Yahoo se vide chaque jour un peu plus de ses managers

Une dizaine de managers a quitté Yahoo en à peine quelques jours après l'annonce de son alliance avec Google. Des départs en série qui isolent un peu plus le PDG du groupe Jerry Yang, au profit de Carl Icahn.

Hémorragie managériale chez Yahoo. Quelques jours à peine après l'officialisation de l'accord publicitaire passé par le portail avec Google (lire Yahoo fait allégeance à Google, du 13/06/08), pas moins d'une dizaine de salariés occupant des postes clés ont décidé de quitter le groupe, contribuant à isoler un peu plus son co-fondateur et PDG, Jerry Yang, ainsi que sa présidente, Susan Decker. Ces départs sont révélés alors que Susan Decker prépare une réorganisation importante de Yahoo, selon le Wall Street Journal.  

 

Parmi eux, Joshua Schacter, le fondateur du site de partage de favoris Del.icio.us, acquis par Yahoo en 2005, Jeff Weiner, vice-président exécutif de la division réseau, Qi Lu, vice-président exécutif en charge des technologies de recherche et de publicité, Brad Garlinghouse, vice-président des communications et de la communauté, Stewart Butterfield et Caterina Fake, les deux cofondateurs de Flickr, Jeremy Zawodny, en charge de la stratégie open source, Jason Zajac, vice-président de la stratégie d'entreprise.  

 

Plus que la réorganisation annoncée de Yahoo, ces départs semblent démontrer la défiance que suscite désormais Jerry Yang auprès du management du portail. Revenu à la barre du groupe il y a tout juste un an, Yang avait été choisi pour sa capacité supposée à réenchanter les salariés de ce qui fut sa start-up. Or moins d'un an après sa nomination, la magie n'a visiblement pas opéré.  

 

Cette nouvelle fuite des cerveaux semble en tout cas annoncer la fin d'une époque chez Yahoo. Au printemps et à l'automne 2007, deux vagues de départs avaient déjà devancé puis succédé au départ de l'ancien PDG du groupe, Terry Semel (lire Yahoo : la valse des dirigeants du 14/06/07 et La valse des dirigeants chez Yahoo se poursuit du 21/09/07).  

 

Le mécontentement suscité par le manque d'enthousiasme de la direction du groupe à l'égard de l'OPA de Microsoft aura sans doute achevé de décevoir les salariés les plus enthousiastes. Chez les actionnaires aussi. Au vu du cours du titre (22,7 dollars jeudi 19 juin, soit moins qu'au début de l'année) nombreux sont ceux qui regrettent publiquement que Microsoft n'ait pas réussi à vaincre la réticence du conseil d'administration de Yahoo.  

 

Dernier en date : Mark Nelson, partner chez Mithras Capital, qui détient 1,7 million de titres du groupe. Dans une interview à Reuters, il invite Microsoft à transformer son offre d'achat la plus élevée (33 dollars par action) en une offre d'investissement, destinée à prouver sa valeur aux actionnaires de Yahoo.  

 

En attendant, les mécontents risquent de venir grossir un peu plus les rangs des partisans de Carl Ichan. L'activiste boursier, qui veut renverser le conseil d'administration de Yahoo lors de la prochaine assemblée générale des actionnaires, le 1er août, a déjà indiqué que le débarquement de Jerry Yang ferait partie de ses priorités s'il venait à être élu.  

 

De son côté, Jerry Yang va devoir convaincre les actionnaires du groupe californien du bien fondé de sa stratégie d'alliance avec Google. Il dispose pour cela d'une belle carotte : ce partenariat devrait selon lui doper le chiffre d'affaires du groupe de quelque 800 millions de dollars chaque année. Google sauvera-t-il Jerry Yang ?

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