Bonnes feuilles : "Quand Google défie le droit" Google Street View et les menaces sur la vie privée

"... Pour expliquer la révolte de la population allemande contre Street View, Google a très maladroitement rappelé les expériences d'hyper-surveillance faites sous les deux dictatures nazie et communiste. Mais ce ne sont pas ceux qui ont connu le régime hitlérien (la Gestapo) ou celui de RDA (la Stasi) qui descendent dans les rues et manifestent. Toutefois, il y a sans doute un fond culturel qui explique que le même service débouche sur une forte réaction de l'opinion publique dans un pays et pas dans un autre. Certaines études ont d'ailleurs mis en lumière les différences entre cultures nationales, notamment dans la perception de la zone de vie privée et du seuil d'intrusion.

 

Consentement préalable ou opposition après-coup ? " Opt-in or opt-out, that's the question "


Un éditorial de la revue The Economist (23 septembre 2010) titrait : "No pixels, please, we're German", "Pas de pixels, s'il vous plaît, nous sommes allemands". À lire ce texte, les attitudes allemandes en matière de vie privée (privacy) ne seraient pas adaptées à l'ère numérique. Certains groupes de défense de la vie privée en Allemagne vont même très loin en exigeant que Google obtienne l'autorisation expresse des résidents avant de publier les photos d'immeubles.

Comme en matière de numérisation de livres, Google évite les problèmes d'obtention des autorisations en renversant l'approche. Refusant un mécanisme d'" opt-in" (consentement préalable), Google offre seulement une possibilité d'" opt-out " (opposition après-coup) et table en définitive sur l'absence probable de réaction de la majorité des personnes concernées. Mais attention, même l'opt-out peut intervenir à des moments différents, soit avant, soit après la mise en place du service. Le système appliqué pour Street View en Allemagne est un " opt-out ", puisque les Allemands sont invités à manifester leur opposition dans un registre spécial en ligne ; mais, il fonctionne a priori puisqu'il leur est loisible de faire valoir leur opposition avant le lancement du service, alors qu'aux États-Unis, l'opposition ne pouvait se manifester qu'après la mise en ligne des images, d'ailleurs non floutées au départ.

 

Si en matière de livres, même épuisés, la plupart des ayants droit peuvent être localisés et donc donner leur consentement préalable à la numérisation, une approche d'" opt-in " rendrait un projet comme Street View sans doute impossible, vu le nombre beaucoup plus important d'autorisations à obtenir et les coûts de transaction bien plus élevés..."

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