars. Le site a été lancé en janvier 2010 en Espagne et y compte désormais 2,5 millions d'utilisateurs. Le ministère des Transports espagnol a confirmé que le nombre de passagers des lignes régulières d'autocars a diminué et qu'une partie de la baisse est bien due à l'émergence d'alternatives, parmi lesquelles celles de l'économie collaborative. Blablacar assure que son activité n'a qu'un impact "marginal" sur l'activité des autocars, inférieur à 0,3%, alors que les patrons d'autocars l'estiment à environ 30%.

Uberpop interdit en décembre 2014 par le même tribunal

En Espagne, Uber a dû cesser son activité Uberpop en décembre dernier sur ordre du juge qui est aujourd'hui en charge de la plainte posée par Confebús. Un porte-parole du tribunal souligne cependant que "les procédures sont différentes" pour les deux acteurs, notamment parce que, contrairement à Uber, Blablacar a une résidence fiscale en Espagne.

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